Coronavirus en Italie : Des mutineries dans plusieurs prisons, 6 morts et une cinquantaine de détenus évadés


Les forces de l'ordre interviennent pour mettre fin à la mutinerie de la prison de Modène en Italie. (capture vidéo Twitter / @Sardoedmodna1)

Une annonce faite par le gouvernement italien a semé un vent de révolte dans plusieurs prisons du pays depuis dimanche. La mesure porte sur le report jusqu’au 3 avril de toutes les visites aux détenus par les familles, pour ne pas propager le coronavirus à l’intérieur des prisons.

Six morts sont à déplorer, et une cinquantaine de détenus se sont évadés en Italie après l’annonce du gouvernement, faite ce dimanche. Des mutineries se sont déclenchées dans les centres pénitentiaires de Modène, San Vittore à Milan, Foggia, Naples, Frosinon et Palerme.

6 morts à Modène

Lors d’émeutes au sein de la prison de Modène (Émilie-Romagne), six détenus ont trouvé la mort. Trois dans l’enceinte du centre pénitentiaire, et trois autres durant leur transfert vers les établissements pénitentiaires de Parme, Alessandria et Vérone.

D’autres détenus ont été pris en charge par les secours et hospitalisés dans un état grave. Trois surveillants et sept soignants ont été légèrement blessés, rapporte le Corriere Della Serra.

Au centre pénitentiaire de San Vittore à Milan (Lombardie), la mutinerie a débuté ce lundi matin vers 8 heures. Des détenus ont saccagé l’infirmerie avant de gagner le toit de la prison et d’y incendier du matériel, aux cris de : « Liberté ! ». Des surveillants et policiers en tenue anti-émeute sont intervenus.

Une évasion massive à Foggia

La situation a dégénéré à Foggia, dans les Pouilles, lorsqu’une cinquantaine de détenus sont parvenus à s’évader.

« La situation est intenable, les prisonniers sont tous sortis, il y a eu une évasion massive », a dénoncé UILPA, un syndicat de surveillants pénitentiaires, qui a souligné avoir déjà alerté le Premier ministre Giuseppe Conte et le président Sergio Mattarella de cette situation.

Les prisonniers sont parvenus à enfoncer la porte d’enceinte de la prison, menant vers l’extérieur. Une cinquantaine d’entre eux sont sortis mais une trentaine ont été arrêtés aux abords du centre pénitentiaire et dans les communes avoisinantes Orta Nova, Cerignola et même à Bari située à plus de 130 km de là, d’après les autorités.

Les riverains en alerte

Un vaste dispositif de forces de l’ordre et de militaires a été mis en place, et un hélicoptère a été déployé pour survoler la zone. La police a demandé aux commerçants du secteur de la prison de baisser le rideau. Des banques ont également été fermées temporairement.

Des heurts ont eu lieu avec les prisonniers. L’un d’entre eux a été blessé à la tête avant d’être pris en charge par les secours sur une civière. Des familles de détenus ont tenté de les raisonner pour qu’ils regagnent la prison, avant d’être éloignés par les forces de l’ordre.

« Nous ne pouvons pas rester ainsi avec le risque du coronavirus. Nous vivons pire que vous, nous vivons en enfer » a lancé un détenu avant d’être réintégré dans l’enceinte de la prison, relate le quotidien italien. Ce centre pénitentiaire qui compte 365 places accueille 608 prisonniers.

« La situation est critique, les surveillants qui ne veulent pas travailler nous maintiennent enfermés 24 heures sur 24. Ils nous traitent comme des animaux » a dénoncé l’un d’entre eux, blessé dans l’affrontement.

Le ministre de la justice italienne s’est exprimé

Vu l’ampleur du phénomène de révolte et le gravissime événement de Foggia, le ministre de la justice Alfonso Bonafede a pris la parole :

« Je suis parfaitement conscient qu’une urgence comme celle du coronavirus peut créer des tensions au sein d’une prison, mais il faut que l’intention des mesures que nous avons prises soit claire : il est de notre devoir de protéger la santé de ceux qui travaillent et vivent dans les prisons », a-t-il déclaré.

« Certaines règles prévues par le décret-loi, comme la limitation des entretiens physiques et la possibilité pour les magistrats de surveillance de suspendre les permis de sortie et de semi-liberté, mesures qui s’appliquent pour les 15 jours à venir, ont pour seule fonction d’assurer précisément la protection de la santé des détenus et de tous ceux qui travaillent dans la réalité carcérale », a-t-il ajouté.

La situation est toujours en cours ce lundi après-midi dans plusieurs centres pénitentiaires du pays.