Hantavirus : Premier cas confirmé en France, le pronostic vital d'une passagère du MV Hondius pourrait être engagé

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé lundi matin sur France Inter qu'une passagère du navire de croisière néerlandais, rapatriée la veille à Paris, avait été déclarée positive à l'hantavirus des Andes dans la nuit. Son état s'est rapidement dégradé et son pronostic vital pourrait être engagé. Sébastien Lecornu tient une nouvelle réunion de crise lundi après-midi à Matignon.
Hantavirus : Premier cas confirmé en France, le pronostic vital d'une passagère du MV Hondius pourrait être engagé
L'hôpital Bichat à Paris. (Ilustration / A17)
Par La Rédaction
Le lundi 11 mai 2026 à 10:01

Une passagère française du navire de croisière MV Hondius, rapatriée dimanche, a été déclarée positive à l'hantavirus des Andes dans la nuit de dimanche à lundi, devenant ainsi le premier cas confirmé sur le territoire national. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a fait cette annonce lundi matin sur France Inter, précisant que l'état de la patiente s'est dégradé et que son pronostic vital pourrait être engagé. Au total, 22 cas contacts ont également été identifiés en France, et le Premier ministre Sébastien Lecornu doit tenir une nouvelle réunion de crise lundi après-midi à Matignon.

La patiente fait partie des cinq Français rapatriés dimanche du MV Hondius, le navire de croisière néerlandais à bord duquel a été détecté un foyer d'hantavirus. Cette Française a présenté des symptômes pendant le vol de rapatriement avant que son état ne se dégrade fortement dans la nuit. Elle est désormais hospitalisée à l'hôpital Bichat, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, établissement spécialisé dans les maladies infectieuses. "Quand on se dégrade avec ce virus, on peut avoir un pronostic vital engagé, c'est peut-être le cas de cette personne", a indiqué Stéphanie Rist. La souche en cause est l'hantavirus des Andes, une variante rare et la seule pour laquelle une transmission interhumaine a été documentée. L'épidémiologiste Arnaud Fontanet, directeur de l'unité épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur, a constaté chez la patiente une évolution "plutôt rapide" de la maladie sur France Inter.

Les quatre autres Français rapatriés ont également été hospitalisés à Bichat, dans des chambres équipées de "flux d'air qui permettent d'éviter la contagion" et pris en charge par des "soignants formés à prendre en charge des malades contagieux", selon la ministre. Leurs tests se sont révélés négatifs à ce stade, mais de nouveaux dépistages sont prévus. "Ils sont à l'hôpital jusqu'à nouvel ordre, au minimum 15 jours", a précisé Stéphanie Rist.

Vingt-deux cas contacts identifiés sur deux vols

En parallèle, les autorités sanitaires ont identifié 22 Français comme cas contacts, répartis sur deux vols. Huit d'entre eux se trouvaient à bord du vol du 25 avril reliant Sainte-Hélène à Johannesburg (Afrique du Sud), un appareil dans lequel voyageait également la passagère néerlandaise du MV Hondius décédée par la suite. Ces huit personnes ont été placées à l'isolement il y a près d'une semaine. Quatorze autres Français étaient à bord du vol Johannesburg-Amsterdam et ont reçu pour consigne de s'auto-isoler à leur domicile, mais doivent encore se manifester auprès des autorités sanitaires françaises. "Nous demandons à ces 14 passagers qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a insisté la ministre.

Face à la situation, le gouvernement a renforcé son dispositif. Sébastien Lecornu avait déjà réuni dimanche après-midi à Matignon Stéphanie Rist, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, son homologue des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ainsi que Denis Robin, directeur général de l'ARS d'Île-de-France, et Didier Lepelletier, directeur général de la santé. Le Premier ministre tient une nouvelle réunion lundi après-midi "pour suivre au plus près l'évolution de la situation", a annoncé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur BFMTV.

Un décret de sept articles a par ailleurs été publié au Journal officiel lundi 11 mai, remplaçant un arrêté de la ministre de la Santé pris samedi. Le texte prévoit le placement en quarantaine des passagers du MV Hondius dans un établissement de santé et permet l'isolement des cas contacts présentant un "risque sérieux d'infection", pour une durée totale de 42 jours. Sur X, dimanche soir, Sébastien Lecornu avait justifié sa décision : "Je prends un décret permettant de mettre en place les mesures d'isolement adaptées à l'égard des cas contacts et protectrices de la population générale". Maud Bregeon a appelé à "ne pas créer de panique" : "Nous n'en sommes absolument pas à avoir ces discussions-là", en référence à l'épidémie de Covid-19.

Une mortalité élevée et une incubation longue

Les caractéristiques de la maladie justifient ce niveau de vigilance. "Le risque de mortalité à l'hantavirus est de 30 à 50% des cas infectés", a expliqué Arnaud Fontanet sur France Inter. La période d'incubation, "de 2 à 3 semaines en moyenne mais peut atteindre les 6 semaines voire les 3 mois", complique le suivi de la maladie à l'échelle planétaire. L'épidémiologiste a prévenu qu'"il faut s'attendre à l'apparition de cas isolés dans les semaines à venir". Stéphanie Rist a précisé que "cette souche peut se transmettre par aérosols, il faut des contacts rapprochés". Philippe Juvin, chef de service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, a appelé à la prudence sur franceinfo : "Avec le virus des Andes, il faut rester extrêmement prudent : les symptômes sont peu spécifiques au départ et la durée d'incubation peut atteindre 40 jours". Une personne présentant des symptômes n'est pas nécessairement positive au virus, a-t-il rappelé.

Au-delà des frontières françaises, un passager américain du MV Hondius, évacué vers les États-Unis, a également été testé positif à l'hantavirus, et un autre présente des "symptômes légers", a annoncé le ministère américain de la Santé. Sur les 17 personnes rapatriées vers un centre spécialisé d'Omaha, dans le Nebraska, les deux passagers concernés voyagent "dans les compartiments de confinement biologique de l'avion, par mesure de précaution". Le protocole sanitaire américain, qui n'impose pas systématiquement de quarantaine, a été critiqué par le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a estimé qu'il "(pouvait) présenter des risques". Selon le dernier bulletin de l'OMS daté du 8 mai, six cas ont été confirmés au virus des Andes, sur huit signalés, avec trois décès, soit un taux de létalité de 38 %. Les opérations d'évacuation du MV Hondius, achevées dimanche, ont concerné 94 personnes de 19 nationalités différentes. Le navire, exploité par le croisiériste néerlandais Oceanwide Expeditions, avait quitté Ushuaïa (Argentine) le 1er avril.

Selon l'OMS, le premier passager décédé, un Néerlandais de 70 ans, avait présenté des symptômes dès le 6 avril, ce qui laisse supposer que la contamination initiale serait survenue avant le départ du navire, avant une probable transmission interhumaine à bord.