Comment le GIPN de Marseille a vacillé sous le commandement de Didier Andrieux.

par Y.C.
Capture vidéo (Twitter / @Renaud_Perrier)

L’exposition médiatique du Commandant de Police divisionnaire Didier Andrieux a remué les souvenirs de son passé au sein du Groupe d’Intervention de la Police Nationale (GIPN) de Marseille.

Avant d’être à la tête de 400 policiers de Toulon dans le Var, et d’être filmé en train de boxer des Gilets Jaunes durant l’Acte 8 de la mobilisation, le Commandant Didier Andrieux était le chef du GIPN de Marseille. Une affaire qui avait fait exploser le groupe d’intervention, causant la mutation de ses anciens membres, vient d’être rendue publique.

« Des troubles du comportement » ?

Le 20 décembre 2007, une douzaine de policiers du GIPN dont l’adjoint de Didier Andrieux transmettent un rapport alarmant au Directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP) et au Directeur Central de la Sécurité Publique (DCSP).

Selon Le Parisien, qui a pu s’en procurer une copie, le document débute en ces termes : « Après plusieurs réunions de groupe ou réunions de commandement, nous avons constaté des troubles du comportement de la part de notre chef de service ». Le chef de service est alors Didier Andrieux, Commandant de Police.

À cette période, ces personnels de l’unité d’élite dénoncent à la haute hiérarchie policière le comportement de leur chef, « dans le but de sortir de la crise » et « surtout d’éviter qu’un drame ne survienne ». Il précise : « Ce dernier [Didier Andrieux] a eu à plusieurs reprises une attitude que nous qualifierons de dépressive, démontrée par des larmes, des périodes d’isolement refusant tout dialogue, des attitudes contradictoires, des aveux de pensées suicidaires… ».

Des enregistrements clandestins

Pour appuyer leurs propos, les policiers détiennent des enregistrements audio de leur chef, faits à son insu. Ainsi alertée, la DCSP a envoyé un Commissaire de Police pour enquêter de son côté sur les faits dénoncés. Les enregistrements audio n’ont pas été considérés lors de cette enquête, car ils avaient été faits de manière clandestine, et qu’aucun délit pénal n’en ressortait, selon le quotidien francilien.

Le GIPN de Marseille explose

Contrairement à l’effet escompté par les policiers qui ont jeté un pavé dans la mare, l’activité de l’unité d’élite a été suspendue. Six mois plus tard, l’encadrement du GIPN de Marseille ainsi que les policiers qui le composait ont été changés. Ses anciens membres, des policiers d’élite, ont été contraints de choisir un autre service pour y être mutés. Pour eux, la fin de leur carrière dans les forces d’intervention venait d’arriver.

Cet événement n’aurait toutefois pas porté préjudice au déroulement de carrière de leur ancien chef Didier Andrieux, si l’on en croit son ancien adjoint. L’officier a été muté en tant qu’adjoint au chef de la section d’intervention du Raid. Une autre unité d’élite, de laquelle il « partira assez vite après quelques soucis », selon Le Parisien. C’est à cette période que Didier Andrieux a été promu Chef subdivisionnaire du commissariat de La Garde dans le Var, avant de prendre la direction du service d’ordre public et du soutien (SOPS) à Toulon.

Son ancien adjoint au GIPN s’épanche dans les médias

Gérald Rivière, l’ancien adjoint de Didier Andrieux au GIPN de Marseille et aujourd’hui retraité, a décidé de se confier sur cette affaire. Selon lui, lui-même et ses collègues de l’époque ont « été humiliés, sacrifiés alors que Didier Andrieux, grâce à ses réseaux et son entregent, est sorti par le haut ». Il a également évoqué, auprès du journal francilien, une intervention ratée maquillée : « Cela a été la goutte qui a fait déborder le vase. Car on citait cette affaire comme modèle dans les services d’intervention ». Le policier retraité s’est dit « peu surpris » par les événements qui ont conduit Didier Andrieux sur le devant des médias. « Ce qui m’étonne c’est que cela ne soit pas arrivé plus tôt », a-t-il confié.

Didier Andrieux, contacté par Le Parisien, n’a pas souhaité communiquer sur son passé au GIPN de Marseille. Il a tenu à préciser : « Je le fais d’autant plus volontiers, que contrairement à certains j’ai la prétention de connaître le sens du mot Honneur et que je ne salirai pas notre chère unité et les membres qui la composent et l’ont composé ».

Concernant les violences filmées lors de l’Acte 8 des Gilets Jaunes à Toulon, deux enquêtes sont en cours : l’une judiciaire, l’autre administrative.