Le lundi 5 octobre 2026 à 01:19
Laurent Nuñez a répondu dimanche 4 octobre au Syndicat de la magistrature (SM), qui accuse les forces de l'ordre de "réprimer la jeunesse pour la faire taire" en marge de la mobilisation lycéenne. Le ministre de l'Intérieur dénonce des "accusations graves et sans fondement" et une "communication accusatoire totalement déconnectée du monde réel". Les syndicats de police Alliance Police Nationale et Un1té ont eux aussi vivement réagi au communiqué du SM, dont un autre syndicat de magistrats, Unité Magistrats, s'est publiquement désolidarisé.
C'est sur son compte X, en fin de matinée, que le locataire de la place Beauvau a pris la défense des policiers et des gendarmes. "Les forces de l'ordre de la République ne répriment pas la jeunesse mais protègent et encadrent les élèves et étudiants qui veulent porter pacifiquement leurs revendications. Elles interviennent en revanche avec fermeté et sans délai pour faire cesser les dégradations, violences, exactions commises par les fauteurs de troubles et ce avec proportionnalité sous le contrôle de leur hiérarchie, et le cas échéant de la Justice", a-t-il écrit.
Les forces de l’ordre de la République ne répriment pas la jeunesse mais protègent et encadrent les élèves et étudiants qui veulent porter pacifiquement leurs revendications. Elles interviennent en revanche avec fermeté et sans délai pour faire cesser les dégradations, violences, exactions commises par les fauteurs de troubles et ce avec proportionnalité sous le contrôle de leur hiérarchie, et le cas échéant de la Justice.
Face à des accusations graves et sans fondement d’interventions soit disant brutales et disproportionnées qui seraient dirigées de surcroît contre « les jeunes racisés issus des quartiers populaires », je veux évidemment m’inscrire en faux et à nouveau apporter tout mon soutien aux forces de sécurité intérieure que je dirige et les remercier pour leur engagement sans faille ces jours derniers dans le cadre du mouvement lycéen et pour les jours à venir.
Elles méritent autre chose que ce genre de communication accusatoire totalement déconnectée du monde réel. C’est très grave et très inquiétant.
— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) October 4, 2026
Laurent Nuñez a poursuivi : "Face à des accusations graves et sans fondement d'interventions soi-disant brutales et disproportionnées qui seraient dirigées de surcroît contre 'les jeunes racisés issus des quartiers populaires', je veux évidemment m'inscrire en faux et à nouveau apporter tout mon soutien aux forces de sécurité intérieure que je dirige et les remercier pour leur engagement sans faille ces jours derniers dans le cadre du mouvement lycéen et pour les jours à venir."Il a conclu son message ainsi : "Elles méritent autre chose que ce genre de communication accusatoire totalement déconnectée du monde réel. C'est très grave et très inquiétant."
Le SM dénonce «une réponse brutale»
Le ministre a ainsi répondu au communiqué publié vendredi par le Syndicat de la magistrature. L'organisation y évoque un "mouvement de contestation d'ampleur" des lycéens, qui expriment selon elle leur colère face à "l'état de délabrement du service public de l'éducation". "Face à cette colère légitime, le gouvernement a fait le choix d'une réponse brutale", a estimé le syndicat. Pour le SM, la stratégie de maintien de l'ordre "n'a pas été adaptée à la particulière vulnérabilité de ce mouvement composé essentiellement d'enfants". Il affirme que "l'ensemble des outils répressifs habituels" a été mobilisé, citant "gazage des élèves, interpellations brutales, utilisation d'armes sublétales mutilantes", comme en témoignent selon lui "les vidéos qui se multiplient". Ces usages "manifestement disproportionnés de la force publique touchent d'abord et avant tout les jeunes racisé·es issu·es des quartiers populaires", a ajouté le syndicat, qui reproche au ministre de l'Intérieur de n'avancer "aucune stratégie d'apaisement et de désescalade".
Le SM a également critiqué la dépêche publiée mardi par le ministère de la Justice. Ce texte demande aux procureurs de faire preuve "de la plus grande fermeté" face aux faits de "participation à un groupement en vue de la préparation de violences ou dégradations" ou de "participation à une manifestation en étant porteur d'une arme". Le syndicat dit avoir dénoncé "à maintes reprises le caractère excessivement flou et arbitraire" de ces infractions. Il a par ailleurs renvoyé les magistrats vers une contre-circulaire qu'il a rédigée en 2023, présentée comme une "boîte à outils" pour contrôler les procédures visant les manifestants et traiter "les violences illégitimes commises par les forces de l'ordre". L'organisation a aussi cité l'exemple de pays européens voisins, qui ont "développé des doctrines de désescalade ou de consensus". Le SM a conclu son communiqué en affirmant que "l'usage de la violence ne permettra pas de rétablir la paix sociale".
