Le dimanche 8 novembre 2026 à 19:41 - MAJ dimanche 8 novembre 2026 à 19:51
Huit personnes ont été mises en examen après le braquage d'une entreprise de métaux précieux à Besançon (Doubs), survenu ce mardi 3 novembre. Les enquêteurs ont retrouvé la totalité du butin, soit près de 54 kg d'or estimés à plus de six millions d'euros. Seize suspects ont été placés en garde à vue en France et trois autres ont été interpellés en Suisse et en Espagne. Des recoupements ont été établis avec un autre braquage commis dans le même secteur en décembre 2025, a fait savoir le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) dans un communiqué publié dimanche.
Les faits se sont produits mardi vers 7 heures, dans les locaux de la société Usigep, implantée dans la zone Temis. "Quatre individus cagoulés et gantés pénétraient au sein d'une société située à proximité du lieu des faits précédemment évoqués, à Besançon, tandis qu'un cinquième comparse demeurait à l'extérieur afin d'assurer la surveillance des lieux. Plusieurs des individus étaient lourdement armés", détaille le PNACO. "Les auteurs séquestraient et menaçaient certains employés présents afin de les contraindre à pénétrer à l'intérieur du bâtiment. Des violences étaient également exercées à l'encontre de certains d'entre eux", poursuit le parquet. Les malfaiteurs "dérobaient plusieurs dizaines de kilogrammes d'or ainsi que des bijoux, avant de prendre la fuite".
Avant de partir, les braqueurs ont tiré plusieurs coups de feu sur le parking de l'entreprise. Ils ont ensuite pris la fuite à bord d'une berline équipée d'un gyrophare bleu, en se faisant passer pour des policiers. Deux motards de la police nationale les ont pris en chasse, mais les malfaiteurs ont jeté des clous sur la chaussée et les pneus des motos ont crevé. Les deux fonctionnaires n'ont pas été blessés. La voiture des suspects a ensuite été retrouvée incendiée rue de Chalezeule, dans le secteur des Clairs-Soleils.
Un commando «rapidement localisé»
L'enquête a été confiée à la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), notamment aux services de police judiciaire de Lyon et de Besançon, ainsi qu'à l'office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO). Grâce à leurs investigations, "le commando susceptible d'avoir participé aux faits était rapidement localisé", souligne le PNACO. D'après TF1-LCI, les enquêteurs de l'OCLCO s'intéressaient à cette équipe depuis plusieurs mois et sa base de repli, située dans l'Ain, était surveillée. D'autres complices présumés y auraient été arrêtés.
Les premières interpellations ont eu lieu dès 17 heures le jour même. Selon une source proche de l'affaire, les policiers de la BRI Nationale (BRI-Nat), à l'origine des investigations, ont participé aux nombreuses interpellations. Entre mardi et mercredi, seize personnes ont été placées en garde à vue sur commission rogatoire des juges d'instruction.
Trois mandats d'arrêt ont été diffusés en parallèle avec le soutien d'Eurojust, l'agence européenne de coopération judiciaire. Les trois personnes recherchées ont été arrêtées en Suisse et en Espagne, "grâce à l'excellente coopération mise en œuvre avec les autorités judiciaires locales", précise le parquet.
Les investigations ont permis de retrouver "l'intégralité du butin dérobé, soit près de 54 kilogrammes d'or, dont la valeur était estimée à plus de six millions d'euros". Un important arsenal a aussi été saisi lors des interpellations. Il comprenait "des armes lourdes et notamment un lance-roquettes et des explosifs".
Le dossier a été rapproché d'un autre vol à main armée commis à proximité. Les juges d'instruction ont été saisis "dans la mesure où des recoupements étaient réalisés entre les faits de décembre 2025 et de novembre 2026", explique le PNACO. Le 19 décembre 2025, des malfaiteurs avaient attaqué la manufacture Losange, située dans le même secteur, avant de tirer en rafale sur des policiers. Des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris spécialisés dans la criminalité organisée étaient déjà saisis de cette affaire.
Huit mis en examen pour «tentative de meurtre en bande organisée»
À l'issue des gardes à vue, huit des seize personnes interpellées en France ont été déférées devant les juges d'instruction. Il s'agit de sept hommes et d'une femme, âgés de 26 à 57 ans. Ils ont été mis en examen pour vols en bande organisée avec arme, tentative de meurtre en bande organisée, refus d'obtempérer aggravé, destruction du bien d'autrui par moyen dangereux et séquestration en bande organisée. Ils sont également poursuivis pour acquisition, détention et transport d'armes de guerre, pour association de malfaiteurs et pour des violences volontaires aggravées ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours.
Conformément aux réquisitions du parquet, quatre d'entre eux ont été placés en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention. Trois autres ont été écroués "dans l'attente d'une décision sur les mesures de sûreté qui interviendra dans les prochains jours". Le dernier a été placé sous contrôle judiciaire, "contrairement aux réquisitions du PNACO".
Par ailleurs, deux hommes et une femme placés en garde à vue font l'objet de mandats d'amener. Ils doivent être présentés aux juges d'instruction dans les prochains jours, en vue d'éventuelles mises en examen. Cinq gardes à vue ont été levées sans poursuite à ce stade.
Deux mis en examen condamnés à 18 ans de réclusion criminelle
"Il convient de relever de surcroît que deux des mis en examen étaient par ailleurs recherchés pour leur condamnation, chacun, à une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle, prononcée en leur absence par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle le 12 avril 2024 pour des faits de vol avec arme et vol avec arme en état de récidive légale", indique le parquet.
Ce procès, qui s'est tenu à Nancy (Meurthe-et-Moselle), portait sur une série de braquages commis en 2019 dans la région de Besançon. L'enquête, menée par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Nancy, visait notamment l'attaque de la société Losange à Châtillon-le-Duc, le 3 mai 2019. Ce jour-là, cinq hommes lourdement armés avaient pris six employés en otage et dérobé 38 kg d'or, d'une valeur de 1,08 million d'euros, qui n'ont jamais été retrouvés. En septembre 2019, la société Technilux de Voray-sur-l'Ognon (Haute-Saône) avait elle aussi été visée. Onze hommes avaient été jugés dans ce dossier, que l'avocat général Hadrien Baron avait présenté comme celui du "grand banditisme bisontin".
Mercredi, L'Est Républicain a révélé l'interpellation de deux frères bisontins, Lahouari et Sliman Founas, une information confirmée à Actu17 par une source proche de l'affaire. Âgés d'une trentaine d'années et originaires du quartier des Clairs-Soleils, ils avaient été jugés en leur absence lors de ce procès, dont ils étaient considérés comme les principaux accusés.
"Les investigations vont désormais se poursuivre, en lien étroit notamment avec les autorités suisses et espagnoles, afin d'identifier et de poursuivre l'ensemble des auteurs de ces faits", annonce le PNACO. "Il convient de se féliciter de la célérité avec laquelle les différents services de la direction nationale de la police judiciaire ont pu procéder aux interpellations et de l'efficacité de la coopération avec nos partenaires étrangers ayant immédiatement procédé aux arrestations des personnes qui faisaient l'objet de mandats d'arrêt internationaux", conclut la procureure nationale anticriminalité organisée, Vanessa Perrée.
Après le braquage, le maire de Besançon, Ludovic Fagaut, avait promis des annonces pour renforcer la sécurité de la zone Temis. Celle-ci accueille de nombreuses entreprises qui travaillent l'or et les métaux précieux pour l'horlogerie et la joaillerie.