Le mardi 14 juillet 2026 à 11:20
Dix ans après l'attentat au camion-bélier de la Promenade des Anglais, qui a fait 86 morts et 458 blessés, Nice (Alpes-Maritimes) rend hommage à ses victimes ce mardi 14 juillet. Emmanuel Macron préside en fin de journée la cérémonie mémorielle, point culminant de trois jours de commémorations organisés avec les associations de victimes. Une décennie après les faits, et malgré deux procès, plusieurs parties civiles réclament toujours l'ouverture d'une procédure sur les failles du dispositif de sécurité déployé ce soir-là.
Le 14 juillet 2016, peu après 22h30, quelque 30 000 personnes se dispersent sur la Promenade des Anglais à l'issue du feu d'artifice de la fête nationale. À 22h34, un camion de 19 tonnes s'élance sur la chaussée et fonce délibérément dans la foule. Au volant, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans domicilié à Nice, chauffeur-livreur. Le poids lourd parcourt près de deux kilomètres, entre les numéros 11 et 147 de la Promenade, fauchant les spectateurs sur son passage.
Le terroriste abattu par des policiers de la brigade spécialisée de terrain
Le conducteur ouvre le feu à plusieurs reprises avec un pistolet de calibre 7,65 mm en direction des policiers présents sur les lieux. Les fonctionnaires ripostent avec leurs Sig-Sauer 9 mm et prennent le camion en chasse. Le véhicule finit par s'immobiliser à hauteur du palais de la Méditerranée, les pneus crevés et le pare-brise criblé de balles. Deux policiers de la brigade spécialisée de terrain (BST) abattent le terroriste, alors que la crainte d'un engin explosif à bord pèse encore sur l'intervention.
L'attentat, revendiqué deux jours plus tard par l'organisation État islamique (EI), reste le deuxième plus meurtrier commis sur le sol français, derrière les attaques du 13 novembre 2015 en région parisienne. Les conclusions de l'enquête ont toutefois analysé cette revendication comme une revendication d'opportunité, aucun lien avéré n'ayant été établi entre le tueur et l'organisation terroriste.
Un commissaire de police parmi les 86 victimes
Le bilan définitif établi par la justice fait état de 86 morts et 458 blessés. Quinze enfants figurent parmi les personnes tuées, un nombre de mineurs sans précédent en Europe pour un attentat. Les mineurs représentent aujourd'hui 25 % des quelque 3 000 victimes indemnisées par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme, et les psychologues de l'hôpital pour enfants Lenval, situé sur la Promenade, ont pris en charge plus de 700 enfants victimes.
Parmi les 86 personnes tuées figure le commissaire de police Emmanuel Grout. Comme le rappelle le ministère de l'Intérieur, il exerçait depuis novembre 2014 les fonctions de directeur départemental adjoint de la police aux frontières (PAF) et avait plus particulièrement la responsabilité de l'aéroport Nice-Côte d'Azur.
Deux procès, deux condamnations à 18 ans de réclusion
Un premier procès s'est tenu du 5 septembre au 13 décembre 2022 devant la cour d'assises spécialement composée de Paris. Huit accusés, des proches de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ou des hommes mis en cause dans un trafic d'armes, y comparaissaient. Tous ont été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de deux à dix-huit ans de prison. La qualification d'association de malfaiteurs terroriste n'a été retenue que contre deux d'entre eux, Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb, condamnés à dix-huit ans de réclusion criminelle.
Seuls ces deux hommes ont fait appel. Le 13 juin 2024, la même juridiction a confirmé leurs peines, en y ajoutant une période de sûreté des deux tiers, estimant qu'ils avaient apporté un "soutien logistique et idéologique" à l'auteur de l'attentat. Mohamed Ghraieb a en outre été interdit de séjour dans les Alpes-Maritimes pendant quinze ans, et Chokri Chafroud frappé d'une interdiction définitive du territoire français. Les deux condamnés se sont pourvus en cassation.
Reste une question que les deux procès n'ont pas tranchée : celle de la sécurisation de la Promenade des Anglais le soir des faits. Selon franceinfo, des parties civiles réclament aujourd'hui l'ouverture d'un procès sur ces failles et demandent que les responsables locaux de l'époque répondent de leurs actes devant un juge.
86 faisceaux lumineux à 22h34
Le programme des hommages a été construit avec les quatre associations locales de victimes : Promenade des Anges, Mémorial des Anges, Life for Nice et Une voie des enfants. Il a débuté dimanche par une marche participative partie de l'hôpital Lenval en direction du jardin Albert 1er, suivie lundi d'une cérémonie interreligieuse.
Ce mardi, le défilé militaire s'est tenu à 9 heures place Masséna. La cérémonie mémorielle officielle, présidée par le chef de l'État, est programmée à 18 heures. Un concert de l'Orchestre philharmonique de Nice sera ensuite offert au public à 20h30 au Théâtre de Verdure, avant un spectacle de drones à 22 heures au-dessus de la Promenade. À 22h34, l'heure exacte à laquelle le camion s'est élancé il y a dix ans, 86 faisceaux lumineux s'élèveront vers le ciel, un pour chaque victime.
L'hommage dépasse les frontières des Alpes-Maritimes. À Paris, le feu d'artifice de la fête nationale a été avancé au 13 juillet en mémoire des victimes de l'attentat. Une minute de silence, acceptée par la Fédération internationale de football association (FIFA), sera par ailleurs observée ce soir avant la demi-finale de Coupe du monde de l'équipe de France.