Le lundi 22 juin 2026 à 18:29
Rosa, une fillette de 10 ans, avait dénoncé une cinquantaine de viols imputés à Jérôme Barella, principal suspect du meurtre de Lyhanna, plusieurs mois avant la disparition de la fillette. C'est l'un des éléments que révèle le pré-rapport de l'inspection générale de la justice (IGJ) et de l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), rendu public ce lundi, qui revient en détail sur la plainte du 18 août 2025 dont le traitement est au cœur des défaillances pointées dans cette affaire.
Tout a commencé le 18 août 2025, en fin de journée. Ce jour-là, la mère de Rosa a conduit sa fille aux urgences de l'hôpital des enfants de Purpan, à Toulouse (Haute-Garonne), après les révélations de viols que l'enfant venait de faire à son beau-père. C'est ce dernier qui a contacté la police nationale, dont les fonctionnaires se sont rendus sur place à 21 heures. Selon le rapport, le chef de patrouille "identifie la sensibilité de l'affaire au vu des déclarations de l'enfant évoquant une cinquantaine de viols par le père d'une de ses amies". L'officier de police judiciaire (OPJ) du commissariat de Tournefeuille a avisé le parquet de Toulouse le soir même, à 22 heures. La plainte a été formellement déposée le 22 août à la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch.
Les faits dénoncés, des viols répétés, visaient Jérôme Barella, domicilié à Montestruc-sur-Gers (Gers). Le rapport situe ces viols "entre septembre 2024 et avril 2025", tout en évoquant, à un autre endroit, des faits ayant "cessé en mai 2025". Rosa avait 10 ans à l'époque des faits. Dès les premières vérifications, les enquêteurs ont constaté que le mis en cause était déjà connu du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits similaires, dans le cadre d'une procédure traitée en mai 2024 par la gendarmerie de Fleurance.
«Le voyant rouge s'allume»
La gravité de la situation a été identifiée sans délai. Rosa a été entendue le 27 août en salle "Mélanie", au sein de l'unité d'accueil pédiatrique enfance en danger (UAPED), en présence d'une psychologue. Un examen médico-légal et une expertise psychologique ont également été diligentés. "Nous avons conscience que nous sommes sur un profil inquiétant, déjà connu pour une affaire de viol et le voyant rouge s'allume", a confié le directeur d'enquête aux inspecteurs, jugeant les faits dénoncés "crédibles".
Pourtant, une fois la procédure transmise dans le Gers, elle "n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire", relève la mission d'inspection. Jérôme Barella n'avait jamais été entendu sur ces faits lorsque Lyhanna a disparu le 29 mai 2026 à la sortie de son collège de Fleurance. Le corps de la collégienne a été retrouvé le 4 juin dans un silo agricole à Puycasquier. Le détail des manquements relevés par les inspecteurs, du parquet d'Auch à la compagnie de gendarmerie de Condom, fera l'objet d'un second article.
Une plainte contre l'État et Gérald Darmanin
Estimant que la justice n'a pas agi malgré sa plainte, Audrey, la mère de Rosa, a engagé plusieurs procédures contre l'État pour faute lourde et au pénal, visant les enquêteurs, les procureurs de Toulouse et d'Auch, ainsi que le garde des Sceaux Gérald Darmanin. "Il est trop facile de dire que c'est l'État qui a failli, derrière l'État il y a des hommes et des femmes qui ont failli dans le cadre de ce scandale, des responsabilités doivent être déterminées", a déclaré son avocat, Me Pierre Debuisson, lors d'une conférence de presse le 9 juin.