Affaire Lyhanna : De graves manquements pointés dans le traitement de la plainte pour viols, selon le rapport d'inspection

Remis à Matignon, le pré-rapport d'inspection sur l'affaire Lyhanna épingle le traitement, dans le Gers, d'une plainte pour viols qui visait déjà le principal suspect du meurtre de la collégienne. Le parquet d'Auch et la gendarmerie sont pointés du doigt.
Affaire Lyhanna : De graves manquements pointés dans le traitement de la plainte pour viols, selon le rapport d'inspection
Lyhanna était âgée de 11 ans. (DR)
Par La Rédaction
Le lundi 22 juin 2026 à 14:11

Une mission d'inspection a relevé d'importantes défaillances dans le traitement, dans le Gers, d'une plainte pour viols qui visait déjà Jérôme Barella, principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna. Les premières conclusions de ce rapport ont été présentées lundi 22 juin par les chefs de l'Inspection générale de la justice (IGJ) et de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), un peu plus de deux semaines après la découverte du corps de la collégienne de 11 ans, le 4 juin. Principal constat : la procédure criminelle "n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire", marquée par un cumul de pertes de temps et une absence de suivi.

La plainte au cœur de ces investigations a été déposée le 18 août 2025 par la mère d'une autre fillette, prénommée "Rosa", âgée de 10 ans. Cette dernière accusait Jérôme Barella de viols répétés commis entre septembre 2024 et mai 2025. Diligentée par les ministres de la Justice et de l'Intérieur après la mort de Lyhanna, la mission a procédé à une trentaine d'entretiens et relève d'une "inspection de fonctionnement", et non d'une enquête disciplinaire. Son pré-rapport a été remis à Matignon.

Le traitement initial de la plainte, d'abord enregistrée sur le ressort judiciaire de Toulouse (Haute-Garonne), a été salué par les inspecteurs. Jean-Michel Gentil, chef de l'IGGN, l'a jugé "adapté, diligent et qualitatif", l'enquête ayant été menée "avec professionnalisme, respect des délais contraints et parfaite mise en application des directives nationales par la gendarmerie".

Une procédure traitée «comme une procédure ordinaire»

La situation a été tout autre une fois la procédure transmise dans le Gers. "Sur le ressort judiciaire du département du Gers, la procédure criminelle a été traitée comme une procédure ordinaire ou, à tout le moins, n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire", a souligné Stéphane Noël, chef de l'IGJ. Le rapport "objective un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure, tant de la part du parquet que de la gendarmerie", aussi bien au niveau du parquet d'Auch (Gers) que de la compagnie de gendarmerie de Condom. À l'arrivée du dossier au parquet d'Auch, l'enregistrement au bureau d'ordre pénal a été tardif, en raison d'un important retard d'enregistrement des procédures papier, et la procédure n'a pas été orientée vers le bon service de gendarmerie.

Un placement en garde à vue de Jérôme Barella avait été requis. Mais "l'enquête n'a pas été suffisamment dirigée et pas du tout contrôlée, ni par le parquet, ni par la hiérarchie directe du directeur d'enquête de la brigade de gendarmerie de Lectoure", a poursuivi Stéphane Noël. Les inspecteurs ont par ailleurs précisé que les investigations menées en parallèle dans l'éducation "ne font pas apparaître de dysfonctionnement".

La mission "se poursuit avec rigueur" : un nouveau rapport intermédiaire est attendu le 10 juillet, et le rapport définitif le 5 septembre. Ces conclusions pourraient déboucher sur des enquêtes administratives, puis d'éventuelles sanctions.

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Le gouvernement sous pression

L'affaire a placé le gouvernement sous pression, avec des appels à la démission du garde des Sceaux venus de plusieurs bords politiques, de La France insoumise au Rassemblement national en passant par le Parti socialiste, tandis que les syndicats de magistrats dénoncent un manque de moyens. Gérald Darmanin, qui assure ne pas porter de responsabilité politique, a prévenu dans un courrier adressé aux magistrats que "lorsque des fautes professionnelles sont établies (…) personne ne comprendrait qu'elles ne soient pas sanctionnées", tout en rappelant son "attachement viscéral" à leur indépendance.

Le ministre de la Justice sera l'invité du journal de 20 heures de TF1 ce lundi soir.