Mort d’Adama Traoré : une nouvelle expertise évoque «un coup de chaleur» et un possible lien avec l’intervention des gendarmes


Adama Traoré est décédé le 19 juillet 2016 dans le Val-d'Oise. (DR)

Un nouveau rapport d’expertise commandé par les magistrats à des médecins belges donnent de nouvelles conclusions.


Les juges en charge de l’instruction du dossier sur le décès d’Adama Traoré, survenu peu après son interpellation par les gendarmes le 19 juillet 2016 à à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), ont reçu le nouveau rapport d’expertise qu’ils avaient commandé l’été dernier, et qui a été confié à des médecins belges.

Les médecins estiment dans leurs conclusions citées par franceinfo, que « seule la notion d’au moins une phase d’immobilisation avec contention, dont les détails ne sont pas relatés de manière unanime est susceptible de fournir une piste d’explication ».

Après la course-poursuite avec les gendarmes et au moment de l’interpellation, « on peut penser que M. Traoré se trouvait, au moment de l’application des manœuvres de contention, dans une situation d’hypoxie (une diminution de la concentration d’oxygène dans le sang, ndlr) sérieuse, à laquelle la procédure d’immobilisation pour placement de menottes dans le dos a vraisemblablement contribué », précisent les médecins. « L’immobilisation d’un individu en position ventrale pour menottage dans le dos (…) peut entraîner un décès inopiné ».

Les praticiens écartent aussi la possibilité que la « sarcoïdose pulmonaire », qui est une pathologie inflammatoire, ait « pu causer son décès », mais considèrent « plausible » qu’elle ait seulement pu « constituer un facteur aggravant ».


La précédente expertise annulée par la justice pour un vice de procédure

Deux autopsies et quatre autres expertises demandées par la justice avaient à chaque fois mis en avant les antécédents médicaux du jeune homme de 24 ans, notamment cardiaques et génétiques, mettant hors de cause l’intervention des gendarmes. La plus récente expertise a été annulée par la justice début décembre pour un vice de procédure. Les trois médecins qui avaient réalisé ce rapport ont en effet sollicité un cardiologue sans le mentionner dans l’expertise ou demander l’autorisation au juge d’instruction.

Une précédente expertise médicale réalisée à la demande de la justice avait indiqué que le pronostic vital d’Adama Traoré était déjà engagé, avant même l’interpellation et ce, « de façon irréversible ». Alors que les juges d’instruction allaient rendre un non-lieu dans cette affaire au printemps 2019, et qu’aucune mise en examen n’avait été prononcée, un rapport médical réalisé à la demande de la famille avait écarté les conclusions de l’enquête. L’avocat de la famille Traoré, Me Yassine Bouzrou, a versé au dossier, au total, deux rapports de quatre médecins choisis par la famille, qui mettent en cause la responsabilité des gendarmes.

« Sans cette interpellation, Adama Traoré serait vivant »

« Nous savons aujourd’hui que parmi les causes de la mort, il y a la violence de l’interpellation et notamment un plaquage ventral qui aujourd’hui a clairement un rôle important dans le décès d’Adama Traoré (…) Sans cette interpellation, Adama Traoré serait vivant », a réagi Me Yassine Bouzrou auprès de la chaîne d’informations.

« Les gestes règlementaires opérés par les trois gendarmes l’ont été au regard de la rébellion d’Adama Traoré »

Dans un communiqué, l’un des avocats des trois gendarmes constate que les experts écartent « l’existence de la moindre asphyxie positionnelle dénoncée de façon récurrente par les parties civiles ». Ces derniers ont « considéré que le diagnostic d’un ‘coup de chaleur à l’exercice’ pouvait être envisagé comme ayant contribué au décès d’Adama Traoré, état qui aurait pu être aggravé par les antécédents pathologiques dont souffrait Adama Traoré, à savoir un trait drépanocytaire, un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase d’origine génétique et une sarcoïdose pulmonaire », admettant que certes « les manœuvres ‘momentanées de contrainte’ des gendarmes auraient pu contribuer à ce tableau multifactoriel ».

« Les gestes règlementaires opérés par les trois gendarmes l’ont été au regard de la rébellion d’Adama Traoré et ce alors même que ces trois agents étaient dans l’ignorance la plus complète des antécédents médicaux de cet homme et de ce qui pouvait s’être produit physiologiquement pour lui. A ce jour, les trois gendarmes dont nous assurons la défense réaffirment de plus fort leur totale innocence », conclut le communiqué.