Isère : Leur fille de 17 ans violée par un homme libéré à cause du Covid, ils attaquent l’État


Illustration. (shutterstock)

Les parents d’une adolescente de 17 ans et leur avocat, Me Fabien Rajon, veulent déposer un recours contre l’État. Leur fille a été violée par un homme qui avait été libéré de prison à cause du Covid, alors qu’il purgeait une peine de 4 ans de prison pour violences, séquestration et agression sexuelle.

Ils sont en colère et ont l’intention de demander des comptes à la justice et à l’État. Une jeune fille de 17 ans que nous appellerons Alice, a été violée par un homme le 24 octobre 2020 dans une ville du Nord-Isère. Les parents de la victime, interrogés par Le Dauphiné, crient au scandale.

L’auteur présumé des faits avait en effet été condamné à quatre ans de prison ferme en 2018, « pour avoir massacré et agressé sexuellement sa compagne », s’indigne Patrice, le père. « Il a bénéficié d’une libération Covid cinq mois auparavant ». L’homme n’aurait dû sortir de prison qu’en novembre 2021.

L’adolescente a croisé la route du mis en cause qu’elle connaissait de vue, lors d’une rencontre infortune, le jour des faits. Ce dernier, âgé alors de 27 ans, l’a fait boire puis l’a droguée avant de la violer. Cet homme décrit comme un colosse de 130 kg et d’1m90 par le père d’Alice, a été interpellé dix jours plus tard par les gendarmes. Il a été mis en examen pour « viol sur mineur de plus de quinze ans » et « menaces de mort » dans cette affaire, avant d’être placé en détention provisoire.

Une décision du juge en avril 2020

La victime et ses parents ont ensuite appris que le violeur présumé était sorti de prison récemment. C’est sur décision d’un juge d’application des peines (JAP) qu’il a retrouvé la liberté en mai 2020. Le magistrat avait ordonné sa libération le 24 avril, alors qu’il était incarcéré à la prison de Corbas (Rhône).

Une décision motivée par « la situation sanitaire nationale liée à l’épidémie nécessitant que le taux d’occupation de la maison d’arrêt Lyon-Corbas actuellement de 130% soit réduit, afin de limiter les conséquences d’une éventuelle propagation du virus au sein de l’établissement », était-il noté sur le jugement qui a été consulté par nos confrères.

120 jours d’ITT

La ministre de la Justice de l’époque, Nicole Belloubet, avait annoncé la libération anticipée de plusieurs milliers de détenus pour faire face à la pandémie de Covid-19, précisant que la mesure ne concernerait pas les auteurs de violences conjugales, les personnes condamnées pour terrorisme ainsi que les criminels.

« Cela s’appelle un mensonge d’État car l’individu qui a violé ma fille a bénéficié d’une telle mesure. Or il avait été condamné pour des violences sur sa conjointe qui a eu 120 jours d’ITT. Comment un juge a pu prendre seul, une telle décision », s’exclame Patrice.

« Un risque de récidive élevé »

Le mis en cause avait déjà été condamné à huit reprises par le passé. Une décision « révoltante » de la justice pour Me Fabien Rajon, d’autant que le violeur présumé « présentait un risque de récidive élevé ». « C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du service pénitentiaire tout comme dans l’expertise psychiatrique », affirme-t-il au Dauphiné.