Plus de 5 000 interpellations depuis lundi
Plus de 5 000 interpellations ont été réalisées depuis lundi en marge du mouvement lycéen, dont environ 85 % concernent des mineurs. Plus de 1 700 personnes ont été interpellées pour la seule journée de vendredi, marquée par des tensions avec les forces de l'ordre. Les lycéens mobilisés réclament davantage de moyens et d'enseignants, et dénoncent l'interdiction des téléphones portables dans les établissements. Selon le SM, le ministre de l'Éducation a dressé mercredi un bilan de 119 élèves et personnels blessés depuis le vendredi précédent.
L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de cinq enquêtes. L'une d'elles concerne Eden, un adolescent de 14 ans grièvement blessé au visage lors d'une manifestation lycéenne à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise). Sa famille a annoncé samedi qu'elle portait plainte, notamment pour "tentative d'homicide volontaire". À Argenteuil, un mineur de 16 ans affirme avoir été blessé à l'œil par un tir de LBD. L'IGPN a aussi été chargée d'une enquête concernant cette affaire.
«Les magistrats du syndicat de la magistrature accablent les policiers»
Les syndicats de police n'ont pas tardé à réagir. Dès vendredi, Alliance Police Nationale a répondu au SM sur X : "Des policiers agressés. Des établissements incendiés. Des violences et des milliers d'interpellations. Et le Syndicat de la magistrature parle de 'répression' ? Faire respecter la loi, ce n'est pas faire taire la jeunesse. C'est protéger la République."
« CESSER DE RÉPRIMER LA JEUNESSE » ?
Des policiers agressés.
Des établissements incendiés.
Des violences et des milliers d’interpellations.Et le Syndicat de la magistrature parle de « répression » ?
Faire respecter la loi, ce n’est pas faire taire la jeunesse.
C’EST PROTÉGER LA RÉPUBLIQUE.
— ALLIANCE PN (@alliancepolice) October 2, 2026
Dimanche matin, le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) a estimé à son tour qu'"un seuil d'une extrême gravité est franchi". "Le communiqué du syndicat de la magistrature est une honte, et un danger pour les fondements de la République", a dénoncé l'organisation sur X. "Alors que 460 policiers ont été blessés, ce syndicat dénonce déjà la 'brutalité' de la police et des usages 'manifestement disproportionnés' de la force, avant même que la Justice ait établi les responsabilités", a-t-elle poursuivi, estimant que cette "prise de position politique et idéologique pose une question majeure : celle de leur impartialité". Le SCPN a rappelé plusieurs controverses passées liées au SM, comme le "Mur des cons" ou le "Guide du manifestant arrêté", et a assuré que ce n'était "pas un épisode isolé". "Va-t-il falloir se renseigner par avance sur l'adhésion ou pas à ce syndicat extrémiste du magistrat qu'on aura en face de soi quand on est justiciable ?", s'est interrogé le syndicat, qui demande au garde des Sceaux de "saisir le CSM et apporter des garanties fortes à l'ensemble des justiciables". "La Justice doit juger. Elle ne doit pas militer", a-t-il conclu.
UN SEUIL D’UNE EXTRÊME GRAVITÉ EST FRANCHI
Le communiqué du syndicat de la magistrature est une honte, etun danger pour les fondements de la république
Alors que 460 policiers ont été blessés, ce syndicat dénonce déjà la « brutalité » de la police et des usages « manifestement disproportionnés » de la force, avant même que la #Justice ait établi les responsabilités.
Pour des magistrats qui ont l’immense pouvoir de juger, cette prise de position politique et idéologique pose une question majeure : celle de leur #Impartialité.
« Mur des cons », « Guide du manifestant arrêté », revendication de « l’accompagnement des luttes et des revendications du mouvement social » : ce n’est pas un épisode isolé.
La question dépasse les seuls policiers. Tout justiciable doit avoir la garantie d’être jugé par un magistrat impartial, sans préjugé idéologique ni parti pris militant.
