Coronavirus : Des soignantes rejetées par leur voisinage, l’une contrainte de déménager


Le CHRU de Nancy a activé son Plan Blanc le 15 mars dernier, pour mettre en place des mesures d'organisation exceptionnelles dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.(PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP)

La grande majorité des Français saluent avec ferveur le travail des soignants qui sont en première ligne dans la lutte contre la propagation du Covid-19. D’autres, envahis par la peur d’être contaminés, n’hésitent pas à s’en prendre à ceux qui leur sont voisins, les considérant comme une menace pour leur santé.


Plusieurs témoignages de soignants commencent à émerger. Ils rapportent les mésaventures qu’ils endurent à cause de leur profession, dans le contexte de cette pandémie. C’est par exemple le cas de cette infirmière, fraîchement arrivée de Vancouver (Canada) pour prêter main forte à l’hôpital Tenon de Paris.

Un appel à la solidarité entendu par un Parisien

Un Parisien a bien reçu l’appel à la solidarité de l’hôpital Tenon de l’AP-HP, qui recherchait un logement pour une infirmière. Sachant que deux appartements de son immeuble étaient vides, il a contacté leurs propriétaires pour leur proposer d’héberger gracieusement la soignante. Il a rapidement obtenu un accord.

C’est ainsi que l’infirmière a pu s’installer dans le logement, à proximité immédiate de l’hôpital qui l’emploie. Fier d’annoncer la nouvelle aux habitants de l’immeuble, le bon samaritain a vite déchanté. Vent-debout, deux familles de l’immeuble ont catégoriquement refusé l’installation de la soignante en raison des supposés risques de contamination au coronavirus.

À peine ses valises déballées, l’infirmière est congédiée par des habitants

« On m’a rétorqué que j’aurais dû leur demander leur accord, que cette façon de procéder n’était pas acceptable, que je n’étais pas le seul dans cet immeuble et que ce comportement était égoïste », a-t-il témoigné auprès de France Inter.


Sidéré, il a finalement été contraint de récupérer les clés de l’appartement. L’un de ses voisins a toutefois pu trouver une autre solution d’hébergement pour accueillir l’infirmière. Le bon samaritain a quant à lui assuré qu’il allait proposer de nouveau les deux logements à des soignants, jurant qu’il aurait mieux fait de ne pas en informer ses voisins.

En Bretagne, une infirmière priée de stationner sa voiture ailleurs

De tels faits ne sont malheureusement pas isolés. En Bretagne cette fois, un infirmière a eu la désagréable surprise de retrouver un mot désobligeant sur le pare-brise de sa voiture stationnée dans sa résidence. Elle a pris connaissance du message anonyme dimanche, après avoir quitté le centre hospitalier de Lannion (Côtes-d’Armor) où elle exerce.

« Vous êtes infirmière, vous avez plus de risques d’être contaminée par le virus donc merci de ne pas vous garer proche des autres mais plutôt dans un garage », indique le mot qui le comporte pas la signature de son auteur.

Un infirmière a été priée d’aller se garer ailleurs par un anonyme qui a peur d’être contaminé. (DR)

« J’ai l’impression d’être une pestiférée »

En colère, elle confie à La Dépêche : « J’ai l’impression d’être une pestiférée alors que des personnes ne respectent pas les règles du confinement, c’est inacceptable ». Non sans ironie, l’infirmière a lâché qu’elle espérait que l’auteur du message s’était désinfecté les mains avant de le déposer sur son pare-brise. Par peur des représailles, elle a retiré le caducée présent sur son véhicule.

Il s’agit là de nouveaux exemples de ce à quoi peut conduire la nature humaine en temps de crise. Un précédent témoignage faisait état d’un mot, là aussi courageusement anonyme, collé sur la porte d’une aide-soignante de Toulouse (Haute-Garonne). Il l’invitait à « ne pas toucher les portes des parties communes » avant de lui soumettre l’idée « dans les prochains jours de loger ailleurs ».