Le mardi 17 mars 2026 à 16:09
Neuf CRS ont été condamnés, mardi 17 mars, par le tribunal correctionnel de Paris à des peines de six mois à deux ans d'emprisonnement avec sursis pour avoir matraqué des "gilets jaunes" réfugiés dans un Burger King de l'avenue de Wagram (XVIIe arrondissement), à proximité de l'Arc de triomphe, le 1er décembre 2018, lors de l'acte 3 du mouvement. Les peines prononcées sont légèrement supérieures aux réquisitions du parquet. Aucun des mis en cause ne s'était déplacé pour entendre le jugement.
"L'usage de la force ne présentait pas les conditions strictes et impératives de nécessité et proportionnalité", a souligné le président du tribunal correctionnel, Thierry Donard, en rendant sa décision. Le magistrat a insisté sur "la nature et la gravité des faits à l'encontre des manifestants", qui "présentaient un comportement pacifique" et "semblaient se mettre à l'abri" dans le fast-food "pour reprendre leurs esprits" alors que l'air de la rue était devenu irrespirable en raison des grenades lacrymogènes tirées par les forces de l'ordre.
«Des violences avec armes et boucliers et sans sommations»
Les faits s'étaient produits le 1er décembre 2018, à l'issue d'une journée au cours de laquelle les forces de l'ordre avaient été totalement dépassées par le troisième rassemblement des "gilets jaunes". Une cinquantaine de manifestants s'étaient réfugiés dans le Burger King, fermé mais éclairé, pour reprendre leur souffle. Treize CRS avaient alors fait irruption dans le fast-food. Neuf d'entre eux, tous membres à l'époque de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), avaient matraqué et frappé à coups de pied des manifestants durant 2 minutes et 37 secondes. L'enquête, qui s'est appuyée sur des images de journalistes et de la vidéosurveillance, a établi que les CRS avaient commis "des violences (...) avec armes et boucliers et sans sommations".
AFFAIRE BURGER KING (Gilets jaunes matraqués le 1er décembre 2018) : trois CRS mis en garde à vue aujourd'hui après avoir été entendus à l'IGPN. Ils avaient été mis en examen en juin 2020 pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique. pic.twitter.com/kD1BW9uRz6
— HORS-ZONE PRESS (@HZ_Press) May 5, 2021
Le parquet de Paris avait requis, à l'issue de trois jours d'audience du 9 au 12 février, des peines allant de six à vingt mois de prison avec sursis. "C'est parce que ce sont des professionnels du maintien de l'ordre que l'on attend d'eux, plus que de quiconque, de la maîtrise", avait alors déclaré la procureure, Marie Dubarry de Lassalle, soulignant que "le désordre ne suspend jamais le droit, le droit n'est pas un luxe réservé aux jours calmes, le droit est précisément ce qui doit tenir quand tout bascule". L'avocat de la défense, Laurent-Franck Liénard, avait de son côté plaidé la relaxe des neuf fonctionnaires.
Non-inscription au casier judiciaire
Âgés de 30 à 52 ans, les neuf policiers ont tous été reconnus coupables de violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes. Ils bénéficient toutefois d'une non-inscription de leur condamnation au casier judiciaire. Si le tribunal a reconnu que chacun d'entre eux est "entièrement responsable" des préjudices des victimes, il s'est déclaré incompétent pour statuer sur les dommages et intérêts, les fautes n'étant "pas détachables de leur service". Cette partie du dossier a été renvoyée devant le tribunal administratif.
«Abandonnés» par leur hiérarchie
Lors de leurs interrogatoires, les mis en cause avaient admis avoir manqué de "lucidité" lors de cette intervention, menée après des heures d'affrontements avec des manifestants autour de l'Arc de triomphe, dans un climat "insurrectionnel". À la barre, ils avaient expliqué avoir cru que les personnes introduites dans le fast-food, pourtant fermé, étaient des pilleurs. Les policiers avaient reconnu des gestes "inadaptés" sans toutefois présenter d'excuses aux parties civiles. Ils avaient également confié leur sentiment d'avoir été "abandonnés" par leur chaîne hiérarchique et avaient mis en cause directement la Préfecture de police de Paris.
«Les boucs émissaires le lundi»
Plusieurs syndicats de police ont réagi à l'annonce des condamnations. Dans un communiqué, le syndicat Un1té a exprimé son "soutien indéfectible" aux neuf fonctionnaires et s'est indigné que l'argument du commandement de l'autorité légitime ait été écarté par le tribunal. "Qui a envoyé ces hommes dans le Burger King ? Qui a donné l'ordre d'évacuer ce restaurant sans directives claires sur les modalités d'intervention ?", interroge le syndicat, qui dénonce le fait de "faire porter l'entière responsabilité pénale sur les seuls exécutants". "On ne peut pas exiger de nos CRS d'être les remparts de la République le samedi et les boucs émissaires le lundi", conclut Un1té.
De son côté, le Pôle CRS de l'UNSA Police a jugé la situation "inacceptable et indigne", estimant que les policiers "n'ont fait qu'exécuter des ordres hiérarchiques dans un contexte difficile et insurrectionnel" et qu'ils ont été "laissés seuls, exposés devant la justice". "L'institution ne peut pas se défausser sur ceux qui exécutent les ordres", a dénoncé le syndicat, qui a annoncé avoir décidé de ne pas siéger à la F3SCT CRS, l'instance de dialogue social dédiée à la santé, la sécurité et aux conditions de travail des compagnies républicaines de sécurité, en signe de protestation.