Gendarmes tués dans le Puy-de-Dôme : le forcené était «extrêmement déterminé à faire un carnage», le point sur l’enquête


La maison du forcené située près de Saint-Just, a été entièrement détruite par l'incendie qu'il a lui-même allumé. (photo Richard Brunel/PhotoPQR/La Montagne/Maxppp)

Le forcené était armé d’un fusil semi-automatique de type AR-15 équipé notamment d’un silencieux. Il était « extrêmement déterminé à faire un carnage, quelles que soient les personnes » face à lui.


Au cours d’une conférence de presse, le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Eric Maillaud, ému, est revenu sur la longue intervention durant laquelle trois gendarmes ont été tués dans le Puy-de-Dôme, dans la nuit de mardi à mercredi. Un quatrième militaire a également été blessé. On en sait désormais plus sur le profil du tueur qui a été retrouvé mort.

Les gendarmes ont été alertés à 20h52. Sandrine S. a expliqué à l’une de ses amies qu’elle avait reçu des coups au visage de la part de son nouveau compagnon, Frederik Limol, 48 ans. Cette dernière a alerté les forces de l’ordre. Le couple habitait un petit village près de Saint-Just (Puy-de-Dôme). Un premier équipage est arrivé sur place à 21h27 selon un rapport de la gendarmerie et la situation a ensuite viré au carnage, dans des circonstances qui restent encore à éclaircir. « C’est une scène de crime complexe, on est loin d’avoir toutes les réponses », a admis le procureur lors d’une conférence de presse ce mercredi après-midi.

« Des centaines et des centaines de douilles »

« C’est une véritable scène de guerre à laquelle nous avons été confrontés ce matin : des centaines et des centaines de douilles, la maison incendiée, un individu surarmé… Une scène atypique », a-t-il ajouté. Les gendarmes sont parvenus à entrer en contact avec la victime « par SMS » indique le compte rendu d’intervention. Cette dernière a précisé qu’elle était réfugiée sur le toit de la maison, qu’elle avait bien été agressée et que son compagnon était armé.

Frederik Limol a cherché à prendre la fuite à 22h18 après avoir incendié sa maison. Le feu a rapidement pris de l’ampleur. Après une explosion d’origine indéterminée dans la grange attenante, deux gendarmes du PSIG ont tenté de s’approcher du pavillon. Le forcené a alors ouvert le feu, touchant les deux militaires. Le brigadier Arno Mavel a été grièvement blessé. Il est décédé peu après. Son collègue, l’adjudant-chef Bertrand Boyon a été blessé et conduit à l’hôpital. « Le petit espace du gilet par balles qu’il portait l’a empêché de mourir », a déclaré le procureur de Clermont-Ferrand. Les deux gendarmes ont riposté au moment des tirs, en vain.


Le mis en cause a alors tenté de quitter les lieux avec un véhicule mais a perdu le contrôle. Il aurait finalement rebroussé chemin pour revenir dans la maison. Deux autres gendarmes, l’adjudant Rémi Dupuis et le lieutenant Cyrille Morel ont été pris pour cible par le forcené quelques instants après, alors qu’ils effectuaient une mission de reconnaissance à proximité de la maison. Les secours ne sont pas parvenus à les sauver. Ils ont tous les deux été tués.

Les hommes du GIGN sont arrivés sur place peu après 02h30. Le forcené est finalement parvenu à fuir tandis que sa compagne était « mise en sécurité ». Elle va être interrogée par les enquêteurs dès que cela sera possible. Cette dernière est particulièrement choquée a indiqué le procureur.

Retrouvé mort une arme à la main

Frederik Limol a été retrouvé mort dans sa voiture, « une arme Glock dans la main droite ». La thèse du suicide est privilégiée et les premiers éléments de l’autopsie confirme ce scénario. L’homme s’est vraisemblablement tiré une balle dans la tête. Il était armé d’un fusil de type AR-15 au moment où il a attaqué les gendarmes. Un fusil semi-automatique redoutable qu’il avait équipé d’un silencieux, d’une torche et d’un système de visée laser. Les gendarmes n’ont probablement pas entendu d’où venaient les tirs, alors même que la maison du couple était en flammes. L’enquête devra toutefois confirmer cette hypothèse.

Inscrit comme tireur sportif, Frederik Limol avait aussi deux armes de poing en sa possession, deux Glock 17 et 19. Les trois armes étaient signalées sur le fichier Agrippa (application de gestion du répertoire informatisé des propriétaires et possesseurs d’armes) et donc détenues légalement stipule le rapport de la gendarmerie. De plus, l’homme avait quatre couteaux à la ceinture au moment des faits et un gilet pare-balles. La notion de préméditation de son acte devra être étudiée par les enquêteurs.

Un homme « très extrémiste », « persuadé de la fin du monde prochaine »

Frédérik Limol avait renouvelé sa licence au club de tir sportif de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) et son épouse est membre de ce même club. En outre, il était devenu officier de réserve de l’armée de Terre en 1995 et était passionné par les armes. Le tueur avait eu un premier enfant avec sa précédente femme, avec qui il traversait un conflit concernant la pension alimentaire. Il était connu des services de police pour non paiement de pension alimentaire ainsi que pour des faits de menaces de mort réitérées commises sur conjoint, en 2016 et 2017.

L’homme avait également déposé deux plaintes à l’encontre de son ex-épouse qui vit dans le Vaucluse, pour non représentation d’enfant, en juin et en août dernier. Sa nouvelle conjointe n’avait pas déposé de main courante ou de plainte contre lui a indiqué le magistrat, appelant toutefois à la « prudence », cette dernière n’ayant pas encore été auditionnée.

Le forcené avait vécu quelques temps à Dubaï (Émirats Arabes Unis), avant de revenir en France, où il suivait une formation d’élagueur. Il est décrit comme alcoolique et comme ayant des accès de violences régulières selon de premiers témoignages. Frédérik Limol était catholique pratiquant, « très extrémiste », survivaliste et ayant fait plusieurs stages d’entraînement à la survie, « persuadé de la fin du monde prochaine », a décrit le procureur de la République. « Ce qui est sûr, c’est qu’il était parfaitement aguerri dans le maniement des armes », a aussi précisé Eric Maillaud.

« Je voudrais dire un mot pour ceux qui au péril de leur vie sont venus secourir. Le brigadier Arnand Mavel, célibataire, sans enfants, un peu plus de 20 ans, il se destinait à une carrière militaire. Rémi Dupuis, pacsé et père de deux enfants. Le lieutenant Cyril Morel, marié père de deux enfants. Cela fait beaucoup de morts, de drames et de chagrin dans une période à tous points de vue compliquée », a ajouté le procureur de la République.