Mort d'Olivio Gomes à Poissy : l'ex-policier de la BAC condamné à 10 ans de prison pour meurtre

La cour d'assises des Yvelines a reconnu coupable de meurtre l'ancien policier de la BAC de nuit de Paris qui avait mortellement neutralisé par balle un automobiliste de 28 ans en 2020, après un refus d'obtempérer et une filature sur l'A13. La défense a annoncé faire appel.
Mort d'Olivio Gomes à Poissy : l'ex-policier de la BAC condamné à 10 ans de prison pour meurtre
Illustration. (Shutterstock)
Par La Rédaction
Le vendredi 27 mars 2026 à 19:33

L'ancien policier de la brigade anticriminalité de nuit de Paris (BAC 75N) Gilles Guilbert a été condamné ce vendredi 27 mars à dix ans de prison pour meurtre par la cour d'assises des Yvelines, à Versailles. Le fonctionnaire était jugé pour avoir mortellement neutralisé par balle Olivio Gomes, un père de famille de 28 ans, le 17 octobre 2020 à Poissy (Yvelines), lors d'une intervention. Son avocat, Me Laurent-Franck Lienard, a immédiatement annoncé que son client ferait appel de cette décision.

Le verdict a été rendu après plus de six heures de délibération et suit en grande partie les réquisitions de l'avocat général. "Il a toujours prétendu qu'il s'était vu mourir, les conditions de la légitime défense, qui doit être appréciée au regard des faits objectifs, ne sont pas réunies", a détaillé le président de la cour, Didier Safar, lors de la lecture du verdict. Outre la peine de prison, Gilles Guilbert a écopé d'une interdiction définitive d'exercer toute fonction publique, d'une interdiction d'être élu pendant dix ans et d'une interdiction du port d'arme pendant quinze ans.

La veille, l'avocat général avait accusé le policier d'une "intention homicide", définie comme "la conscience que l'agent a du fait que son geste peut raisonnablement entraîner la mort" lorsqu'il avait ouvert le feu sur Olivio Gomes.

Trois tirs

Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Gilles Guilbert, alors en poste à la BAC 75N depuis seulement un mois, et deux de ses collègues avaient pris en filature la Clio d'Olivio Gomes sur le périphérique parisien. Le conducteur avait doublé les policiers puis commis un refus d'obtempérer simple en ignorant deux sorties d'autoroute, avant de poursuivre sa route sur l'A13 en respectant les limitations de vitesse jusqu'à son domicile, une vingtaine de kilomètres plus loin.

Arrivé au pied de l'immeuble d'Olivio Gomes, Gilles Guilbert était sorti de son véhicule pour se positionner à côté de la Clio et mettre en joue le conducteur, toujours au volant et à l'arrêt. Au moment où le conducteur avait redémarré, le policier avait tiré à trois reprises. Le deuxième tir, mortel, avait perforé les deux poumons et l'aorte thoracique du jeune homme de 28 ans, qui avait succombé sur place.

«Cette condamnation est incompréhensible»

"Cette affaire-là est l'allégorie même de la violence policière", a plaidé Me Pape Ndiogou Mbaye, l'un des avocats de la famille du défunt, au quatrième jour du procès. "J'ai la certitude, moi, que si Olivio Gomes n'était pas noir, il ne serait pas mort", avait-il ajouté.

Contacté par Actu17, Me Laurent-Franck Lienard a vivement réagi : "Nous allons immédiatement relever appel de cette décision que nous contestons avec la plus grande force. Même à considérer que notre client ait commis une erreur d'appréciation, il est insupportable de le voir partir en détention avec une si lourde peine alors qu'il a pensé agir dans le cadre de la loi et pour sauver sa vie. Les expertises et les débats avaient démontré que sa prise de décision était légitime. Cette condamnation est incompréhensible et doit inciter l'ensemble des forces de l'ordre à ne plus intervenir sur les véhicules et à les laisser fuir. Sans compréhension de la justice, le risque est trop grand désormais s'ils tentent de remplir leur mission."

De son côté, le syndicat de police Un1té a publié un communiqué intitulé "Notre collègue n'est pas un assassin". L'organisation syndicale a indiqué prendre acte du verdict et a affirmé qu'il "s'agit d'un policier qui exerçait ses fonctions, qui a agi face à une menace et qui n'a jamais eu l'intention d'être un meurtrier". Un1té a exprimé "son soutien total" au policier condamné.