Le lundi 10 août 2026 à 19:58
Un ressortissant afghan de 28 ans, réfugié installé à Lourdes (Hautes-Pyrénées), a été mis en examen le 3 juillet dernier pour association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d'atteintes aux personnes, ainsi que pour apologie et financement du terrorisme. Placé en détention provisoire, Awalkhan K. est soupçonné par les services antiterroristes d'avoir nourri un projet d'action violente sur le sol français, au retour d'un séjour clandestin de près de quatre mois en Afghanistan. Une information révélée ce lundi par Le Monde et confirmée à Actu17 par le Parquet national antiterroriste (PNAT).
Devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le jeune homme avait pourtant décrit le parcours d'un Afghan persécuté par les talibans. Accusé d'espionnage, il disait avoir été capturé puis libéré, son père ayant été frappé en représailles. Il a quitté son pays natal en 2021, l'année du retour au pouvoir des talibans, a vécu deux ans en Turquie, avant qu'une panne survenue lors de sa traversée de la Manche ne le contraigne à rester en France, alors qu'il comptait rejoindre l'Angleterre. Établi dans l'Hexagone depuis novembre 2023, il y bénéficie du droit d'asile. Aujourd'hui, les enquêteurs le soupçonnent au contraire d'être un "infiltré" sur le territoire national, "partisan des réseaux terroristes" afghans et pakistanais, soulignent nos confrères.
Le dossier est né de la vigilance d'un internaute. À l'été 2025, il a alerté la plateforme de signalement PHAROS au sujet d'un compte TikTok qui glorifiait le réseau Haqqani, groupe armé islamiste allié des talibans au pouvoir à Kaboul, ainsi que le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP). Ces deux mouvements figurent sur la liste des organisations terroristes établie par les États-Unis et font l'objet de sanctions de l'ONU. Suivi par plus de 16 000 abonnés, l'auteur du compte les exhortait à suivre la voie du djihad, qu'il qualifiait d'"obligation".
Interpellé à la sortie de son travail
Il aura fallu plusieurs mois d'enquête pour mettre un nom sur ce compte : celui d'Awalkhan K., originaire de la province afghane de Logar, installé à Lourdes, où il venait d'être embauché comme plongeur dans un hôtel. Le 29 juin 2026, le réfugié a été interpellé à la sortie de son travail, avant d'être placé en garde à vue dans les locaux de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), précise Le Monde.
L'exploitation des téléphones du suspect a livré des photographies et des vidéos, dont plusieurs diffusées en ligne, qui attestent d'un passage en Afghanistan ces derniers mois. Les enquêteurs ont établi qu'il a pris le 9 décembre 2025 un vol vers Istanbul, en Turquie, muni d'un visa pour l'Iran, avant de franchir, selon leurs soupçons, la frontière afghane. Le voyage s'est étiré sur près de quatre mois, jusqu'à un retour en France par un vol en provenance de Hongrie, à la fin du mois de mars. Sur les clichés, il apparaît aux côtés de talibans, le plus souvent armés de fusils d'assaut, décrivent nos confrères. Sur l'un d'eux, pris le 27 décembre 2025 dans la province de Nangarhar, dans l'est du pays, il porte une tenue traditionnelle, une Kalachnikov à la main et un gilet chargé de munitions. Jusqu'au printemps 2026, on le retrouve aussi en tenue militaire, y compris à l'intérieur d'une caserne de police.
Des photos devant la tour Eiffel, le visage dissimulé
Depuis son retour, les services antiterroristes le soupçonnent de préparer un passage à l'acte. Dans des conversations avec ses proches, le jeune réfugié évoque le djihad armé, "le combat", sa volonté de "rejoindre le paradis" ou encore la mort en "shaheed", martyr. À partir du mois d'avril, il s'est photographié devant des monuments et des établissements publics, dont la tour Eiffel, ainsi que devant des édifices religieux, en tenue traditionnelle afghane, le visage dissimulé par un foulard et les mains gantées. Les enquêteurs ont également mis la main sur une vidéo de propagande montrant une décapitation, des clichés d'armes à feu, ainsi qu'un montage où le suspect apparaît en treillis, le visage de Sirajuddin Haqqani incrusté à l'image : celui qui dirige le réseau portant son nom occupe le poste de ministre de l'Intérieur du régime taliban.
Au cours de sa garde à vue, Awalkhan K. a démenti tout projet djihadiste et nié être retourné en Afghanistan, rapporte Le Monde. Le suspect a affirmé s'être rendu en Iran auprès de son épouse, hospitalisée, et de leur fils, assurant que les photographies découvertes dataient de plusieurs années. Les données techniques indiquent le contraire, son appareil s'étant connecté à des relais téléphoniques afghans durant cette même période.
De nombreuses investigations techniques sont en cours, dans le cadre de l'information judiciaire, afin de savoir si un réseau terroriste se trouvait derrière lui ou s'il agissait seul, dans une logique d'aguerrissement individuel.