Affaire Zecler : «Envoyé spécial» dévoile des messages privés d’un des policiers et l’interroge en caméra cachée


La vidéo de l'interpellation de Michel Zecler avait été diffusée par le site Loopsider. (capture écran)

France 2 a interrogé l’un des policiers impliqué dans l’affaire Michel Zecler, en caméra cachée, pour l’émission « Envoyé spécial ». Des messages personnels du fonctionnaire, provenant de son téléphone, ont également été dévoilés par la chaîne qui a eu accès à des informations du dossier d’instruction.

Quatre policiers ont été mis en examen dans l’affaire Michel Zecler qui avait provoqué de vives réactions, jusqu’au sommet de l’État, en novembre dernier. Deux des fonctionnaires avaient été placés en détention provisoire durant près de trois semaines, avant d’être remis en liberté.

Près de cinq mois après les faits, France 2 revient sur ce dossier dans son émission « Envoyé spécial » qui sera diffusée ce jeudi soir à 21 heures. La chaîne du service public explique dans un article être « parvenue à obtenir plusieurs messages qui éclairent le profil de l’un des policiers mis en cause dans cette affaire ». Il s’agit du fonctionnaire que l’on voit entrer le premier dans le studio de Michel Zecler qui, selon le récit des policiers, refuse de se soumettre à un contrôle d’identité au départ de l’action, alors que le producteur de 41 ans ne porte pas de masque et qu’ils ont senti « une forte odeur de matière stupéfiante », venant de celui-ci, qui porte une sacoche.

Une lutte s’engage. Elle a été filmée par une caméra de surveillance installée dans le studio de M. Zecler, dont les images ont été diffusées par Loopsider. Le quadragénaire s’accroche un peu partout et refuse, en utilisant son imposant gabarit, de ressortir de cet espace exigu. Il reçoit alors des coups et sera interpellé peu après, tout comme les neuf personnes qui se trouvaient dans le studio au moment de l’intervention des policiers.

Michel Zecler affirme avoir fait l’objet d’insultes racistes de la part de deux fonctionnaires, notamment « sale nègre ». Des faits qui sont niés par les fonctionnaires, alors que la vidéosurveillance ne dispose pas de son, ne permettant donc pas de vérifier ces accusations.

« C’est pas du racisme mais tous les bâtards qui foutent la merde, ce sont tous les mêmes… »

« Envoyé spécial » a eu accès à des éléments du dossier, qui est toujours en cours d’instruction, et au procès-verbal d’exploitation du téléphone portable d’un des policiers. « Aucune allusion à la couleur de peau de Michel Zecler n’a été retrouvée dans son téléphone », indique-t-on.

Les enquêteurs ont néanmoins découvert une capture écran de la vidéo montrant George Floyd à l’agonie, alors que Derek Chauvin (l’ex-policier de Minneapolis qui a été reconnu coupable de meurtre ce mardi, ndlr) lui écrase le cou avec son genou durant près de 10 minutes. Une image sur laquelle il est marqué : « Quand tu dégonfles ton matelas en fin de soirée ». Cette photo vient d’une discussion privée datant du mois de mai, au moment du drame.

« Un peu plus tard, au mois d’août, le policier échange des messages avec une proche, qui s’enquiert des « violences » auxquelles il est confronté », détaille France 2. « Je suis vraiment désolée que les Français soient aussi cons et que tu vives des violences comme ça, tu ne le mérites pas », écrit cette proche. « Ce ne sont pas des Français, je suis dégoûté que tous ces bâtards soient acceptés en France et que l’on [fasse] rien », répond le policier dans cette conversation privée. « C’est pas du racisme mais tous les bâtards qui foutent la merde, ce sont tous les mêmes… », ajoute-t-il dans son message.

« Il y a des vidéos de chats qui se cassent la gueule, il y a de tout »

« Envoyé spécial » est allé plus loin et a rencontré le policier concerné, qui a été filmé avec une caméra cachée, sans qu’il s’en rende compte donc. « J’ai un groupe d’amis où on s’envoie des conneries, mais comme tout le monde, il y a des vidéos de chats qui se cassent la gueule, il y a de tout », explique le fonctionnaire, à qui le journaliste détaille ses messages privés, qu’il a pu consulter. « Dans la police, nos idées changent, parce qu’on est amené à contrôler le même genre de personne et à interpeller toujours le même type de population », poursuit le fonctionnaire, actuellement suspendu, comme ses trois collègues impliqués dans cette affaire. « Mais ce n’est pas pour autant qu’on sombre dans le racisme », souligne-t-il.

D’autres messages privés, venant de la hiérarchie du policier, ont été décrits par France 2. Celui de son major qui lui apporte son soutien, quelques jours après la diffusion des images par Loopsider et la vague médiatique au sujet de cette affaire, ainsi que celui d’un lieutenant du commissariat du XVIIe arrondissement où il est affecté. « Sachez que quoi qu’il arrive, pour moi vous n’avez en rien sali notre bel uniforme », écrit ce dernier.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé quelques jours après la révélation de cette affaire, qu’il demanderait la « révocation de ces policiers qui ont sali l’uniforme de la République ». Mis en examen dans cette affaire, ils sont tous les quatre, à ce stade, présumés innocents.