Affaire Adama Traoré : les juges ordonnent un complément d’expertise médicale


Adama Traoré est décédé le 19 juillet 2016 dans le Val-d'Oise. (DR)

Les juges d’instruction chargés de l’enquête autour de la mort d’Adama Traoré, en juillet 2016, peu après son interpellation, ont ordonné un complément d’expertise médicale. De nouveaux témoignages et de nouveaux éléments médicaux ont été recueillis par les enquêteurs.

Le décès d’Adama Traoré est survenu peu après son interpellation par les gendarmes le 19 juillet 2016 à à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). Cinq ans plus tard, le dossier connaît un énième revirement. Les juges d’instruction en charge du dossier ont réclamé un complément d’expertise médicale suite au recueil par les enquêteurs de nouveaux témoignages et éléments médicaux écrit Le Monde.

Un complément qui a été demandé aux quatre médecins belges qui avaient remis en janvier dernier un nouveau rapport qui devait trancher la bataille d’expertise contradictoires au cœur de ce dossier. Dans leurs conclusions, ces derniers ont estimé que « seule la notion d’au moins une phase d’immobilisation avec contention, dont les détails ne sont pas relatés de manière unanime est susceptible de fournir une piste d’explication ».

Après la course-poursuite avec les gendarmes et au moment de l’interpellation, « on peut penser que M. Traoré se trouvait, au moment de l’application des manœuvres de contention, dans une situation d’hypoxie (une diminution de la concentration d’oxygène dans le sang, ndlr) sérieuse, à laquelle la procédure d’immobilisation pour placement de menottes dans le dos a vraisemblablement contribué », précisent les médecins. « L’immobilisation d’un individu en position ventrale pour menottage dans le dos (…) peut entraîner un décès inopiné ».

« Pour moi, il était dans un état qui n’est pas habituel »

En mars dernier, les enquêteurs ont auditionné un témoin clef, qui connaissait Adama Traoré depuis l’enfance et qui l’avait aidé à s’échapper, alors qu’il avait été arrêté une première fois par les forces de l’ordre. « Adama était essoufflé (…) Je n’ai pas l’habitude de le voir essoufflé, mais c’est vrai que là quand je suis intervenu, j’ai été un peu surpris de le voir fatigué », a-t-il détaillé. « C’est comme si son corps ne réagissait pas. (…) Pour moi, il était dans un état qui n’est pas habituel, il ne parlait pas ». L’homme ainsi qu’un employé de la mairie ont rapporté qu’Adama Traoré était reparti « en marchant ».

Le dossier médical du défunt a aussi été récupéré à la médecine du travail, il avait été réalisé lors de son embauche par une association d’insertion en 2014. De plus, un arrêt de travail concernant la période du 2 au 18 juin 2014 a été retrouvé pour les besoins de l’enquête. Les informations des deux documents n’ont pas été communiquées en raison du secret médical.

Un problèmes d’essoufflement ?

Une ancienne conseillère de Pôle emploi a aussi rapporté aux enquêteurs avoir été mise au courant de problèmes d’essoufflement d’Adama Traoré, qui auraient justifié un changement d’affectation. Néanmoins, parmi la quinzaine d’ex-responsables ou ex-travailleurs de l’association auditionnés, aucun n’a confirmé cette précision.

Les experts belges doivent apporter une réponse à la justice d’ici au 31 août, afin de déterminer si ces nouveaux éléments ont « vocation à modifier » leurs conclusions initiales.

Ce samedi, une nouvelle marche de soutien organisée par le comité « La vérité pour Adama » se tient depuis 14 heures ce samedi, au départ de la gare de Persan (Val-d’Oise).