Le samedi 5 avril 2025 à 01:07
Une opération de police judiciaire d’envergure a permis l’interpellation de huit individus dans la nuit du 3 au 4 avril dans le Calvados et en Seine-Maritime, lors d’un flagrant délit d’importation de cocaïne par la mer, selon un mode opératoire appelé "drop-off", a annoncé le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet, ce vendredi 4 avril. Trente personnes ont été placées en garde à vue au total, tandis qu'environ 800 kilos de cocaïne ont été saisis.
L’enquête avait débuté sous forme préliminaire sous l’autorité du parquet de Caen, avant d’être confiée au parquet de la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Rennes le 19 octobre 2023. Une information judiciaire a ensuite été ouverte le 19 février 2024 pour de nombreux chefs d’infraction, dont "importation en bande organisée de produits stupéfiants", "association de malfaiteurs", "blanchiment", ou encore "importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique".
Le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet, a confirmé qu’"après 18 mois d’investigations", les services de la Direction interdépartementale de la police nationale du Calvados (DIPN 14), en co-saisine avec le Groupe interministériel de recherche (GIR) de Caen, l'Office antistupéfiants (OFAST) central et plusieurs antennes spécialisées, avaient pu mettre en évidence les préparatifs d’un "drop-off imminent".
Un «mode opératoire caractéristique des groupes criminels organisés les plus aguerris»
Ce mode opératoire consiste à récupérer en mer des ballots de stupéfiants largués par un navire cargo. Frédéric Teillet souligne qu’il s’agit d’un "mode opératoire caractéristique des groupes criminels organisés les plus aguerris".
Un important dispositif de surveillance a été déployé autour de plusieurs suspects, dont "l’équipage d’un bateau de pêche de Ouistreham (Calvados)" et "le propriétaire d’un bateau rapide habituellement amarré en Seine-Maritime". Le magistrat instructeur a requis l’appui de plusieurs services, dont l'OFAST d'Ille-et-Vilaine, la Section de recherches maritime, ainsi que les groupements de gendarmerie des départements du Nord et du Pas-de-Calais. La Garde côtes a également été mobilisée avec "trois vedettes, un hélicoptère et un patrouilleur", appuyée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), soit au total "environ 75 effectifs", selon le parquet.
Près de 100 policiers pour interpeller les suspects
"Vers minuit, une opération inédite coordonnant l’ensemble de ces services est déclenchée", a précisé Frédéric Teillet. Près de 100 policiers ont été engagés à terre pour intercepter les suspects à leur retour sur la côte, notamment à Ouistreham (Calvados) et Tancarville (Seine-Maritime).
Au total, "six hommes, dont trois marins-pêcheurs, et deux femmes" ont été interpellés à Ouistreham, Le Havre et Tancarville. Ils sont nés entre 1976 et 1999 et résident dans le Calvados ou en Seine-Maritime. "L’un d’entre eux est un ressortissant albanais", précise le procureur, qui ajoute que "certains ont des casiers judiciaires liés à des infractions de pêche, d’autres des condamnations pour vols aggravés, violences ou trafic de produits stupéfiants".
«Une première en France»
Dans le même temps, les services douaniers ont identifié un navire cargo suspecté d’avoir convoyé la marchandise illicite jusqu’à la zone de largage. Le bateau, en provenance du Brésil et à destination d’Amsterdam, a été "dérouté le jeudi 4 avril 2025, vers le port de Dunkerque (Nord)", sur ordre du juge d’instruction, grâce aux analyses du Centre opérationnel douanier maritime et de l’échelon DNRED de Nantes.
"L’ensemble de l’équipage, composé de 22 marins d’origine philippine, est placé en garde à vue" par la Section de recherches maritime, mobilisant "70 gendarmes et 5 chiens stupéfiants". Le cargo a été intégralement inspecté par les enquêteurs.
Le parquet de Rennes souligne que cette "opération exceptionnelle est une première en France" par l’utilisation de ce mode d’importation. Jusqu’à présent, "la technique du drop-off ne se traduisait que par des échouages massifs de marchandise perdue sur les plages", conclut Frédéric Teillet.