Accident de Villeneuve-la-Garenne : les premiers éléments affaiblissent l’hypothèse d’une bavure


Un homme de 30 ans s'est gravement blessé à une jambe après avoir percuté une voiture de police le 18 avril à Villeneuve-la-Garenne. (captures écran vidéo/DR)

Les investigations sont toujours en cours après l’accident de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) dans lequel un homme qui circulait à moto, sans casque, s’est gravement blessé à la jambe après avoir percuté une voiture de police. Les premiers éléments de l’enquête ne vont pas dans le sens d’une bavure des policiers.


Deux semaines après les faits, les circonstances de l’accident s’éclaircissent. Mouldi C., 30 ans, souffre d’une grave blessure à la jambe et se trouve toujours à l’hôpital d’où il s’est exprimé la semaine dernière. Trois mois d’ITT (Incapacité totale de travail) lui ont été attribués indique Le Parisien. L’homme a toutefois pu être interrogé par les policiers, six jours après l’accident qui s’est produit à Villeneuve-la-Garenne et qui a donné lieu à une vague de violences urbaines.

Dans cette affaire, deux enquêtes ont été ouvertes, l’une judiciaire qui a été confiée aux policiers de la sûreté départementale des Hauts-de-Seine, qui vise Mouldi C., et une seconde qui est menée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour déterminer si les policiers de la Brigade anticriminalité de nuit des Hauts-de-Seine (BAC 92N) ont commis une faute.

« Le motard est arrivé très vite en changeant de trajectoire »

« L’exploitation d’une nouvelle vidéo accrédite la version des policiers. Elle montre que leur véhicule était bien à l’arrêt et que le motard est arrivé très vite en changeant de trajectoire », a expliqué la procureure de Nanterre (Hauts-de-Seine), Catherine Denis, au quotidien francilien. Un premier élément qui affaiblit la thèse d’une « bavure policière », largement répandue sur les réseaux sociaux le soir de l’accident, le 18 avril dernier.

Ce soir-là, Mouldi C., est sorti avec sa motocross de 80 cm3 non homologuée, sans casque et sans feux, en plein confinement, alors qu’il avait déjà été verbalisé à trois reprises pour le non-respect de ses mesures qui visent à enrayer la pandémie de coronavirus. Le trentenaire reconnait être sorti sans motif et sans attestation.


Après un demi-tour sur l’avenue de Verdun, l’homme a pris la direction de Gennevilliers et s’est retrouvé sur la même voie qu’une voiture de police noire banalisée, une Volkswagen Passat. Trois policiers de la BAC 92N se trouvaient à l’intérieur du véhicule, arrêté à un feu rouge, devant la station-service BP.

Mouldi C. a alors emprunté la piste cyclable sur la droite, expliquant qu’il avait l’intention de dépasser la Volkswagen Passat « doucement ». Il affirme qu’il ignorait qu’il s’agissait d’une voiture de police. « Je vois la portière avant-droite s’ouvrir, j’essaie de freiner le plus fort possible pour éviter le choc, et là, je la prends », a-t-il expliqué lors de son audition.

« Si la porte n’avait pas été ouverte, je serais passé large »

Les fonctionnaires avaient eux décidé de procéder au contrôle de cet homme à moto, en infraction. Ils expliquent avoir entendu le deux-roues arriver. Le chef de bord, assis à la place passager à l’avant du véhicule, raconte que tout est allé très vite. « J’ai ouvert ma portière et avant d’avoir pu m’extraire du véhicule, je constate que le deux-roues la percute violemment et chute lourdement au sol ». Mouldi C. a alors heurté un poteau métallique, se blessant gravement à la jambe gauche.

Le blessé estime que les policiers ont ouvert la porte juste quand il est arrivé. « Si la porte n’avait pas été ouverte, je serais passé large », précise-t-il. Le policier qui a ouvert la portière conteste sans réserve avoir eu l’intention de blesser le trentenaire, ajoutant que le « feu tricolore était rouge » au moment où il tente de descendre du véhicule.

Une vive accélération avant la collision

D’autre part, l’exploitation d’une caméra de surveillance de la ville a montré que Mouldi C. avait accéléré fortement avant la collision rapporte le journal. Les images laissent penser qu’il aurait changé de trajectoire au dernier moment, pour se retrouver finalement dans une voie réservée aux vélos, où il ne peut normalement pas circuler.

Autre élément récupéré par les enquêteurs : l’impact relevé sur la portière de la voiture de police se trouve sur la tranche, au milieu de celle-ci, ce qui indique qu’elle n’était « pas totalement ouverte » au moment du choc comme l’ont mentionné les enquêteurs.

Mouldi C. conduisait sous l’emprise du cannabis

Toujours selon Le Parisien, une autre vidéo montre que Mouldi C. faisait des zig-zag entre les voitures et franchissait les feux tricolores en roulant à une vitesse excessive, en sens inverse, debout sur son deux-roues, cinq heures avant les faits, dans la même commune. Les enquêteurs de l’IGPN ont saisi une troisième vidéo, celle d’un café situé en face du lieu de l’accident. Les images montreraient que le trentenaire ne fait aucune embardée au moment de l’accident. La défense a l’intention de s’appuyer sur cette séquence.

Par ailleurs, une analyse toxicologique a révélé que le mis en cause avait un taux d’1,7 ng/ml de THC dans le sang. Il conduisait donc sous l’emprise du cannabis au moment de cet accident.


Mouldi C. se trouvait également sous contrôle judiciaire le 18 avril avait précisé le parquet 72 heures après l’accident, dans un communiqué. Une mesure judiciaire prise « depuis le 16 mars 2020, pour des faits de menaces de mort matérialisées par un objet (un hachoir) dans le cadre d’une procédure de comparution par procès-verbal après déferrement devant le procureur de la République, devant être jugée le 13 juillet 2020 ».

Une troisième enquête a été ouverte par le parquet de Nanterre après des appels au meurtre et des menaces de mort sur les réseaux sociaux, visant les policiers impliqués dans cet accident.