Le vendredi 29 mai 2026 à 12:03
Un drone russe s'est écrasé dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 mai 2026 sur un immeuble résidentiel à Galati, ville de l'est de la Roumanie située près de la frontière avec l'Ukraine. Deux personnes ont été légèrement blessées et 70 habitants ont été évacués. C'est la première fois qu'un drone frappe un immeuble d'habitation sur le territoire d'un pays membre de l'OTAN depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. Bucarest a dénoncé "une grave et irresponsable escalade" et convoqué le Conseil suprême national de Défense.
L'engin a été détecté sur les écrans radars à 01h54, après avoir décollé depuis le secteur de Reni, en Ukraine. Selon le porte-parole du ministère de la Défense nationale roumaine, Cristian Popovici, le drone a suivi une trajectoire inhabituelle. "Il a plongé depuis une altitude de 600 mètres et a effectué des virages dont nous tentons de comprendre la raison", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse organisée vendredi matin. Sa trace s'est ensuite perdue dans la zone située au sud de Galati. Quelques minutes après, un foyer d'incendie était signalé sur la toiture d'un immeuble résidentiel. Le ministère de la Défense a précisé dans un communiqué que "l'un de ces drones a pénétré dans l'espace aérien roumain, a été suivi par radar jusqu'à la partie sud de la ville de Galati, puis s'est écrasé sur le toit d'un immeuble d'habitation, provoquant un incendie lors de l'impact". La charge explosive de l'engin s'est déclenchée intégralement, d'après les secours roumains. Les deux résidents de l'appartement visé ont quitté les lieux sans assistance et ont reçu des soins sur place pour de légères blessures cutanées.
Dès la détection de l'engin, deux chasseurs F-16 ont décollé de la base aérienne de Fetesti, située à près de 200 kilomètres au sud de Galati, accompagnés d'un hélicoptère militaire. Les pilotes ont été "autorisés à engager le combat avec les cibles pendant toute la durée de l'alerte", a indiqué le ministère de la Défense roumain. Mais les forces aériennes n'ont pas eu le temps d'intercepter le drone avant son impact sur l'immeuble.
Pourquoi le drone n'a pas été intercepté
Plusieurs facteurs expliquent l'échec de l'interception, selon les hauts responsables roumains. Le général Gheorghe Maxim a évoqué un délai trop court : seules quatre minutes ont séparé la détection initiale du drone de son impact sur le bâtiment. "L'engagement d'une cible aérienne requiert un certain laps de temps, qui comprend la détection, la classification, puis le combat. Les quatre minutes dont nous disposions étaient extrêmement courtes", a-t-il expliqué.
Des contraintes juridiques ont également freiné la riposte. "Nous ne pouvons effectuer de tirs susceptibles d'affecter l'espace aérien d'un pays voisin", a précisé le général Maxim, en référence à l'Ukraine. Il a indiqué que le ministère tentait continuellement d'adapter son cadre législatif pour éviter de telles situations.
Le système de défense aérienne roumain présente par ailleurs des limites face à ce type de menace. "Nous disposons de systèmes de défense aérienne conçus avant 2023, date du début de cette guerre des drones", a reconnu le général. Interrogé sur la non-utilisation des canons antiaériens "Guépard", dont l'armée roumaine possède une quarantaine d'exemplaires livrés à partir de 2004, le militaire a expliqué qu'en temps de paix, il est interdit de déployer ces systèmes. Leur actionnement nécessite par ailleurs le consentement des propriétaires privés situés dans la zone d'intervention. Ce blindé à chenilles produit dans les années 1970 en Allemagne, désormais surnommé le "tueur de drones", a été fourni d'occasion par Berlin à l'Ukraine depuis 2022 pour neutraliser les drones Shahed.
