Affaire Jubillar : «Crime passionnel», corps déplacé, procès en appel... les révélations des avocats de Cédric Jubillar

Les avocats de Cédric Jubillar, Pierre et Guy Debuisson, se sont exprimés lors d'une longue conférence de presse ce lundi 6 juillet à Toulouse. Déroulé des faits, thèse du "crime passionnel", critiques de l'enquête et de la détention, procès en appel jugé "impossible"... Voici ce qu'il faut retenir de leurs déclarations.
Affaire Jubillar : «Crime passionnel», corps déplacé, procès en appel... les révélations des avocats de Cédric Jubillar
Les deux avocats de Cédric Jubillar, Mes Pierre et Guy Debuisson, lors de leur conférence de presse ce lundi 6 juillet 2026. (capture écran vidéo LCI)
Par La Rédaction
Le lundi 6 juillet 2026 à 16:31

Les deux avocats de Cédric Jubillar, Pierre et Guy Debuisson, ont tenu une conférence de presse ce lundi 6 juillet à Toulouse (Haute-Garonne), quelques heures après avoir annoncé que leur client avait reconnu être à l'origine de la mort de son épouse, Delphine Jubillar, disparue en décembre 2020 à Cagnac-les-Mines (Tarn). Devant la presse, ils ont livré leur version du déroulé des faits, évoquant une dispute conjugale ayant dégénéré et un corps déplacé en voiture, plaidé un "crime passionnel" et jugé "impossible" la tenue du procès en appel prévu en septembre. Condamné le 17 octobre 2025 à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse, dont le corps n'a jamais été retrouvé, le peintre-plaquiste de 38 ans s'était jusqu'ici toujours dit innocent.

Me Pierre Debuisson, qui défend Cédric Jubillar depuis six mois, a expliqué avoir "tissé une relation de confiance" avec "un détenu différent des autres", porteur d'une "grande fragilité". Selon lui, son client était "verrouillé psychologiquement depuis le début" et s'est "recroquevillé comme une huître sur son rocher". "Il y a quelques semaines, il m'a dit : 'Maître, il faut que je vous dise la vérité. C'est moi'", a rapporté l'avocat. Ce travail de mise en confiance a été mené avec l'aide d'une tierce personne, dont l'identité n'a pas été révélée et qui se tient à la disposition de la justice.

Une «énième dispute conjugale» qui aurait mal tourné

Selon Me Debuisson, c'est dans le cadre d'une "énième dispute conjugale que les choses ont mal tourné". Tétanisé après avoir réalisé son geste, Cédric Jubillar aurait alors pris la décision de déplacer le corps de son épouse avec sa voiture, pour épargner à ses enfants la vision de leur mère décédée. Il se serait ensuite retrouvé pris dans un "engrenage". Les deux conseils ont précisé que leur client réservait à la justice les informations concernant l'emplacement du corps. Interrogés sur une éventuelle intention de donner la mort, ils n'ont pas souhaité répondre, renvoyant là encore aux futures déclarations devant les magistrats.

Guy Debuisson a tenu à apporter une précision : il ne faut pas, selon lui, parler de "meurtre", son client "reconnaît être à l'origine de la mort de son épouse". Les deux avocats ont assuré accorder un "crédit total" à cette confession, qu'ils rattachent à ce qui s'apparente, d'après eux, à un "crime passionnel". Ils ont décrit un homme empreint de "regrets profonds et sincères", qui "regrette son geste par-dessus tout". "Il dit : 'Pauvres enfants, pauvre Delphine'", a rapporté Pierre Debuisson.

Un régime carcéral comparé à celui «des pires terroristes»

Le père et le fils ont par ailleurs vivement critiqué les conditions de détention de Cédric Jubillar, placé à l'isolement depuis près de cinq ans à la maison d'arrêt de Toulouse-Seysses. Ils ont dénoncé un régime carcéral qu'ils comparent à celui "des pires terroristes français" et affirmé que les lettres adressées par le détenu à ses enfants n'étaient "jamais arrivées". Guy Debuisson s'est également dit "choqué" par l'état de "délabrement psychologique" de son client, selon lui contraint de prendre des "médicaments très forts". "Cinq ans d'isolement avec une prise quotidienne de cachets, c'est insupportable", a-t-il déclaré. Les avocats ont indiqué avoir signalé la situation au Défenseur des droits et estimé que l'enquête était "à reprendre", réclamant l'audition de leur client, des fouilles pour retrouver le corps ainsi qu'une nouvelle expertise psychologique.

Cette remise en cause a conduit la défense à juger "impossible" la tenue du procès en appel, prévu à partir du 21 septembre. "C'est impossible, ce serait grotesque", a répondu Pierre Debuisson à un journaliste l'interrogeant sur le respect de ce calendrier, son père estimant qu'il faudrait notamment que Cédric Jubillar soit entendu et que des fouilles soient menées.

Une défense qui «confine à l'indécence» pour les parties adverses

Ces déclarations ont suscité de vives réactions du côté des parties adverses. Interrogé par BFMTV, Me Mourad Battikh, avocat de plusieurs membres de la famille de Delphine Jubillar, a estimé que l'argumentaire du "crime passionnel" "confine à l'indécence" et jugé la thèse de la défense "cousue de fil blanc". De son côté, Me Pauline Rongier, avocate d'une amie proche de la victime, a estimé sur la même chaîne qu'"il y a une part de stratégie dans ce revirement", y voyant "une nouvelle stratégie de défense".

Enfin, une source proche du dossier a formellement démenti auprès de BFMTV les propos des avocats sur un traitement médicamenteux imposé, assurant que le détenu "n'a jamais été forcé à avaler un traitement médicamenteux". En milieu carcéral, les traitements sont exclusivement prescrits par un médecin après examen et distribués par le personnel de santé, et non par les surveillants pénitentiaires.