Le vendredi 18 septembre 2026 à 19:22
L'eurodéputée La France insoumise (LFI) Rima Hassan a déposé plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, pour "violation du secret de l'enquête" et "recel d'information couverte par le secret de l'enquête". Son avocat, Vincent Brengarth, l'a annoncé ce vendredi 18 septembre, au lendemain des révélations de l'émission "Complément d'enquête" sur le rôle qu'aurait joué le ministre dans la diffusion d'une information erronée concernant une prétendue détention de drogue par sa cliente.
Lors d'une conférence de presse, le conseil a dénoncé un "scandale d’État" et accusé Laurent Nuñez d'avoir "participé à donner force et crédit à des informations non conformes à la réalité, qui ont discrédité Rima Hassan et porté atteinte à sa réputation". Cette juridiction est la seule compétente pour connaître des faits reprochés à un membre du gouvernement en fonction, ce qui est le cas de l'actuel locataire de la place Beauvau.
Une enquête classée sans suite après analyse des produits
L'affaire remonte au 2 avril. Ce jour-là, Rima Hassan s'était présentée à une convocation avant d'être placée en garde à vue. Il lui était reproché une publication diffusée sur le réseau social X, susceptible de constituer une apologie du terrorisme. Plusieurs rédactions, dont l'Agence France-Presse s'appuyant sur une source proche du dossier, avaient alors rapporté qu'une petite quantité de drogue de synthèse aurait été retrouvée dans le sac de l'eurodéputée lors de la fouille. Les deux contenants saisis ont ensuite été analysés, et le volet stupéfiants du dossier a été classé sans suite dans les jours qui ont suivi.
Ce que le ministre aurait dit en «off»
Diffusée jeudi soir sur France 2, l'émission "Complément d'enquête" a affirmé que le ministre de l'Intérieur "en personne a en partie contribué à la diffusion" de cette "fausse information". Selon l'un des journalistes interrogés, Laurent Nuñez aurait déclaré, lors d'un échange en "off" le 2 avril : "Il se peut que ce soit exact". Il aurait évoqué "un truc de synthèse" pour le premier produit et "un dérivé de la cocaïne" pour le second, ajoutant "qu'il ne s'y connaît pas trop".
Un autre journaliste, cité par franceinfo, a expliqué que le ministre avait également rapporté les déclarations de l'eurodéputée en garde à vue, selon lesquelles elle aurait acheté ces substances en Belgique en pensant qu'elles étaient autorisées.
«Je n'ai organisé aucune fuite», se défend Laurent Nuñez
Le ministre de l'Intérieur s'est défendu jeudi à l'Assemblée nationale. "Je n'ai organisé aucune fuite", a-t-il assuré, affirmant avoir simplement répondu à des questions portant sur des éléments déjà publiés dans la presse. "On m'interroge, c'est tout, sur des informations qui sont déjà dans la presse depuis le milieu de la journée. On est [alors] en fin d'après-midi", a-t-il relevé, ajoutant : "Et dans cette conversation, j'incite à la prudence."
L'avocat a également saisi par courrier la procureure de la République de Paris, "pour lui demander qu'une information judiciaire soit ouverte concernant la violation du secret de l'enquête". Interrogé par l'Agence France-Presse, le parquet a fait savoir qu'une enquête préliminaire avait été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) dès le mois d'avril, en raison des "nombreuses fuites parues dans la presse" pendant la garde à vue. Elle est "toujours en cours".