Vague de réactions internationales
Le président roumain Nicusor Dan a convoqué le Conseil suprême national de Défense, estimant qu'il s'agit "de l'incident le plus grave" ayant touché ce pays membre de l'OTAN et de l'Union européenne depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a exprimé sa "solidarité" envers la Roumanie, rappelant que l'Alliance est "prête à défendre chaque cm² du territoire des Alliés". L'ambassadeur américain à l'OTAN, Matthew Whitaker, a tenu un discours similaire. "Nous nous tenons aux côtés de la Roumanie, notre allié de l'OTAN, et condamnons cette incursion irresponsable sur son territoire. Nous défendrons chaque cm² du territoire de l'OTAN", a-t-il déclaré. L'article 5 du traité de l'OTAN stipule qu'une attaque armée contre un pays membre est considérée comme une attaque dirigée contre tous.
Sur le réseau social X, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé que "la guerre d'agression de la Russie" avait franchi ce jour "une limite". Kiev a de son côté fait valoir que cet événement illustrait la "menace" posée par la Russie pour "toute l'Europe".
Russia’s war of aggression has crossed yet another line.
A Russian drone incursion struck a densely populated area in Romania, injuring civilians.
On EU territory.
We stand in full solidarity with Romania and its people.
As we continue strengthening our security and…
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) May 29, 2026
En France, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fustigé sur France Inter un "acte irresponsable". Il a convoqué dans la matinée l'ambassadeur russe en France pour "lui dire que les frappes massives du week-end dernier contre les civils, que les menaces qui pèsent sur les diplomates français et européens à Moscou et que ces nouveaux actes irresponsables sont autant d'intimidations qui sont inconséquentes mais qui sont vaines car elles ne nous détourneront en aucun cas de notre soutien à la résistance ukrainienne".
Chute d’un drone russe en Roumanie : “Si la sécurité d’un pays de l’OTAN est engagée, la réponse peut être dévastatrice”, met en garde Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. pic.twitter.com/2aAYMiSPAi
— France Inter (@franceinter) May 29, 2026
Un contexte d'incursions répétées
Le territoire roumain a déjà connu plusieurs intrusions de drones depuis le lancement de l'offensive russe en Ukraine, en février 2022. Selon le correspondant de LCIPaul Cozighian, 12 fragments de drones ont été repérés sur le sol roumain depuis le début de l'année 2026. Jamais, cependant, l'un de ces appareils n'avait jusqu'ici percuté un bâtiment d'habitation.
Les pays membres de l'OTAN frontaliers de l'Ukraine ou de la Russie, comme la Roumanie, la Pologne et les États baltes, sont régulièrement exposés à ce type d'intrusions. La Lettonie, qui partage ses frontières avec la Russie et la Biélorussie, a vu un nouvel exécutif prendre ses fonctions jeudi 28 mai. La précédente équipe gouvernementale était tombée quinze jours plus tôt, sa gestion d'incursions de drones ayant révélé les lacunes du dispositif antiaérien letton. Pour les chancelleries européennes, Moscou détournerait sciemment des drones ukrainiens initialement programmés pour viser des sites industriels et des dépôts pétroliers situés autour de Saint-Pétersbourg.
Le week-end précédent, dans la nuit de samedi à dimanche, l'armée russe avait mené l'un des bombardements les plus violents depuis le début du conflit contre l'Ukraine, mobilisant plus de 600 drones, près de 35 missiles balistiques et environ 50 missiles de croisière. Au lendemain de cette attaque d'une ampleur exceptionnelle, le chef de l'État ukrainien Volodymyr Zelensky a sollicité Washington pour obtenir un renforcement de son arsenal en missiles Patriot, l'unique technologie capable d'intercepter les engins balistiques.
Moscou multiplie depuis plusieurs jours les avertissements en réponse à une frappe ukrainienne qui aurait fait, selon la version russe, 21 morts dans un lycée d'un territoire ukrainien occupé. Le Kremlin a d'ailleurs invité lundi les étrangers résidant à Kiev, dont les diplomates, à évacuer la capitale par anticipation de futurs bombardements.