Mort de Lyhanna : Laurent Nuñez ordonne une enquête de commandement et la mutation d'office de deux gendarmes

Le ministre de l'Intérieur a saisi l'inspection générale de la gendarmerie nationale et décidé d'écarter de la police judiciaire le directeur d'enquête et le commandant de la compagnie de Condom, après le pré-rapport accablant sur le suivi d'une plainte visant le suspect du meurtre de Lyhanna.
Mort de Lyhanna : Laurent Nuñez ordonne une enquête de commandement et la mutation d'office de deux gendarmes
Laurent Nuñez à Nîmes, le 4 juin 2026. (Mikael Anisset / Midi Libre / Maxppp)
Par Actu17
Le mardi 23 juin 2026 à 02:29

Laurent Nuñez a annoncé avoir demandé l'ouverture d'une enquête de commandement et décidé la mutation d'office de deux gradés de la gendarmerie, dans un communiqué publié ce lundi 22 juin. Le ministre de l'Intérieur réagissait au pré-rapport des inspections de la justice et de la gendarmerie, qui met en cause le suivi d'une précédente plainte visant Jérôme Barella, seul suspect du meurtre de la jeune Lyhanna. Le directeur d'enquête et le commandant de la compagnie de gendarmerie de Condom (Gers) sont les premiers visés par ces mesures.

Le ministre a souhaité que ces deux militaires "fassent l'objet d'une mutation d'office dans l'intérêt du service" et qu'ils soient "placés dans des emplois hors exercice de la police judiciaire". La décision a été prise sans attendre l'issue de l'enquête, le ministre ayant agi "d'ores et déjà", selon les termes du communiqué.

En parallèle, Laurent Nuñez a saisi l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) afin d'établir les responsabilités de chacun. Il a demandé "d'ouvrir une enquête de commandement pour faire la lumière sur les responsabilités de chaque intervenant, à la fois dans la conduite de l'enquête elle-même, ou dans le contrôle de la mise en œuvre des investigations". Les conclusions doivent "conduire à déterminer les mesures disciplinaires nécessaires et adaptées et, le cas échéant, de prendre d'autres mesures individuelles".

Deux phases distinguées par le ministre

Dans son communiqué, le ministre de l'Intérieur oppose deux temps dans le traitement du dossier. La phase initiale, conduite par la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) sous l'autorité du parquet de Toulouse, est jugée exemplaire. Les gendarmes ont, selon lui, "pris immédiatement la mesure de la gravité et de l'urgence manifeste", avec des investigations conduites "de manière optimale".

La suite a déraillé. Laurent Nuñez situe la rupture au moment du transfert du dossier vers le parquet d'Auch (Gers), territorialement compétent. Ce transfert, "prescrit par la loi, a provoqué une rupture de continuité dans le suivi de la procédure et de la perception du danger et de l'urgence", écrit-il. Le ministre pointe des défaillances de suivi, de coordination et de pilotage au niveau du parquet d'Auch et de la compagnie de Condom, et situe les manquements individuels surtout au sein de ce parquet et de la brigade de Lectoure. Il relève que ces "défaillances collectives n'ont pas permis de corriger les manquements individuels".

Une stratégie pointée du doigt

Le ministre détaille par ailleurs la stratégie qui a, selon lui, conduit à l'enlisement. La direction d'enquête, avec l'aval du parquet d'Auch, a cherché à consolider le dossier avant le placement en garde à vue de Jérôme Barella, "qui avait déjà échappé par deux fois aux poursuites, notamment dans la perspective d'un éventuel procès d'assises". Cette orientation a conduit à ce que d'autres missions priment sur le dossier, "laissé sans aucun nouvel acte d'enquête ou de contrôle depuis le 14 février dernier, par un manque de discernement avéré, malgré les huit appels à l'aide de la mère de la victime". L'analyse erronée d'un moindre danger reposait notamment sur le fait que la victime n'habitait plus à proximité de son agresseur.

Le communiqué fait suite à la plainte déposée en août 2025 par la mère de Rosa, une fillette de 10 ans au moment des faits, qui accuse Jérôme Barella d'une cinquantaine de viols. Laurent Nuñez a tenu à réaffirmer son soutien aux forces de l'ordre, assurant que ces faits ne doivent pas "occulter l'engagement quotidien et le travail réalisé avec soin et sérieux par les gendarmes et les policiers". Le pré-rapport doit être suivi d'un rapport intermédiaire le 10 juillet, puis de conclusions définitives le 5 septembre.