Attaque à la préfecture : Les signes précurseurs qui inquiétaient les collègues de Mickaël Harpon


Mickaël Harpon avait changé de comportement ces dernières années. (DR)

L’enquête sur l’attaque au couteau de la préfecture de police de Paris se poursuit. De nombreux collègues de Mickaël Harpon ont été entendus par les enquêteurs. Plusieurs d’entre eux ont expliqué qu’ils étaient préoccupés par certaines attitudes du tueur.

Le comportement de Mickaël Harpon avait changé. Ce jeudi 3 octobre au matin lorsqu’il est arrivé à son bureau, l’agent administratif de 45 ans affecté à la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) est resté prostré devant son écran noir, le regard vide, les jambes tremblantes rapporte L’Express, s’appuyant sur des éléments de l’enquête.

Le tueur a quitté son bureau à 10h55 avant de descendre à l’accueil, indiquant avoir un colis à récupérer. Il est ensuite sorti à 12h18 pour déjeuner, comme il l’a dit. Filmé par les vidéosurveillances alors qu’il marchait d’un pas assuré, il s’est rendu dans un magasin situé rue Saint-Jacques où il a acheté deux couteaux : l’un avec une lame de 20 cm qui a servi à la tuerie, et un couteau à huîtres. Après un détour pour dissimuler les deux couteaux sur lui, il est revenu à la préfecture de police à 12h36.

L’attaque a débuté quelques minutes plus tard et a duré au total 7 minutes. Quatre fonctionnaires de police ont perdu la vie, Anthony Lancelot, Damien Ernest, Brice Le Mescam et Aurélia Trifiro. Une cinquième, Rosalie G., a été grièvement blessée. C’est un jeune gardien de la paix stagiaire, Jonathan V., qui a neutralisé mortellement Mickaël Harpon en ouvrant le feu à deux reprises, alors que l’assaillant lui fonçait dessus.

Un homme décrit comme très discret, agréable et poli à son arrivée en 2003

Depuis l’attaque, de nombreux policiers de la DRPP ont été interrogés par les enquêteurs de la DGSI et de la brigade criminelle. Quand et comment Mickaël Harpon s’est-t-il radicalisé ? La question reste encore sans réponse même si plusieurs éléments ont déjà été relevés par les enquêteurs. À commencer par l’attitude de M. Harpon qui a changé au fil du temps. Malgré son dossier administratif resté vide, plusieurs collègues du tueur ont évoqué des signes précurseurs.


Ces policiers ont témoigné sous couvert d’anonymat et ont été identifiés seulement par leur numéro d’immatriculation professionnel précise l’hebdomadaire. Ils ont décrit Mickaël Harpon en 2003, année de son arrivée, comme quelqu’un de très discret, « un aimable tire-au-flanc », agréable et poli. Complexé par sa surdité provoquée par une méningite, ils ont raconté que Mickaël Harpon était complexé et se mêlait peu aux autres, évitant les pots dans le service.

Une violente altercation en 2015

Mickaël Harpon a rencontré sa femme il y a une dizaine d’années, et s’est converti à l’islam. Le couple s’est marié en 2014.

Après l’attentat de Charlie Hebdo, une violente altercation a éclaté avec l’un de ses collègues. « C’est bien fait » aurait déclaré l’adjoint administratif, expliquant que les journalistes tués s’en étaient pris à Allah. La tension est montée avec son voisin de bureau qui était à deux doigts d’en venir aux mains avec l’intéressé. Les faits ne donneront lieu a aucun écrit et donc a aucune sanction, ni administrative, ni pénale.

Il refusait tout contact physique avec les femmes et était régulièrement convoqué

En 2017, Mickaël Harpon s’est mis à prier fréquemment durant sa pause déjeuner, ainsi qu’à la mosquée. Il a dans le même temps cessé de faire la bise à ses collègues féminines, refusant tout contact physique avec les femmes.

L’agent administratif habilité secret défense était régulièrement convoqué par le service des ressources humaines à ce sujet mais également par sa chef de section afin qu’il soit « recadré », a déclaré un policier. En outre, Mickaël Harpon semblait avoir des difficultés avec l’autorité, notamment celle du gardien de la paix Anthony Lancelot qui a été sa première victime, qui a été égorgée.

Un avertissement dans son dossier datant de 2012

Seul un avertissement était présent dans le dossier administratif de Mickaël Harpon, datant du 4 mai 2012. Poursuivi pour violences conjugales, l’homme avait été reconnu coupable par le tribunal de grande instance de Pontoise mais n’avait pas reçu de sanction.

En rentrant chez lui le mercredi soir avant l’attaque, Mickaël Harpon aurait déclaré à sa femme que l’un de ses collègues « lui mettait la pression », sans en dire plus. Son comportement n’était pas habituel a-t-elle expliqué aux enquêteurs. Vers 4 heures du matin, l’homme s’est réveillé en pleine nuit et a hurlé, réveillant ses voisins. « Allah Akbar » a-t-il crié, en priant. « Allah m’a donné un signe », a-t-il aussi dit alors qu’il récitait la chahada, la profession de foi musulmane.

160 enquêteurs

Cette dernière a tenté de contacter une employée de la préfecture de police dans la matinée, en vain. Elle a plus tard échangé 33 SMS avec son mari, des messages exclusivement religieux comme l’a précisé le procureur de la République.

Selon les derniers éléments connus de cette enquête d’ampleur, les policiers ne sont, à ce stade, pas parvenus à relier Mickaël Harpon à une organisation terroriste. 160 enquêteurs sont mobilisés pour examiner le matériel informatique de l’assaillant, notamment cette clef USB où des listes de noms de policiers ont été découvertes.