Le dimanche 1 mars 2026 à 18:55
Les forces armées belges, avec le soutien de la Marine nationale française, ont arraisonné dans la nuit de samedi à dimanche 1er mars un pétrolier soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe en mer du Nord. Le navire, l'Ethera, a été escorté vers le port de Zeebrugge où il a été saisi. Il s'agit d'une première pour la Belgique, qui devient le deuxième pays de l'Union européenne, après la France, à immobiliser un navire de cette flotte clandestine. L'opération, baptisée "Blue Intruder", a été menée dans la zone économique exclusive belge, en coordination avec les partenaires du G7, nordiques et baltes.
Le pétrolier a été intercepté au large d'Ostende, peu avant minuit. Au total, 93 militaires et un chien ont participé à l'opération. Les forces spéciales belges ont pris le contrôle du pont vers minuit et le navire était entièrement sous leur contrôle vers 1h00 du matin, selon le général Frederik Vansina, chef de la Défense belge. Les 21 membres d'équipage ont été identifiés. Selon l'AFP, deux employés d'une société de sécurité privée russe se trouvaient également à bord, chargés de surveiller l'équipage et de collecter du renseignement. L'Ethera est amarré au port de Zeebrugge depuis 9h00 dimanche matin.
L'Ethera est un pétrolier de 180 mètres de long, construit en 2008, qui battait pavillon de la Guinée. Une inspection à bord, menée en présence d'un inspecteur de la direction générale Navigation du SPF Mobilité, a confirmé les soupçons selon lesquels il naviguait sous faux pavillon. "Des documents du navire suspectés d'être falsifiés ont été découverts", a fait savoir le parquet fédéral belge dans un communiqué. Après consultation du procureur du Roi de Flandre occidentale, une enquête a été ouverte pour infractions au code belge de la navigation et il a été ordonné de dérouter le navire vers les eaux territoriales belges. "Ce n'est pas un constat anodin. Il s'agit d'indices sérieux de tromperie et de contournement des sanctions", a déclaré Theo Francken, ministre de la Défense, lors d'une conférence de presse au port de Zeebrugge. La ministre de la Justice et de la Mer du Nord, Annelies Verlinden, a précisé que le pétrolier avait été intercepté "sur la base de renseignements l'identifiant comme naviguant sous faux pavillon et appartenant ainsi à la flotte fantôme".
Selon le général Frederik Vansina, la Belgique surveillait l'Ethera depuis un certain temps. Le pétrolier présentait "de nombreux indices de sa participation aux opérations de la flotte fantôme", notamment en naviguant fréquemment entre la Russie et l'Amérique du Sud, en désactivant régulièrement ses systèmes d'identification et en naviguant sous différents pavillons.
L'Ethera est inscrit depuis octobre 2025 sur la liste européenne des bâtiments soumis à des mesures restrictives, au motif qu'il "fait partie de la flotte fantôme de pétroliers ou contribue aux revenus énergétiques de la Russie", cette dernière étant "dépendante de ces recettes pour financer sa guerre d'agression illégale contre l'Ukraine". L'accès aux ports européens lui était interdit. Le navire figure également sur les listes de sanctions des États-Unis et du Royaume-Uni. Dans un communiqué publié en juillet 2025, le département du Trésor américain associe l'Ethera "au vaste empire maritime contrôlé par Mohammad Hossein Shamkhani", fils d'Ali Shamkhani, conseiller influent du Guide suprême iranien, que l'armée israélienne affirme avoir été tué lors des frappes menées samedi.
Une opération saluée à travers l'Europe
La saisie de l'Ethera a suscité de nombreuses réactions. Sur X, le président de la République Emmanuel Macron a salué l'opération dimanche matin : "Coup dur pour la flotte fantôme : en Mer du Nord, nos hélicoptères de la Marine nationale, ont contribué cette nuit à l'arraisonnement par les forces belges d'un pétrolier sous sanctions internationales." "Les Européens sont déterminés à couper les sources de financement de la guerre d'agression de la Russie en Ukraine en faisant respecter les sanctions", a-t-il ajouté.
Coup dur pour la flotte fantôme : en Mer du Nord, nos hélicoptères de la Marine nationale ont contribué cette nuit à l’arraisonnement par les forces belges d’un pétrolier sous sanctions internationales.
Les Européens sont déterminés à couper les sources de financement… pic.twitter.com/7SnBY8ZaaR
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 1, 2026
La Belgique craint des représailles russes
Le premier ministre belge Bart De Wever a adressé ses "félicitations à nos forces armées pour leur action professionnelle et déterminée lors de l'opération réussie de cette nuit", ajoutant que "la Belgique veillera toujours au respect du droit maritime international et répondra avec fermeté à toute violation de la sécurité de ses eaux territoriales". Le vice-premier ministre Maxime Prévot a déclaré : "Les sanctions n'ont de sens que si elles sont appliquées. Aujourd'hui, nous les avons appliquées."Annelies Verlinden a souligné que "les tensions géopolitiques croissantes et la criminalité organisée rendent notre mer, ses infrastructures vitales, la navigation et nos ports plus vulnérables que jamais. Le message est clair : notre pays prend ces menaces au sérieux."
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également salué la saisie : "Nous saluons cette mesure forte contre la source de financement flottante de Moscou et remercions la France pour son soutien à cette opération."Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiga, a ajouté : "De telles actions résolues et justifiées sont nécessaires pour priver la Russie des ressources lui permettant de poursuivre son agression et ses crimes de guerre contre l'Ukraine."
Cette saisie provoque également des tensions diplomatiques avec Moscou. "Nous sommes sur nos gardes", a déclaré Theo Francken dimanche matin, affirmant s'attendre à des répercussions. L'ambassadeur belge à Moscou a été informé de l'opération. "Nous nous attendons à ce qu'il soit convoqué aujourd'hui", a précisé le ministre de la Défense. Le Centre de crise national (NCCN) évalue la situation et l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) a été chargé de réaliser une nouvelle analyse des menaces.
La Russie utilise depuis son invasion de l'Ukraine en 2022 une flottille de pétroliers vieillissants, à la propriété opaque, pour contourner les sanctions imposées à ses exportations de brut. On estime cette flotte fantôme à plus de 400 navires. Environ 640 sanctions ont été imposées par l'Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni. L'arraisonnement de l'Ethera intervient un peu plus d'un mois après celui du Grinch, un autre pétrolier de la flotte fantôme, intercepté le 22 janvier par la Marine française en mer d'Alboran, entre l'Espagne et l'Afrique du Nord. Le Grinch avait été dérouté vers le golfe de Fos, près de Marseille, et son capitaine, un ressortissant indien de 58 ans, avait été placé en garde à vue. Le navire avait finalement été libéré mi-février après le paiement d'une amende de plusieurs millions d'euros. En septembre 2025, la France avait déjà arraisonné un premier pétrolier, le Boracay, dans l'Atlantique, dérouté vers Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).