Bobigny : Les policiers refusent d’escorter un couple atteint du Covid-19 devant le juge, il est remis en liberté


Le dépôt du palais de justice de Bobigny. Illustration. (photo Google)

Les policiers du dépôt du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ont refusé de conduire deux personnes déférées jusqu’à la salle d’audience. Ils ont dû être libérés.


Deux habitants d’Aulnay-sous-Bois ont été interpellés mardi, à la suite d’une importante escroquerie dite « à la Zaïroise ». L’homme était le destinataire de colis en provenance de Belgique, dont la commande était émise préalablement par une société fictive qui ne payait jamais la marchandise.

Lors de la perquisition menée au domicile du suspect, les policiers ont constaté que sa compagne était alitée et placée en quatorzaine en raison de sa contamination avérée par le coronavirus, relate Le Parisien.

Cette soignante avait été testée positive au Covid-19 la veille. Malgré cette situation, elle a été placée en garde à vue au commissariat d’Aulnay-sous-Bois, tout comme son compagnon. Tous deux y ont été conduits équipés de masques.

Retenus près de 20 heures au dépôt du palais de justice

Les investigations se sont poursuivies et ont nécessité une prolongation de leur garde à vue. Le principal mis en cause, âgé d’une trentaine d’années est soupçonné par les enquêteurs d’être partie prenante dans cette vaste escroquerie. Sa compagne, toutefois, n’est poursuivie que pour « un vol de trois cocottes-minute et une batterie externe », a détaillé Me Yves Levano, leur avocat.


Au terme de leur garde à vue jeudi, le trentenaire et sa compagne ont été déférés au palais de justice de Bobigny, où ils ont été placés chacun dans une cellule individuelle du dépôt. Ils étaient alors en attente d’être conduits devant le juge des libertés et de la détention (JLD) pour une audience.

C’est dans ce dépôt, dont la trentaine de cellules était occupée malgré le calme habituel des jours fériés, que le couple a patienté durant près de 20 heures. Il s’agit du délai légal maximum durant lequel les personnes déférées peuvent être retenues.

Les fonctionnaires refusent de les escorter

Vu les circonstances, la femme étant positive au Covid-19 et l’homme fortement suspecté d’en être atteint, les policiers du dépôt ont refusé de les escorter à l’audience du JLD. Le délai légal de rétention arrivant à son terme, le couple a été libéré.

Cette situation incongrue s’est produite malgré le fait que l’avocat des mis en cause avait adressé un fax au parquet, pour l’informer de l’état de santé de sa cliente. Celui-ci juge qu’il s’agit d’une bonne chose que les policiers aient refusé l’escorte, qualifiant d’« absurde » la décision « de faire rentrer le virus dans un commissariat et dans un palais de justice ».

Les interrogations se portent désormais sur la possible contamination des policiers entrés en contact avec le couple. La totalité du dépôt du palais de justice doit être désinfectée. « Jamais une suspicion de Covid ou un cas avéré n’a été incompatible avec une garde à vue, sauf si un médecin l’indique. Cela n’a pas été le cas dans ce dossier » a déclaré le parquet de Bobigny, interrogé sur ces faits.