Coronavirus : Le professeur Éric Caumes craint «une seconde vague dès cet été» en France


L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. (capture écran Google)

Le coronavirus est loin d’avoir disparu en France et une nouvelle vague pourrait avoir lieu cet été selon le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Dans une interview accordée au Parisien, le médecin s’est montré inquiet.

Éric Caumes a longuement évoqué la crise sanitaire du coronavirus en France auprès de nos confrères du journal Le Parisien, ce lundi. « On traite le virus avec mépris, on se fera rattraper », a-t-il prévenu.

Le professeur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière n’est pas surpris par les nouvelles mesures de confinement décidées par plusieurs pays, notamment en Espagne où deux régions sont concernées. « Ce n’est pas fini, d’autres pays vont devoir mettre en place des confinements localisés. En France, nous sommes d’un grand laxisme », lance-t-il.

Les politiques « voient la paille dans l’œil du voisin, pas la poutre dans le leur »

« Tenez, je rentre à l’instant d’Autriche. Là-bas, ils ont eu très peu de morts du Covid-19, et pourtant, durant mon vol, on a pris mes coordonnées pour me prévenir si, rétrospectivement, j’ai été en contact avec une personne suspecte. Ça s’appelle « tracer » », poursuit le médecin, qui ajoute qu’à son retour en France, on lui a seulement demandé s’il avait des symptômes.

« En France, il n’y a plus cette culture de santé publique. On l’a perdue progressivement depuis une quinzaine d’années, notamment à cause de la disparition de la prévention », ajoute-t-il. Éric Caumes explique ensuite que les 700 000 tests par semaine promis par le ministre de la Santé Olivier Véran ne sont pas réalisés : « On n’en fait même pas un tiers. On ne peut pas se permettre ce relâchement ».


Le médecin pointe au passage l’attitude des politiques « qui ne donnent pas le bon exemple ». Durant la soirée électorale du second tour des municipales, « aucune mesure barrière n’était respectée, on voyait des embrassades, des accolades, des serrages de main ». « Ils [les politiques] voient la paille dans l’œil du voisin, pas la poutre dans le leur », déplore-t-il.

Les chiffres du Covid-19 en France donnés quotidiennement par la direction générale de la Santé (DGS) montrent toutefois une évolution positive. « On prouve qu’on réussit à repérer les clusters. Mais tous ? Je ne sais pas », rétorque le professeur et de poursuivre : « Trois de mes collègues m’ont appelé pour me dire qu’il y avait des cas de Covid-19 parmi le personnel soignant de leur hôpital et pourtant l’équipe n’a pas été testée ! ».

« En Amérique, en Guyane, l’épidémie flambe alors qu’il fait 35 degrés. »

Interrogé sur une possible nouvelle épidémie à l’automne, Éric Caumes ne se montre pas rassurant : « Je crains une seconde vague dès cet été. On est tous inquiets. En Amérique, en Guyane, l’épidémie flambe alors qu’il fait 35 degrés. Le fait d’être en extérieur, l’été, réduit un peu la circulation du virus mais pas dans de grandes proportions ».

Concernant les personnes qui reviennent de l’étranger, le professeur se prononce pour une mise en quarantaine lorsque les voyageurs reviennent d’un pays « où l’épidémie flambe ».

« La Nouvelle-Zélande le fait, pas nous. Résultat, il y a une semaine, une vingtaine de binationaux, de retour d’Algérie, ont été hospitalisés à leur arrivée : plus de 6 à Paris, 5 à Lyon, 5 à Marseille, 3 à Grenoble, 1 à Reims. Un est décédé », détaille-t-il, avant de conclure : « On se voile la face et on ne fait pas bien le boulot alors qu’on le sait, le Covid-19 est une pathologie du voyageur ».