Philippe Bouvard, figure historique de RTL et créateur des Grosses Têtes, est mort à 96 ans

Figure de la radio française pendant six décennies, le premier animateur des Grosses Têtes s'est éteint ce lundi 24 août à 96 ans. Sa notoriété lui avait valu d'être visé par un projet d'enlèvement de Jacques Mesrine, puis par des tirs à la sortie d'un studio de RTL.
Philippe Bouvard, figure historique de RTL et créateur des Grosses Têtes, est mort à 96 ans
Philippe Bouvard sur le plateau de "Tout le monde en parle", sur France 2, le 20 mai 2000. (capture écran YouTube)
Par Actu17
Le lundi 24 août 2026 à 09:56

Philippe Bouvard est mort à l'âge de 96 ans à son domicile de Cannes (Alpes-Maritimes), ce lundi 24 août. Son épouse a annoncé sa disparition à RTL, la station dont il a été la voix pendant six décennies et où il a lancé Les Grosses Têtes en 1977. Derrière le visage rond et la réplique facile, l'animateur a aussi croisé deux fois la route des services de police : Jacques Mesrine avait projeté de l'enlever, et il a essuyé cinq tirs à la sortie d'un studio de radio, à Paris, en 1985.

C'est la matinalière Céline Landreau qui a appris la nouvelle aux auditeurs de RTL, peu avant 9 heures. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de 8 heures, en douceur", a-t-elle déclaré à l'antenne, précisant avoir été prévenue par l'épouse de l'animateur. Philippe Bouvard avait pris sa retraite en janvier 2025, à 95 ans, au terme de soixante années passées sur la même antenne.

«J'aurais dû être son dernier client»

L'épisode le plus glaçant de sa carrière s'est joué le 2 novembre 1979, le jour où Jacques Mesrine a été abattu par les forces de l'ordre, porte de Clignancourt, à Paris. Le journaliste, qui travaillait alors pour France-Soir, a reçu un appel qu'il a raconté des années plus tard au micro de L'heure du crime, sur RTL. "Le téléphone a sonné et j'ai entendu une voix qui me disait : 'Ici, Devos', alors j'ai dit 'Bonjour Raymond', comme d'habitude. Et là, il m'a dit 'non, non, c'est pas le comique, c'est le commissaire Serge Devos, chef de la Brigade de répression du banditisme'."

Le fonctionnaire lui a alors annoncé la découverte faite sur le corps du braqueur, selon le récit qu'en a livré l'animateur : "Je voulais vous avertir que nous venons d'abattre Jacques Mesrine il y a une demi-heure, et, dans son veston, nous avons découvert un plan de votre villa du Vésinet et les numéros d'immatriculation de vos voitures, ainsi que les itinéraires que vous empruntez chez vous, pour rentrer le soir."L'embuscade mortelle avait été conduite par la Brigade de recherche et d'intervention, sous le commandement du commissaire Robert Broussard.

Philippe Bouvard croyait savoir ce qui lui valait de figurer dans les papiers de l'ennemi public numéro un. Il avait consacré "deux ou trois chroniques assez vengeresses" au braqueur, pour protester contre le fait qu'un criminel devenu auteur à succès soit érigé en "maître à penser de la société française". Le sort qui l'attendait, il l'imaginait sans peine : "Il avait résolu de m'enlever et peut-être de me faire subir le même sort – ou pire – que ce journaliste auquel il reprochait également de l'avoir pris à partie", a-t-il expliqué, en référence à Jacques Tillier, de l'hebdomadaire Minute, séquestré par Mesrine quelques semaines plus tôt puis blessé de trois balles et laissé pour mort dans une grotte de l'Oise. "Voilà mon histoire avec Mesrine, j'aurais dû être son dernier client", concluait-il, dans des propos rapportés par franceinfo.

Cinq tirs à la sortie du studio

Six ans plus tard, c'est un tireur isolé qui s'en est pris à lui. En septembre 1985, alors qu'il quittait le studio de RTL où il venait d'enregistrer Les Grosses Têtes, un homme a fait feu à cinq reprises dans sa direction, avec un pistolet à grenaille. L'animateur s'en est sorti avec de légères blessures.

Interpellé, le tireur a expliqué son geste par une conviction délirante : le journaliste aurait été un agent du RPR chargé d'installer des micros espions à son domicile. Philippe Bouvard assurait à l'époque avoir remarqué son agresseur dans le public de l'émission, parce que "c'était le seul à ne jamais rire", rapporte Ouest-France.

Du Figaro aux Grosses Têtes

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne), recalé trois fois au baccalauréat puis renvoyé de l'école de journalisme, il était entré au Figaro en 1953 comme coursier au service photo avant d'en gravir tous les échelons, puis de rejoindre France-Soir. La radio et la télévision ont fait le reste : plus de 2,5 millions d'auditeurs chaque après-midi, 37 années aux commandes des Grosses Têtes, et un Théâtre de Bouvard qui a révélé sur Antenne 2, entre 1982 et 1985, Mimie Mathy, Chevallier et Laspalès ou Muriel Robin. Évincé de RTL en 2000 au profit de Christophe Dechavanne, il avait été rappelé quelques mois plus tard, avant de passer la main à Laurent Ruquier en 2014, une succession qu'il n'a jamais digérée.

En janvier 2019, dans Paris Match, il confiait se regarder vieillir "avec curiosité", convaincu que "la vie vaut d'être vécue jusqu'au bout".