Le mercredi 14 octobre 2026 à 17:28 - MAJ mercredi 14 octobre 2026 à 17:40
L'avocate du policier mis en examen après la blessure à l'œil d'un lycéen de 16 ans à Tours (Indre-et-Loire) livre la version de son client. Me Pauline Ragot assure à Actu17 que le fonctionnaire n'a tiré qu'une seule fois au lanceur de balles de défense (LBD). Selon elle, il visait un autre individu qui s'apprêtait à lancer un projectile vers lui et ses collègues. Elle estime que ce tir était conforme à la loi et souligne que l'origine des blessures du lycéen n'est pas établie à ce stade de l'enquête.
Le policier, auteur du premier des deux tirs de LBD, a été mis en examen pour violences aggravées mardi soir. Il a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de porter et de détenir un LBD, après la blessure du lycéen le 30 septembre en marge d'un blocus devant le lycée Balzac.
Ce jour-là, son client, "fonctionnaire expérimenté et reconnu comme tel par l'institution policière, a fait face à une scène de violences urbaines particulièrement intense", explique l'avocate. Le policier a selon elle réagi "face à un tir de projectile imminent en sa direction et celle de la colonne d'intervention, émanant d'un individu qu'il avait parfaitement identifié et qui n'est pas le jeune homme blessé à l'œil". Il a alors fait usage de son LBD, "arme de nature non létale, à une reprise".
Me Pauline Ragot ajoute que le fonctionnaire "a indiqué avoir clairement vu l'impact de sa balle sur le flanc de l'individu menaçant qu'il avait visé, lequel s'est ensuite relevé et a pris la fuite". Toujours selon l'avocate, les images des caméras-piétons des policiers "corroborent ce point".
«Ce tir est en tous points conforme»
"Ce tir est en tous points conforme tant à la doctrine d'emploi du LBD qu'aux conditions posées par l'article L.435-1 alinéa 1 du CSI", estime Me Pauline Ragot. Cette disposition du code de la sécurité intérieure autorise les policiers à faire usage de leur arme en cas d'absolue nécessité et de manière strictement proportionnée. Elle vise les cas où des atteintes à la vie ou à l'intégrité physique sont portées contre eux ou contre autrui, ou lorsque des personnes armées menacent leur vie ou leur intégrité physique. L'avocate ajoute : "Je précise enfin qu'il n'est pas établi à ce stade des investigations que les blessures du jeune homme aient été occasionnées par un tir de LBD."
Des «interrogations persistantes» selon le parquet
Cette version diverge des éléments communiqués mardi par la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard. Selon le médecin légiste, le lycéen a été "grièvement blessé par un traumatisme contondant (impact d'un objet) de l'œil droit à haute énergie cinétique". "Ce type de lésion est compatible avec l'impact d'une balle de défense type lanceur de balle de défense (LBD)", précise le praticien, qui a également estimé que l'adolescent garderait des séquelles : "Il y aura, après consolidation, infirmité permanente."Des rumeurs avaient évoqué un choc contre un mur ou contre l'horodateur au pied duquel le jeune homme s'était effondré. Mais lors des constatations de la police scientifique, "aucune trace de sang n'était découverte ni sur le mur, ni sur l'horodateur", indique la magistrate.
L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a exploité les images de dix caméras-piétons. Elle a établi que deux policiers différents avaient chacun tiré au LBD, à une minute d'intervalle. "Les actes d'enquête d'ores et déjà réalisés mettent en évidence la concomitance du 1er tir de LBD et la blessure occasionnée à l'œil. Ils révèlent également des interrogations persistantes sur le respect des conditions imposées par la loi d'absolue nécessité et de stricte proportion pour faire usage des LBD", avait indiqué la magistrate.
La procureure a requis la désignation de plusieurs juges d'instruction dans le cadre de l'information judiciaire ouverte mardi. Le second policier, auteur de l'autre tir, a été placé sous le statut de témoin assisté. La famille du lycéen peut désormais se constituer partie civile, et les investigations se poursuivent sur commission rogatoire.