Hantavirus : Cas contacts hospitalisés, patiente en réanimation, séquençage en cours... Le point sur la situation en France

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a fait le point ce mardi sur la situation du hantavirus en France, lors d'une conférence de presse à laquelle participaient plusieurs scientifiques. Les 22 cas contacts identifiés sur le territoire sont tous hospitalisés ou en cours d'hospitalisation, tandis que la patiente française rapatriée du MV Hondius reste en réanimation dans un état grave à Paris. Le gouvernement écarte à ce stade toute circulation diffuse du virus dans le pays.
Hantavirus : Cas contacts hospitalisés, patiente en réanimation, séquençage en cours... Le point sur la situation en France
L'hôpital Bichat dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le 1er août 2019. (Alphapicto / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le mardi 12 mai 2026 à 18:22 - MAJ mardi 12 mai 2026 à 18:33

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a tenu une conférence de presse ce mardi après-midi pour faire le point sur la situation du hantavirus en France. Les 22 cas contacts français identifiés sont tous hospitalisés ou en cours d'hospitalisation, tandis que la patiente française testée positive est toujours en réanimation dans un état grave à Paris. La ministre a écarté toute "circulation diffuse du virus sur le territoire national". Les cas contacts seront hospitalisés au minimum 15 jours, compte tenu de la longue durée d'incubation du virus.

"Au total, 22 cas contact ont été identifiés en France. Ils ont tous été contactés, testés, hospitalisés ou en cours d'hospitalisation et font l'objet d'un suivi sanitaire rigoureux", a précisé Stéphanie Rist. Plus tôt dans la journée, devant l'Assemblée nationale, la ministre avait détaillé la répartition des cas contacts. Les huit Français qui ont pris un premier avion le 25 avril au départ de Sainte-Hélène vers Johannesburg (Afrique du Sud), avec la passagère du MV Hondius décédée du hantavirus, "sont actuellement hospitalisés".

«Il n'y a pas d'éléments en faveur d'une circulation diffuse du virus sur le territoire national»

Dans le deuxième avion au départ de Johannesburg, que la passagère malade avait essayé sans succès de prendre vu son état de santé, "nous avions des Français que nous avons identifiés et qui sont en cours d'hospitalisation". La ministre a insisté sur le fait qu'"il n'y a pas d'éléments en faveur d'une circulation diffuse du virus sur le territoire national".

Concernant les cinq Français rapatriés du MV Hondius dimanche, "quatre d'entre eux vont bien et sont testés négatifs", a annoncé la ministre. La cinquième, "une patiente testée positive à l'hantavirus présente une forme grave et est actuellement en réanimation dans un état grave" à Paris. Stéphanie Rist n'a pas livré davantage de détails sur son état de santé, afin de "respecter le secret professionnel". La patiente a la forme cardiopulmonaire "la plus sévère", oxygénée avec "un poumon artificiel", a souligné un infectiologue lors de la conférence de presse.

"Tous les cas contacts vont être testés, pour ceux qui ne le sont pas déjà", a poursuivi Stéphanie Rist, précisant que les résultats sont connus au bout de 24 heures. Les cas contacts sont hospitalisés au minimum 15 jours, conformément aux décrets pris en ce sens. À ce stade, aucun patient ne s'est opposé à cette mesure. La ministre a également assuré que les stocks de matériel sont suffisants : "Nous reconstituons la quantité de stocks [de masques] nécessaires suite au Covid (...), donc nous n'avons pas d'inquiétude sur le sujet. Sur les places d'hospitalisation, nous n'avons eu aucune difficulté à trouver les places."

«La souche andine est parmi les plus létales», selon un infectiologue de Bichat

Au total, 11 personnes ont été diagnostiquées positives à un hantavirus dans le monde, a déclaré Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France. "Il s'agit uniquement de passagers ou d'équipage du navire et qui sont évidemment considérés à haut risque, qui sont donc tous isolés pour une période jusqu'à quarante jours", a-t-elle précisé. Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat, à Paris, est revenu sur les caractéristiques du virus, dont "le réservoir est animal""essentiellement des rongeurs". Il a décrit une évolution déroutante de la maladie : "Ça commence par s'exprimer par un grand silence, qui est la phase d'incubation, la période entre la rencontre du virus avec votre organisme et les premiers signes cliniques. La particularité qui rend les choses un peu compliquées, c'est que, à l'échelle individuelle en tout cas, cette période d'incubation est longue. On a deux ou trois jours de (…) de signes banals et ensuite il y a une dégradation rapide de la fonction respiratoire. En quelques jours, les patients passent de 'Je suis fatigué' à 'Je suis en réanimation, intubé, ventilé avec les techniques les plus invasives de réanimation'."

