Le lundi 19 octobre 2026 à 15:31 - MAJ lundi 19 octobre 2026 à 15:44
Le 8 juin 2020 marque un tournant dans le rapport des Français à leur police. Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, aurait pu faire bloc derrière les hommes et les femmes chargés de nous protéger. Sous la pression, il a préféré sacrifier leur crédibilité pour acheter la paix sociale. Et en désavouant sa propre police, le gouvernement a affaibli l'autorité de l'État.
La mort de George Floyd, aux États-Unis, avait provoqué une émotion mondiale. En France, cette émotion a trouvé un relais dans la mobilisation d'Assa Traoré et du comité Adama, soutenue politiquement notamment par Jean-Luc Mélenchon. Un drame impliquant la police américaine venait nourrir la mise en accusation de la police française.
Le gouvernement devait entendre cette émotion sans laisser s'installer une culpabilité par association. Les policiers français n'étaient pas responsables de la mort de George Floyd.
Le 8 juin, Christophe Castaner annonce une série de mesures, dont l'abandon de la technique d'interpellation dite de l'étranglement. Il demande également qu'une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque "soupçon avéré" d'actes ou de propos racistes.
Combattre le racisme est une exigence. Examiner les pratiques policières relève de la responsabilité du ministre. Mais le moment choisi, le ton et l'enchaînement des annonces ont une portée politique. À mes yeux, le gouvernement a fait porter à sa police le coût de la crise.
L'émotion au-dessus de la règle
Le lendemain, le ministre annonce que les manifestations contre le racisme seront tolérées, malgré l'interdiction liée aux restrictions sanitaires, et que leurs participants ne seront pas verbalisés.
Pour les policiers chargés de faire respecter ces restrictions, la contradiction était flagrante. Ils devaient appliquer une règle dont leur ministre annonçait publiquement qu'elle pouvait être écartée.
Un gouvernement peut modifier une décision ou adapter un dispositif. Encore faut-il qu'il assume une ligne cohérente. Comment demander aux agents de faire respecter une interdiction tout en signifiant que son application dépendra de l'émotion suscitée par la cause défendue ?
Dans les jours suivants, des policiers ont jeté leurs menottes à terre. Ce geste exprimait une rupture de confiance avec leur ministre. Il aurait fallu prendre toute la mesure de cet avertissement.
Soutenir ne signifie pas couvrir
Je ne demande aucune impunité pour les policiers. Un fonctionnaire qui commet une faute doit en répondre. Un acte raciste doit être sanctionné. Une intervention illégale doit être examinée et, lorsqu'une infraction est établie, poursuivie.
Mais la responsabilité individuelle ne doit pas devenir une culpabilité collective.
Un gouvernement doit pouvoir sanctionner un agent et défendre son institution dans le même mouvement. Il doit protéger les citoyens contre les abus et protéger les policiers contre les accusations infondées. Il doit exiger l'exemplarité sans laisser croire que l'uniforme constitue, à lui seul, un motif de suspicion.
Les policiers ne peuvent pas être les représentants de la République quand nous avons besoin d'eux, puis devenir politiquement encombrants lorsque leur action suscite une polémique.
L'opposition pouvait mettre la pression. C'était au gouvernement de tenir une ligne. La responsabilité de son choix lui appartient entièrement.
En fragilisant la police, le pouvoir a affaibli l'État
La police est l'institution à laquelle l'État confie une mission fondamentale : faire respecter la loi et assurer notre sécurité. À travers elle, l'autorité publique devient concrète. Elle intervient, protège, impose une limite et rappelle que les règles communes s'appliquent à chacun.
Quand le pouvoir la désavoue, il affaiblit sa propre capacité à être respecté.
C'est, à mes yeux, la faute politique commise en juin 2020. En donnant aux policiers le sentiment qu'il pouvait les lâcher sous la pression, le gouvernement a fragilisé l'institution censée incarner le respect de la loi, l'autorité et la sécurité. Il a entamé sa crédibilité et, avec elle, sa capacité de dissuasion.
Car la dissuasion repose aussi sur une conviction : celle que l'autorité tiendra. Que la règle sera appliquée. Que ceux qui doivent la faire respecter seront soutenus lorsqu'ils agissent dans son cadre.
Si cette conviction disparaît, la limite devient négociable. Celui qui cherche à s'y soustraire peut espérer que la pression, le nombre ou la polémique feront reculer le pouvoir. Les policiers se retrouvent alors à devoir imposer sur le terrain une autorité que leurs responsables ont fragilisée politiquement.
Je ne prétends pas que chaque agression contre un policier, chaque refus d'obtempérer ou chaque violence urbaine découle des annonces de juin 2020. Mais je considère que cet épisode a envoyé un signal dangereux : le soutien de l'État à sa police pouvait céder devant la pression.
Le prix de ce choix se paie dans une question que nous ne devrions jamais laisser s'installer : lorsque la situation devient difficile, ceux qui commandent assumeront-ils encore les missions qu'ils ont confiées ?
Assumer l'autorité avant les drames
Restaurer cette confiance exige davantage que des hommages après une blessure ou un décès. Le soutien politique doit se manifester avant : dans des consignes claires, des moyens adaptés, un accompagnement effectif et une parole publique qui respecte les faits.
Les citoyens doivent savoir que la loi les protège. Les policiers doivent savoir que leur hiérarchie politique assume les interventions légitimes qu'elle leur demande d'accomplir.
Le gouvernement de 2020 avait le droit de réformer les pratiques policières. Il avait le devoir de combattre le racisme. Il avait aussi la responsabilité de soutenir son institution et de défendre sa légitimité.
À mes yeux, il a sacrifié cette responsabilité à la recherche d'un apaisement immédiat. La décision était lâche parce qu'elle faisait porter aux agents le coût politique de la crise. Elle était stupide parce qu'en affaiblissant leur autorité, le gouvernement affaiblissait la sienne.
Le pouvoir pensait acheter la paix sociale. Il a surtout entamé le crédit de l'État. Et une autorité moins crédible devient une autorité moins dissuasive.
Ce prix, les policiers ne sont pas les seuls à le payer. Les citoyens aussi.