Val-de-Marne : Pour punir son fils, elle le force à s’agenouiller sur un manche à balai durant près de 8 heures


Illustration. (Jose Hernandez Camera 51/shutterstock).

Une mère de famille comparaissait ce mardi devant le tribunal correctionnel de Créteil pour avoir infligé une punition invraisemblable à son fils et maltraité ses deux enfants depuis des années.


L’affaire jugée ce mardi au tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne) est particulièrement sordide. Elle a débuté après le signalement d’un voisin de cette famille, composée d’une mère de 46 ans et de ses deux enfants, domiciliée à Vincennes.

Depuis la mort de leur père en 2014, cet adolescent de 14 ans et sa sœur de 19 ans subissaient des sévices de la part de leur mère, rapporte Le Parisien.

Le 19 janvier dernier, ce voisin vigilant a constaté avec effroi, au travers d’une fenêtre du logement familial, le traitement infligé à l’adolescent.

« Traité pire qu’un prisonnier de guerre »

Une véritable « scène de séquestration », dira un assesseur lors de l’audience, abondé par le procureur de la République en ces termes : « On a traité un enfant pire qu’un prisonnier de guerre ».


L’adolescent a été libéré par les policiers, après environ 8 heures de calvaire. Les témoignages du garçon et de sa sœur ont permis aux enquêteurs de retracer les événements sordides qui ont jalonné cette journée où la situation a basculé.

Pour une raison dérisoire, la mère avait puni son fils en l’obligeant à recopier des biographies de dictateurs. Mais l’adolescent ne s’était pas exécuté, préférant regarder la télévision. C’est à ce moment-là que la situation a totalement dégénéré.

De 16h20 jusqu’à l’intervention des policiers à 23h50, le garçon a été contraint par sa mère de rester dans le salon, agenouillé sur le manche d’un balai en gardant les mains derrière la tête.

En tout et pour tout, la tortionnaire lui a accordé quatre pauses : trois pour aller aux toilettes, une pour le dîner. Lorsque, sous l’effet de la fatigue, il a baissé les bras, sa mère l’a ligoté et bâillonné.

Une amie complice des sévices

Pour bien attacher son fils, la quadragénaire a pu compter sur le concours d’une amie, ancienne assistante maternelle qu’elle hébergeait dans l’appartement familial depuis plus de deux ans.

À l’audience ce mardi, seule la fille de la prévenue avait fait le déplacement. La jeune femme de 19 ans est arrivée avec des béquilles et des difficultés à se déplacer.

D’avis de médecins, ses jambes sont fonctionnelles, mais sa tête ne suit plus. Une situation similaire à son frère, qui n’a pas eu la force de se présenter à l’audience. Lui souffre d’une fièvre lancinante.

Un témoignage poignant

Face aux magistrats, c’est donc sa sœur qui a raconté les sévices subis depuis la mort de leur père, et les coups reçus en voulant défendre son frère. Elle a évoqué également cette fois où la maman lui a plongé la tête dans la cuvette des toilettes.

En pleurs et avec des difficultés à s’exprimer, la prévenue a acquiescé de la tête à chaque témoignage, affirmant ne pas s’en souvenir mais déclarant « que si [ses] enfants le disent, c’est que c’est vrai ».

Une expertise psychiatrique a conclu que cette dernière était « colérique avec un difficile contrôle pulsionnel ». La présidente a tenté d’en savoir plus sur son enfance, pour cerner sa personnalité. La mère de famille a finalement évoqué les violences qu’elle avait subies, elle aussi lorsqu’elle était petite.

Si la prévenue a reconnu les faits et évoqué la cruauté avec laquelle elle a traité ses propres enfants, elle a affirmé ne pas savoir comment elle en est arrivée là. À la barre du tribunal, la quadragénaire a présenté des excuses aux victimes, affirmant les « aimer plus que tout au monde ».


Une amie au rôle trouble

Le tribunal s’est ensuite penché sur le rôle qu’a joué l’amie de la prévenue, elle aussi mise en cause. Cette ancienne assistante maternelle était présente lors des sévices infligés à la jeune femme et à l’adolescent.

Ce dernier avait déclaré aux enquêteurs, lors de ses auditions, qu’elle intervenait habituellement pour qu’il ne soit pas puni. Sauf que cette fois-ci, elle n’avait rien fait pour arrêter la séance, de « perversité et d’humiliation », comme l’a rapporté le parquet.

« Je me sens coupable j’ai honte », a déclaré l’amie de la mère de famille. Elle a ensuite affirmé qu’elle n’avait pas réagi par peur de se retrouver à la rue si celle qui l’hébergeait lui demandait de quitter l’appartement.

Pire encore, dans ses déclarations, l’adolescent avait raconté aux enquêteurs que celle-ci avait proposé de faire durer une heure de plus la punition s’il baissait les bras. Sa grande sœur a, pour sa part, enfoncé le clou en assurant qu’elle était « même pire » que sa mère.

Les victimes souhaitent retourner au domicile familial

Au terme des débats, la jeune femme de 19 ans a tout de même expliqué qu’elle souhaitait revenir au domicile familial. Peut-être, a-t-il été abordé en audience, que la perte de son père lui donne l’envie de retrouver sa mère coûte que coûte.

Même en colère et déçue, selon ses propos, elle a formellement émis le souhait de revoir sa mère. Son frère aussi, malheureux, a finalement demandé à revoir cette mère qui l’a fait tant souffrir.

Le ministère public a requis trois ans de prison dont deux avec sursis contre leur mère, et deux ans de prison dont un avec sursis pour l’ancienne assistante maternelle.