Le mercredi 15 juillet 2026 à 17:21
Près d'un millier de dossiers de pédocriminalité ont été identifiés comme prioritaires à l'issue du vaste réexamen des plaintes ordonné par Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice a dévoilé ce mercredi 15 juillet 2026, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le bilan de cette opération lancée après l'affaire Lyhanna. Au total, 85 047 plaintes ont été recensées par les parquets, 1 350 informations judiciaires ont été ouvertes et 675 personnes ont été incarcérées depuis le 8 juin.
Cette démarche a été engagée dans le sillage de la mort de Lyhanna, une enfant de 11 ans dont le corps a été découvert dans le Gers. Jérôme Barella, le principal suspect de ce meurtre, avait été visé par plusieurs plaintes pour des agressions sexuelles sur des mineurs, mais n'avait jamais été convoqué par la justice. Dans la foulée, le garde des Sceaux avait demandé aux procureurs généraux de reprendre l'intégralité des plaintes touchant les enfants d'ici au 14 juillet.
Une interpellation à l'Assemblée nationale
Le ministre s'est exprimé après avoir été interpellé par la députée de Haute-Savoie Danièle Carteron (Ensemble pour la République, Renaissance). "Notre responsabilité collective n'est pas seulement de réparer l'irréparable, elle est de l'empêcher", a-t-elle affirmé, ajoutant que "les familles attendent de nous des réponses concrètes".
Le ciblage des dossiers prioritaires a débouché sur l'ouverture de 1 350 informations judiciaires depuis le 8 juin, une progression de 309 % s'agissant des atteintes sexuelles commises sur des enfants. "675 personnes ont été incarcérées", a indiqué Gérald Darmanin, ce qui représente une augmentation de 173 %. Au total, 69 626 dossiers ont été réexaminés sur l'ensemble du territoire. "Il y a eu 69 626 affaires criminelles qui ont été réétudiées, auxquelles il faut ajouter plus de 15 000 plaintes découvertes", a détaillé le ministre. "Ce qui porte à 85 047 plaintes aujourd'hui recensées dans les parquets de la République."Les dossiers qualifiés de prioritaires sont ceux dont les auteurs sont identifiés, présentent des antécédents judiciaires et dont les victimes sont toujours mineures.
Justice des mineurs: "Il y a eu exactement 69.626 dossiers d'affaires criminelles et délictuelles, connues par les parquets, qui ont été absolument réétudiés", affirme le Garde des sceaux @GDarmanin.#QAG pic.twitter.com/hpRHm082nf
— LCP (@LCP) July 15, 2026
Des auteurs souvent issus du cercle familial
Sur l'ensemble des procédures passées au crible, la part des faits criminels s'établit à 38 %, contre 62 % pour les faits délictuels. L'auteur présumé a pu être identifié dans 83 % des cas. Le garde des Sceaux a par ailleurs livré une statistique sur le profil des mis en cause. "Dans 91 % des affaires, malheureusement, non seulement il n'a fait l'objet d'aucune condamnation antérieure, mais pour trois quarts d'entre eux, ils font partie du cercle intime et familial des enfants", a-t-il déclaré.
Le ministre a également abordé la question de la prescription. "36 % des victimes sont encore mineures au moment où nous parlons", a-t-il poursuivi, "soit 64 % des victimes majeures". Il a estimé qu'"on peut penser qu'il y a beaucoup de faits prescrits, ou des plaintes déposées 20 ans ou 30 ans après, d'où l'imprescriptibilité que je demanderai bientôt avec la ministre de la Santé pour les crimes qui concernent les mineurs".
Des délais encore trop longs
Un dossier reste en moyenne 14,2 mois entre les mains des parquets, a précisé le garde des Sceaux, qui a jugé qu'il restait "encore beaucoup de travail à faire pour réduire les délais". Les 970 dossiers rangés dans la catégorie prioritaire seront traités d'ici quelques semaines. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Gérald Darmanin a salué un "travail considérable abattu", précisant qu'il allait de nouveau échanger, "dès demain et jusqu'à la fin du mois de juillet", avec l'ensemble des procureurs généraux "pour faire le point sur leurs stocks locaux".