Bourges : Deux ans de prison requis contre un automobiliste ivre qui avait entraîné la mort accidentelle de son passager


Illustration. (shutterstock)

Le conducteur a été jugé, ce mercredi, pour « homicide involontaire ». Le délibéré a été fixé au 20 octobre prochain.

Allan, 31 ans, se souviendra toute sa vie de cette soirée tragique du 13 décembre 2019. Ce soir-là, ce trentenaire a rendez-vous avec Cyrille C., de près de 20 ans son aîné, qu’il a rencontré un an plus tôt. Les deux hommes ont sympathisé et se sont trouvé des occupations communes autour de « soirées Call of Duty sur Playstation 4 » ou « apéro ».

Ce 13 décembre 2019, Allan se rend au domicile de Cyrille à Herry (Cher). Au fil de plusieurs parties de billard, ils consomment de l’alcool : whisky-coca pour l’un ; vodka et coca pour l’autre. « Deux ou trois verres » pour Allan, « trois ou quatre verres » pour Cyrille, selon les souvenirs du premier nommé. Vers 22 h, les deux hommes décident de se rendre dans un bar pour manger et faire un « baby-foot ». Allan estime qu’il est en état de prendre le volant de sa Renault Clio. Cyrille s’installe à ses côtés. Alors qu’ils se dirigent vers la commune de La Charité-sur-Loire, Allan perd le contrôle de son véhicule, alors qu’il longe le canal latéral de la Loire. « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. J’ai peut-être mordu l’accotement. Je crois que je n’ai pas eu le temps de freiner. Le véhicule a atterri directement dans le canal. Nous n’avons percuté aucun obstacle », se remémore Allan lors de son audition devant les gendarmes deux jours plus tard.

« Le véhicule s’est rempli d’eau. J’ai peiné à me détacher. »

Les militaires ont repêché la carcasse de la Clio au fond de ce canal à la hauteur de la commune de La Chapelle-Montlinard (Cher). A l’intérieur, le corps sans vie de Cyrille est découvert. Il n’a pas pu s’extraire de l’habitacle de la Clio en train de couler. Allan, lui, a pu d’en échapper au prix de longs efforts. « Le véhicule a coulé directement à pic. J’ai pu sortir en détachant ma ceinture. J’ai dit à Cyrille de se détacher tout de suite. Le véhicule s’est rempli d’eau. J’ai peiné à me détacher. Je suis sorti en ouvrant ma porte conducteur, je crois. En remontant à la surface, j’ai constaté que Cyrille n’était pas sorti. J’ai essayé de plonger pour atteindre la poignée de la portière. (…) Je n’arrivais pas à atteindre la poignée de sa porte passager. J’ai réessayé plusieurs fois, quatre ou cinq fois, mais à un moment, je n’arrivais plus à respirer. J’avais bu la tasse, j’étais en train de me noyer » a encore confié Allan.

La suite est plus floue. Il se souvient avoir regagné la berge puis avoir « cherché des lumières mais j’étais désorienté, j’ai vu une route et des voitures circulant, j’ai fait signes pour qu’elles s’arrêtent. Sur trois-quatre voitures, aucune ne s’est arrêtée. Le seul souvenir que j’ai derrière, ce sont les pompiers ». Allan ne sera secouru que le 14 décembre, vers 5 heures du matin, « détrempé, fortement alcoolisé, sans chaussures, en état de choc et d’hypothermie, ne se rappelant qu’avoir passé la soirée avec un ami à s’alcooliser, mais n’avoir aucun souvenir de la manière dont il a échoué sur le bord de la route » selon le rapport de la gendarmerie que Actu17 a pu consulter.

Les constatations sur la Renault Clio établissent que les roues sont braquées et que le pneu avant gauche a éclaté. Dans leur rapport, les militaires retiennent l’hypothèse d’un accident mortel de la circulation. Ils précisent que le conducteur, « vraisemblablement alcoolisé et roulant à vitesse excessive au regard des circonstances (routes sans éclairage, ni marquage, déformation de la chaussée à une trentaine de mètres en amont du point d’impact du véhicule contre le talus et sa sortie de route), perd le contrôle de ce dernier après avoir passé la bosse constituée par l’intersection avec un pont métallique traversant le canal. Il percute ensuite le bas-côté sur son côté gauche, ce qui a eu pour effet de faire s’envoler la voiture qui va à nouveau percuter le sol une dizaine de mètre en contrebas, puis poursuivre sa route droit dans le canal ».

« Un dossier qui laisse place à de nombreux doutes »

Traumatisé par le décès brutal de son ami, Allan voit ensuite la justice le poursuivre pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours » alors qu’il assure avoir tenté de le sauver. A l’issue d’une enquête préliminaire de cinq mois, il a été renvoyé devant le tribunal.

Pour ses avocats, Mes Eytan Benichou et Yohan Dehan, il est regrettable que « les diligences accomplies n’aient pas été plus poussées ». « Nous nous présentons au tribunal avec un dossier qui laisse place à de nombreux doutes, notamment sur les circonstances exactes de la sortie de route du véhicule ».

Au cours de l’audience, le représentant du Ministère public a requis la relaxe sur le chef d’«omission de porter secours » avant de requérir « 2 ans de prison avec sursis assortis d’une obligation de soins et l’annulation du permis de conduire et interdiction de le passer avant 2 ans ». Allan sera fixé sur son sort le 20 octobre prochain.