Comment un policier mis en cause, mais aussi une victime de violences ou n’importe quel citoyen, peut-il ne pas s’interroger lorsqu’un syndicat de magistrats prend publiquement position avant même que la justice ait tranché ?
Va-t-il falloir se renseigner par avance sur l’adhésion ou pas à ce syndicat extrémiste du Magistrat qu’on aura en face de soi quand on est justiciable?La #Justice doit inspirer confiance à tous. Le garde des Sceaux doit saisir le #CSM et apporter des garanties fortes à l’ensemble des justiciables.
La Justice doit juger. Elle ne doit pas militer.
#Police #Magistrats #ÉtatDeDroit #République #Impartialité
— Commissaires de la Police Nationale SCPN (@ScpnCommissaire) October 4, 2026
Dimanche soir, Linda Kebbab, secrétaire nationale d'Un1té, a elle aussi répondu au SM. "Sans procès, ni preuve, ni enquête, les magistrats du syndicat de la magistrature accablent les policiers. Dans leur communiqué, ils attaquent la séparation des pouvoirs et interfèrent dans la politique pénale qui relève de l'exécutif", a-t-elle dénoncé. "Voilà qui explique les décisions quotidiennes, favorables aux agresseurs de policiers et défavorables à notre encontre. Les magistrats du syndicat de la magistrature ne jugent pas selon le droit mais selon leur biais idéologique", a poursuivi la syndicaliste. Elle a ajouté : "Il est temps que les policiers aient connaissance de l'appartenance des magistrats au SM et refusent que leurs affaires soient jugées par eux."
Sans procès, ni preuve, ni enquête, les magistrats du syndicat de la magistrature accablent les policiers.
Dans leur communiqué, ils attaquent la séparation des pouvoirs et interfèrent dans la politique pénale qui relève de l’exécutif.Voila qui explique les décisions quotidiennes, favorables aux agresseurs de policiers et défavorables à notre encontre.
Les magistrats du syndicat de la magistrature ne jugent pas selon le droit mais selon leur biais idéologique.
Il est temps que les policiers aient connaissance de l’appartenance des magistrats au SM et refusent que leurs affaires soient jugés par eux.— Linda Kebbab (@LindaKebbab) October 4, 2026
«La République exige l'impartialité, pas le militantisme»
La prise de position du SM a aussi fait réagir au sein même de la magistrature. Dans un communiqué intitulé "La République exige l'impartialité, pas le militantisme", Unité Magistrats, affilié à FO, a tenu à réaffirmer "son soutien aux forces de l'ordre dans l'exercice légitime de leurs missions", face à "l'émoi provoqué par le récent communiqué du Syndicat de la magistrature".
LA REPUBLIQUE EXIGE L’IMPARTIALITE, PAS LE MILITANTISME
Face à l’émoi provoqué par le récent communiqué du Syndicat de la magistrature, UNITE MAGISTRATS tient à réaffirmer, dans le strict respect de nos institutions républicaines, son soutien aux forces de l’ordre dans l’exercice légitime de leurs missions.
Notre syndicat est très attaché à la liberté de manifester dans un cadre républicain.
Si les revendications des étudiants et des lycéens peuvent être justifiées, notre soutien est celui de l’Etat de droit et de ceux qui le servent.
Magistrats, nous devons exercer nos missions en toute indépendance et impartialité chaque fois que des violences ou des infractions graves sont commises, quels qu’en soient les auteurs.
UNITE MAGISTRATS se désolidarise de toute posture politique ou militante susceptible de porter atteinte à l’image de la magistrature et à sa mission essentielle : appliquer la loi avec indépendance, impartialité et égale exigence pour tous
— Unité Magistrats (@UniteMagistrats) October 4, 2026
Le syndicat se dit "très attaché à la liberté de manifester dans un cadre républicain". "Si les revendications des étudiants et des lycéens peuvent être justifiées, notre soutien est celui de l'État de droit et de ceux qui le servent", a-t-il souligné. "Magistrats, nous devons exercer nos missions en toute indépendance et impartialité chaque fois que des violences ou des infractions graves sont commises, quels qu'en soient les auteurs", a encore écrit l'organisation. Elle a conclu : "Unité Magistrats se désolidarise de toute posture politique ou militante susceptible de porter atteinte à l'image de la magistrature et à sa mission essentielle : appliquer la loi avec indépendance, impartialité et égale exigence pour tous."
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