Guerre au Moyen-Orient : qui était l'adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, tué par un drone en Irak ?

L'adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces, a été tué dans une attaque de drone au Kurdistan irakien jeudi soir. Âgé de 42 ans, ce militaire aguerri, cité trois fois à l'ordre de l'armée en plus de vingt ans de carrière, est le premier soldat français mort depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Guerre au Moyen-Orient : qui était l'adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, tué par un drone en Irak ?
L'adjudant-chef Arnaud Frion était âgé de 42 ans. (armée de Terre)
Par La Rédaction
Le vendredi 13 mars 2026 à 14:43

Un militaire français a été tué et six autres ont été blessés dans une attaque de drone au Kurdistan irakien, jeudi 12 mars dans la soirée. L'adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces, est le premier soldat français mort depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran. "L'adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak", a annoncé le président Emmanuel Macron sur X dans la nuit de jeudi à vendredi.

Jeudi, à 20h40 heure de Paris, un drone Shahed a frappé le centre de la base kurde de Mala Qara, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d'Erbil, dans laquelle plusieurs militaires français étaient installés, selon le communiqué du ministère des Armées. "Sept de nos soldats ont été touchés par la frappe, parmi lesquels l'adjudant-chef Arnaud Frion qui, malgré une prise en charge rapide par les équipes médicales présentes, a succombé à ses blessures", a précisé le ministère. Le décès de l'adjudant-chef Frion a été déclaré en structure hospitalière. Les six autres blessés sont toujours à l'hôpital et leur rapatriement en France se met en place. Le détachement français présent sur place conduit des actions de formation au profit de plusieurs unités irakiennes, en appui de la lutte contre le terrorisme, dans le cadre de l'opération Inherent Resolve. Environ 600 militaires français participent à cette coalition internationale dirigée par les États-Unis.

La position de la France est «purement défensive»

Vendredi, lors d'une conférence de presse à l'Élysée aux côtés de Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron s'est de nouveau exprimé. "Je veux m'incliner aujourd'hui avec respect devant la mémoire de l'adjudant-chef Arnaud Frion, du septième bataillon des chasseurs alpins de Varces. Il est mort pour la France cette nuit, lors d'une attaque lancée à proximité de Erbil", a-t-il déclaré.

Le chef de l'État a indiqué avoir demandé à l'armée "une analyse consolidée des faits" et de "leurs circonstances", ajoutant que la totalité des informations devrait être disponible "dans les prochaines heures". Il a également annoncé un entretien avec le Premier ministre irakien en début d'après-midi. "Nos soldats ont été frappés alors que, comme nous le faisons depuis plusieurs années, ils luttaient dans le cadre d'une coalition internationale contre les résurgences du terrorisme dans la région et au service de la souveraineté irakienne", a-t-il rappelé. "C'est évidemment inacceptable. Face à la guerre en cours, la position de la France est purement défensive, en soutien à ses alliés et ne saurait justifier jamais qu'on s'en prenne à elle."Interrogé sur une éventuelle riposte, Emmanuel Macron a refusé d'évoquer "aucune forme de scénario", précisant : "Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit."

Dans les heures qui ont suivi l'attaque, le groupe armé pro-iranien Ashab al-Kahf a annoncé prendre pour cible "tous les intérêts français en Irak et dans la région", invoquant "l'arrivée du porte-avions français dans la zone d'opérations du Commandement central américain et son engagement dans les opérations". Le groupe n'a pas directement revendiqué l'attaque mais a exhorté les habitants à rester à au moins 500 mètres d'une base au Kurdistan irakien où se trouvent des militaires français.

Un soldat d'exception, cité trois fois à l'ordre de l'armée

Né le 28 avril 1983, l'adjudant-chef Arnaud Frion s'était engagé dans l'armée de Terre le 1er décembre 2004 au 27e bataillon de chasseurs alpins, en Haute-Savoie, comme grenadier-voltigeur. "Il a été très tôt remarqué par ses chefs, ce qui lui a permis de devenir sous-officier", a rappelé le colonel François-Xavier de la Chesnais, chef de corps du 7e BCA. En plus de vingt ans de carrière, il avait participé à une dizaine d'opérations extérieures : au Tchad dans le cadre de l'opération Épervier en 2005, en Côte d'Ivoire dans le cadre de l'opération Licorne en 2007, puis en Afghanistan en 2008 au sein de l'opération Pamir, où il avait été cité à l'ordre de l'armée pour avoir "appuyé une section amie prise sous le feu ennemi".

De retour en Afghanistan en 2011, il s'était de nouveau distingué au combat : "Pris sous le feu adverse, il identifie l'origine des tirs et conduit la riposte en s'exposant, réduisant la menace et préservant l'ensemble des soldats engagés", selon l'armée de Terre. Il avait ensuite été déployé au Mali à trois reprises, en 2014 dans le cadre de l'opération Serval, puis en 2016 et 2017 dans le cadre de l'opération Barkhane, où il avait été cité une troisième fois à l'ordre de l'armée pour avoir "contribué à la protection d'un hélicoptère et au sauvetage de soldats alliés pris sous le feu ennemi". Engagé de nouveau au Mali en 2019 et 2020, il avait reçu la Médaille militaire le 31 décembre 2021. Il avait également participé à des missions de coopération en Estonie en 2023 avec les forces alliées de l'OTAN. Déployé en Irak depuis le 24 janvier 2026, il était âgé de 42 ans, marié et père d'un enfant.

«Une belle figure de soldat et de chef»

Le chef d'état-major des armées, le général d'armée Fabien Mandon, a fait part de sa "profonde émotion à l'annonce du décès de l'adjudant-chef Arnaud Frion, survenu près d'Erbil, en Irak suite à une frappe de drone", ajoutant que "les armées françaises s'inclinent devant sa mémoire et son engagement". Le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre, a salué une "belle figure de soldat et de chef" qui "incarnait les plus hautes vertus d'un combattant de l'armée de Terre". À Varces-Allières-et-Risset (Isère), où est basé le 7e BCA, le maire Jean-Luc Corbet s'est dit "profondément atterré". "Quand un militaire décède, c'est toute la commune qui est meurtrie", a-t-il confié au Figaro, rappelant que le quartier militaire représente 3500 soldats dans une commune de 8500 habitants.

Cette attaque intervient alors que le Kurdistan irakien est régulièrement ciblé par des drones et des missiles depuis le début du conflit. La région d'Erbil fait l'objet d'attaques quasi quotidiennes. L'Italie a d'ailleurs annoncé retirer temporairement tout son personnel d'une base militaire à Erbil après une attaque de drone. Emmanuel Macron avait annoncé lundi le déploiement d'un dispositif naval français comprenant huit frégates, deux porte-hélicoptères amphibies et le porte-avions Charles de Gaulle, de la Méditerranée orientale à la mer Rouge et au large du détroit d'Ormuz.

Le dernier soldat français mort en Irak était le sergent-chef Nicolas Mazier, du commando parachutiste de l'air n°10, tué le 29 août 2023 dans une embuscade de l'État islamique (EI) dans le cadre de l'opération Chammal.