Le mercredi 16 septembre 2026 à 21:20
Le syndicat Alliance Police Nationale a dénoncé ce mercredi une "situation explosive" au sein du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), l'unité chargée de protéger le chef de l'État. Selon RTL, ce malaise a poussé sept agents à saisir le médecin-chef de l'Élysée. Le colonel de gendarmerie qui dirige le service est accusé de privilégier les gendarmes au détriment des policiers.
Ces sept membres de l'unité ont fait cette démarche au cours des derniers mois, une première au GSPR, d'après nos confrères. Plus d'une quinzaine d'autres auraient eu la même intention, avant d'y renoncer par peur de représailles. Les agents interrogés évoquent des remarques au quotidien et des reproches. Ils parlent aussi de menaces de voir leur avancement bloqué, ou d'être écartés du groupe s'ils expriment un désaccord avec la direction. "Si tu ouvres la bouche, tu sors", a résumé l'un d'eux auprès de RTL.
Les critiques visent cet officier, qui dirige le service depuis septembre 2025, après en avoir été le numéro deux. D'après RTL, les policiers auraient été sommés d'ôter les écussons "Police" de leur équipement dès les premiers jours de son commandement. Les évolutions de carrière auraient largement profité aux gendarmes : onze d'entre eux auraient été promus ou auraient progressé, contre deux policiers seulement. Lorsque l'unité a reçu un nouveau fusil, les militaires auraient été les premiers à suivre la formation. Le colonel aurait également désigné deux gendarmes comme numéro 3 et numéro 4, du jamais-vu dans l'histoire de l'unité.
En juin, un gendarme qui avait passé dix ans dans l'unité en a été écarté. Dans un message adressé à des salariés de l'Élysée, que RTL a pu consulter, il a dénoncé une décision qui lui a été notifiée "de manière aussi brutale qu'inattendue". Il estime que ses prises de position l'ont progressivement rendu "gênant". Le chef du GSPR a répondu à l'ensemble des destinataires : "Je ne commenterai pas cette décision, qui relève de la hiérarchie et a été prise en toute responsabilité. (...) Il me met personnellement en cause de manière inexacte."
«La peur demeure le sentiment dominant»
Autre fait inédit relevé par RTL : jamais, depuis sa création il y a 43 ans, le GSPR n'avait compté de syndicat dans ses rangs. Alliance Police Nationale y a pris pied un trimestre après l'arrivée du colonel à la tête du service. Dans son communiqué, le syndicat indique avoir déjà tiré la sonnette d'alarme à deux reprises, sans être entendu. "La peur demeure le sentiment dominant parmi les personnels concernés", affirme l'organisation.
Le syndicat estime que la parité entre la police nationale et la gendarmerie nationale, "principe structurant du service", "serait aujourd'hui remise en cause". Il met en garde : "Une telle situation altère la cohésion des équipes et est susceptible de fragiliser directement le dispositif de protection du président de la République."Alliance Police Nationale réclame le rétablissement effectif de cette parité, l'arrêt immédiat des "dérives managériales signalées", des garanties opérationnelles pour la sécurité présidentielle et la fin du "double discours constaté". "La sécurité du chef de l'État ne peut reposer sur des personnels en souffrance", insiste le syndicat.
«Nos collègues ne sont pas des pions !»
Eric Lazier, responsable régional d'Alliance Police Nationale chargé des services centraux, a réagi auprès d'Actu17 : "Nous ne découvrons pas la situation, nous la dénonçons depuis des mois : on sacrifie nos collègues du GSPR ! Ces agents sont des professionnels hors pair. Mais on ne gère pas une unité d'élite en jouant aux échecs. Nos collègues ne sont pas des pions !"
Le responsable syndical va plus loin : "Aujourd'hui, la hiérarchie pense déjà au prochain mandat au lieu de gérer l'actuel. C'est irresponsable et c'est une mise en danger pure et simple de l'institution. Nous avons alerté les autorités à de multiples reprises. Force est de constater que nous avions raison. Le dialogue social est bafoué et ces femmes et ces hommes sont traités avec un mépris intolérable."
"Que la direction l'entende bien : nous nous battrons pied à pied pour exiger le respect et imposer une vraie qualité de vie au travail pour nos collègues du GSPR, et nous n'accepterons aucune pression et aucune menace sur les collègues injustement traités", prévient Eric Lazier.
Créé en 1983, le GSPR réunit environ 80 agents, des policiers du Service de la protection (SDLP) et des gendarmes du GIGN. Il protège le président de la République et sa famille, lors de ses fonctions officielles comme dans sa vie privée. Sollicités par l'AFP, ni l'Élysée ni le ministère de l'Intérieur n'avaient réagi dans l'immédiat.