Le samedi 11 juillet 2026 à 14:01
Un serveur de 28 ans a été mis en examen le samedi 4 juillet pour "association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes". Domicilié dans l'Essonne, ce jeune homme, présenté par les services antiterroristes comme lié à l'"ultragauche radicale violente", est soupçonné d'avoir projeté une action violente contre les forces de l'ordre. Il a été placé sous contrôle judiciaire, une décision dont le parquet national antiterroriste (PNAT) a fait appel.
D'après Le Monde qui a révélé l'affaire, le suspect s'est signalé par ses publications en ligne, dans lesquelles il réclamait avec véhémence le recours aux armes contre les institutions étatiques, et tout particulièrement contre les policiers. Sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale, qui contraint tout fonctionnaire à dénoncer les crimes et délits portés à sa connaissance, la préfecture de police de Paris a transmis plusieurs de ces messages au parquet d'Evry. Ils étaient susceptibles de constituer une apologie ou une provocation à commettre des infractions.
Des tutoriels pour fabriquer des armes
Interpellé au début du mois de juillet et entendu dans un premier temps par un service d'enquête local, le serveur a ensuite été remis, le 2 juillet, entre les mains de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans ses locaux de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le PNAT s'étant entre-temps emparé du dossier.
Lors de la fouille de son logement, les enquêteurs ont mis la main sur des textes à caractère politique ainsi que sur des modes d'emploi permettant de confectionner soi-même des armes. Toujours selon Le Monde, le jeune homme se livrait par ailleurs à l'achat et à la revente d'armes. Ces éléments, complétés par plusieurs documents rédigés de sa main, accréditent selon les policiers l'hypothèse d'un projet d'attaque dirigé contre des membres des forces de l'ordre, avec la volonté de semer la terreur. Aucun objectif précis ni calendrier n'a toutefois pu être établi jusqu'ici. Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, le mis en cause avait aussi eu un contact avec un individu "de tendance anarchiste" au Rojava, zone semi-autonome kurde du nord-est de la Syrie.
Ses avocats dénoncent une «chimère»
Incarcéré à sa sortie d'interrogatoire, le serveur a finalement été placé sous contrôle judiciaire le mercredi 8 juillet, à l'issue d'un débat différé devant le juge des libertés et de la détention (JLD), contre les réquisitions du PNAT et l'avis du juge d'instruction antiterroriste. Le PNAT a interjeté appel vendredi. Le mis en examen, qui bénéficie de la présomption d'innocence, conteste toute volonté de commettre un acte violent.
Ses conseils, Me Helin Köse et Me Ambroise Vienet-Legué, contestent frontalement la qualification retenue. Auprès du Monde, Me Köse affirme que son client "n'a jamais eu d'activité militante radicale, ni d'adhésion à une idéologie liée à l'ultragauche. La seule manifestation à laquelle il ait participé, c'est celle du 1er-Mai". Le jeune homme "s'est inventé une vie qui n'avait rien à voir avec la sienne, celle d'une personne engagée, antiraciste", ajoutent les deux avocats, interrogés par l'AFP.
Un contentieux rare depuis l'affaire de Tarnac
Les dossiers de terrorisme d'ultragauche demeurent rares. Cette affaire constitue la deuxième du genre en dix ans, selon une source sécuritaire citée par Le Monde. La précédente, connue sous le nom du "groupe du 8 décembre 2020", a débouché en décembre 2023 sur la condamnation de sept militants pour association de malfaiteurs terroriste. Le procès en appel s'est tenu en mai dernier et le délibéré sera rendu le 10 septembre.
Il faut ensuite remonter à 2008 et au dossier de Tarnac (Corrèze), portant sur des sabotages présumés de lignes TGV, pour retrouver un dossier d'ultragauche confié aux magistrats antiterroristes. Le caractère terroriste des faits avait finalement été écarté en amont de l'audience, et la quasi-totalité des prévenus avaient été relaxés en 2018. Les services de renseignement recenseraient aujourd'hui de 2 000 à 2 500 militants relevant de cette mouvance radicale, d'après l'AFP.