L'infectiologue a souligné l'absence de facteurs de risque clairement identifiés à ce jour : "On ne connaît pas aujourd'hui les facteurs de risque de gravité de la maladie, contrairement au Covid, où l'on sait aujourd'hui que ce sont essentiellement des personnes fragiles. Ici, on a peu de données, mais on n'a pas d'éléments vraiment clairs pour considérer une population à risque."Concernant la mortalité, Xavier Lescure a été clair : "Oui. Ça fait partie des hantavirus qui ont la mortalité la plus élevée, entre 35 et 40%. Et parmi les virus du Nouveau Monde, la souche andine est parmi les plus létales."Interrogé sur le risque chez les enfants, l'infectiologue a indiqué que "c'est la même maladie et malheureusement, c'est la même mortalité". Antoine Flahault, médecin épidémiologiste, a toutefois appelé à prendre "les choses avec beaucoup de précaution", mettant en garde contre les "idées reçues".

Citant l'étude de référence sur la souche des Andes, qui donne un taux de létalité de 32%, il a insisté : "Oui, 32%, dans un village très reculé de la cordillère des Andes, où je ne suis pas certain qu'il y ait le niveau de technicité de l'hôpital Bichat ou de l'hôpital militaire de Madrid. (…) Donc, est-ce que la létalité restera de 30%, de 40%, ou est-ce qu'elle sera inférieure parce qu'on va mettre tous les moyens en œuvre ?"L'épidémiologiste a également souligné les inconnues persistantes, notamment sur de potentiels cas asymptomatiques.

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À ce jour, il n'existe ni traitement antiviral ni vaccin contre l'hantavirus. La souche "Andes" est une "maladie de la paroi des vaisseaux, qui va léser les parois des vaisseaux", a indiqué Olivier Schwartz, virologue et directeur de l'Unité virus et immunité de l'Institut Pasteur. "Il n'y a pas de traitement antiviral approuvé efficace. On fait uniquement des soins de support", a poursuivi le scientifique. "On s'en protège par la restriction physique : le port du masque, le lavage des mains suffisent à faire une barrière suffisante."Aucun "vaccin disponible" n'est commercialisé à ce jour, "d'où la nécessité d'avoir une recherche rapide et coordonnée".

Une inconnue persistante sur le séquençage du virus

Devant l'Assemblée nationale, Stéphanie Rist a reconnu qu'"il y a des choses qu'on ne sait pas" sur ce foyer d'hantavirus. "Nous n'avons pas encore l'entièreté du séquençage du virus (...). Nous n'avons pas la certitude de dire que ce virus n'a pas encore muté", a-t-elle ajouté. Xavier Lescure a confirmé cette zone d'ombre lors de la conférence de presse : "Il y a une inconnue qui sera réglée dans quelques jours, c'est le séquençage complet du virus. Il n'est pas impossible qu'on soit en face d'un variant qui ait muté (...). Tant qu'on n'a pas ce séquençage complet du virus et qu'on ne l'a pas [comparé] avec le virus andin historique et qu'on n'est pas sûr qu'il y ait une cohérence et une concordance totale, on est obligé de prendre des mesures de précaution maximalistes."

Stéphanie Rist a par ailleurs rappelé que des réunions interministérielles sur le hantavirus se tiennent deux fois par jour depuis lundi. La ministre tiendra mercredi à 09h30 "une réunion avec l'ensemble des soignants" du pays, suivie d'une rencontre avec les parlementaires de la commission des affaires sociales de l'Assemblée. Dans l'après-midi, elle participera à une réunion avec les autres ministres européens de la Santé. Les mesures prises en France sont "proportionnelles" aux données reçues de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), "au risque encouru par les différentes personnes" à bord du bateau ou cas contacts, et également aux mesures prises par les autres pays, "notamment [les] voisins européens" de la France.

Le MV Hondius a quitté Tenerife pour les Pays-Bas

En parallèle, le MV Hondius a quitté lundi soir le port de Granadilla de Abona, sur l'île espagnole de Tenerife (Canaries), en direction des Pays-Bas. Selon l'armateur Oceanwide Expeditions, le navire doit arriver à Rotterdam le dimanche 17 mai au soir, après six jours de voyage. À son bord se trouvent encore 25 membres d'équipage et deux membres du personnel médical, ainsi que le corps d'une passagère allemande décédée au cours de la croisière. Les opérations d'évacuation se sont achevées dans la nuit de lundi à mardi avec l'atterrissage des deux derniers vols à Eindhoven, qui transportaient 28 personnes au total selon le ministère néerlandais des Affaires étrangères.

Aux Pays-Bas, douze membres du personnel d'un hôpital qui traite un patient positif à l'hantavirus évacué du MV Hondius ont été placés en quarantaine, après des erreurs de procédure lors d'un prélèvement sanguin et de l'élimination d'urine. Un panel d'experts indépendants mandaté par l'OMS, co-présidé par Helen Clark, ex-Première ministre de Nouvelle-Zélande, et Ellen Johnson Sirleaf, ex-présidente du Liberia, a par ailleurs réclamé un examen de la gestion de la crise entre le 11 avril, jour du premier décès enregistré à bord, et le 2 mai, date à laquelle l'OMS a été informée de la situation. Outre la patiente française, un passager espagnol et un Américain évacués du navire ont également été testés positifs lundi.