Le mercredi 20 mai 2026 à 01:23
L'ancien policier de la brigade anticriminalité de nuit de Paris (BAC 75N) Gilles Guilbert a été remis en liberté ce mardi 19 mai dans la soirée, sur décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles. Condamné le 27 mars dernier à dix ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Yvelines pour le meurtre d'Olivio Gomes, tué par balle en octobre 2020 à Poissy (Yvelines), il a passé deux mois en détention. La décision a été prise malgré l'opposition du parquet. L'information a été révélée dans la soirée par son avocat, Me Laurent-Franck Lienard, dans un message sur Facebook. Le procès en appel se tiendra du 9 au 18 novembre prochains devant la cour d'assises de Nanterre (Hauts-de-Seine).
La demande de remise en liberté avait été formulée par la défense. "Cet après-midi, sur notre demande et malgré l'opposition du parquet, la chambre de l'instruction a ordonné sa libération et il a pu rejoindre les siens après deux mois très éprouvants", a indiqué Me Laurent-Franck Lienard. "L'appel que nous avons interjeté sera examiné par la cour d'assises de Nanterre du 9 au 18 novembre prochains", a-t-il précisé.
«Ne laissez pas Gilles seul»
Dans son message, l'avocat spécialisé dans la défense des policiers a également lancé un appel au soutien en faveur de son client, dénonçant une condamnation rendue selon lui dans un climat d'isolement. "Il a été condamné dans l'indifférence totale. Aucun syndicat ne s'est ému de cette décision totalement inédite", a-t-il écrit. Me Laurent-Franck Lienard a également évoqué l'atmosphère du procès, qui s'était tenu fin mars devant la cour d'assises des Yvelines à Versailles. "La salle était pleine des soutiens de la famille de la victime qui mettait une très forte pression sur les jurés", a-t-il affirmé, décrivant une salle "emmenée par Assa Traoré et la mère de Nahel Merzouk" qui, au moment du verdict, "applaudissait bruyamment cette décision en hurlant sa joie de voir ce policier partir en détention". "Ne laissez pas Gilles seul ! Gilles mérite votre soutien !", a-t-il conclu.
Trois tirs au pied de l'immeuble du conducteur
Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Gilles Guilbert, alors en poste à la BAC 75N depuis seulement un mois, et deux de ses collègues avaient pris en filature la Clio d'Olivio Gomes sur le périphérique parisien. Selon Me Laurent-Franck Lienard, le conducteur "roulait sans permis, ivre et sous stupéfiants". L'automobiliste avait doublé les policiers puis commis un refus d'obtempérer en ignorant deux sorties d'autoroute, avant de poursuivre sa route sur l'A13 jusqu'à son domicile, une vingtaine de kilomètres plus loin. Arrivé au pied de l'immeuble du jeune homme, Gilles Guilbert était sorti de son véhicule pour se positionner à côté de la Clio et mettre en joue le conducteur, toujours au volant et à l'arrêt. Au moment où ce dernier avait redémarré, le policier avait tiré à trois reprises. Le deuxième tir, mortel, avait perforé les deux poumons et l'aorte thoracique d'Olivio Gomes, qui avait succombé sur place.
Le 27 mars 2026, à l'issue de plus de six heures de délibération, Gilles Guilbert a été reconnu coupable de meurtre et condamné à dix ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Yvelines. Il a également écopé d'une interdiction définitive d'exercer toute fonction publique, d'une interdiction d'être élu pendant dix ans et d'une interdiction du port d'arme pendant quinze ans. Sa défense a immédiatement annoncé faire appel de cette décision.
Me Laurent-Franck Lienard avait alors vivement réagi à Actu17 : "Même à considérer que notre client ait commis une erreur d'appréciation, il est insupportable de le voir partir en détention avec une si lourde peine alors qu'il a pensé agir dans le cadre de la loi et pour sauver sa vie. (...) Cette condamnation est incompréhensible et doit inciter l'ensemble des forces de l'ordre à ne plus intervenir sur les véhicules et à les laisser fuir. Sans compréhension de la justice, le risque est trop grand désormais s'ils tentent de remplir leur mission".