Le vendredi 8 mai 2026 à 18:54
La justice portugaise a refusé d'exécuter le mandat d'arrêt européen émis par la France contre Cédric Prizzon, ancien policier de 42 ans soupçonné d'avoir tué fin mars son ex-compagne Audrey Cavalié et sa conjointe Angela Legobien au Portugal. La décision, rendue par la cour d'appel de Coimbra, dans le centre du pays, a été communiquée vendredi 8 mai. La justice portugaise a décidé de poursuivre elle-même le suspect, actuellement en détention provisoire.
Pour justifier son refus, la cour d'appel de Coimbra a notamment retenu le fait que les crimes présumés ont été commis "entièrement ou en partie sur le territoire national". Le tribunal a également précisé qu'une procédure judiciaire avait déjà été ouverte au Portugal à l'encontre de Cédric Prizzon.
Un mandat d'arrêt européen diffusé fin mars
Le mandat d'arrêt avait été diffusé le 25 mars par le magistrat instructeur chargé de l'affaire au tribunal de Montpellier, comme l'a indiqué le parquet de Montpellier mercredi. Ce dispositif, qui a remplacé les longues procédures d'extradition entre pays de l'Union européenne en 2004, prévoit toutefois un éventuel refus motivé par la "compétence territoriale" ou par l'existence d'une "procédure pénale en cours dans le pays d'exécution", selon les textes européens.
L'avocat de la mère d'Audrey Cavalié, Me Fabien Arakélian, a fait part de son incompréhension dans des propos rapportés par Le Figaro. "Nous savons avec certitude qu'une partie des faits a été commise en France, nous avons deux victimes françaises, nous avons un auteur des faits qui est Français, à quoi bon faire juger ces crimes au Portugal", s'est-il interrogé, avant d'ajouter : "Si on pouvait éviter d'infliger aux familles de victimes une nouvelle souffrance, ce ne serait pas mal". Il a demandé au ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, "si soucieux du respect des victimes", d'intervenir dans ce dossier. De son côté, l'avocate de la mère d'Angela Legobien, Me Elsa Cazor, avait fait état dans un communiqué de "l'incompréhension totale [de sa cliente] face au silence gardé par les autorités portugaises alors qu'un mandat d'arrêt européen a été adressé depuis plus d'un mois". Selon Me Cazor, les autorités portugaises "ne donnent aucune information et ne permettent pas l'accès au dossier alors que c'est un droit élémentaire pour une partie civile". Les mères des deux victimes avaient exprimé le souhait que Cédric Prizzon soit jugé en France.
Deux corps retrouvés enterrés dans le nord-est du Portugal
Cédric Prizzon avait été interpellé fin mars au Portugal lors d'un contrôle routier dans la région de Guarda, dans le nord du pays, alors qu'il se trouvait avec ses deux enfants mineurs. Son interpellation a mis fin à plusieurs jours de cavale depuis l'Aveyron, où les deux femmes et leurs enfants avaient été portés disparus. Les corps des deux Françaises ont été retrouvés enterrés dans un lieu isolé du district de Bragance, dans le nord-est du pays, à une centaine de kilomètres au nord du lieu d'arrestation. Audrey Cavalié, son ex-compagne, était âgée de 40 ans et mère de leur fils de 12 ans. Angela Legobien, sa conjointe au moment des faits, était âgée de 26 ans et mère de leur fille de 18 mois.
Selon le rapport d'autopsie, les deux femmes seraient mortes "par asphyxie". D'après certains médias, Cédric Prizzon aurait avoué les deux meurtres devant un juge portugais, mais aurait nié toute préméditation. Il a été placé en détention provisoire au Portugal. Le garçon et la fillette ont été rapatriés en France environ une semaine plus tard, avec les chiens présents lors de l'interpellation de leur père.
Ancien joueur de rugby à XIII et ex-videur de boîte de nuit, l'ex-policier aveyronnais avait déjà été condamné à plusieurs reprises dans le cadre de sa relation conflictuelle avec Audrey Cavalié. En septembre 2020, une dispute au couteau entre les deux ex-concubins leur avait valu à chacun six mois de prison avec sursis. Cédric Prizzon a ensuite été condamné en 2022 à six mois avec sursis pour des menaces de mort visant son ex-conjointe, puis en 2023 à 18 mois avec sursis probatoire par le tribunal correctionnel de Rodez (Aveyron) pour harcèlement moral. À l'été 2022, il avait par ailleurs été déchu de son droit de garde après avoir emmené son fils plusieurs semaines en Espagne et au Portugal, en violation de la garde alternée.