Le mardi 19 mai 2026 à 19:01
Un juge d'instruction va enquêter sur Édouard Philippe, maire du Havre (Seine-Maritime) et ancien Premier ministre, pour des faits présumés de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion (malversation d'un fonctionnaire), a indiqué ce mardi 19 mai le Parquet national financier (PNF). Les faits sont contestés depuis le début par l'intéressé, président du parti Horizons et candidat officiel à l'élection présidentielle de 2027.
L'affaire a débuté en septembre 2023, lorsqu'une lanceuse d'alerte a dénoncé ces faits présumés auprès du PNF. Ce dernier a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. La lanceuse d'alerte a ensuite déposé une plainte avec constitution de partie civile en juin 2025, conduisant à la désignation d'un juge d'instruction.
Une convention de 2,154 millions d'euros au cœur des soupçons
La plainte vise également Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine du Havre Seine Métropole.
Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020. Le document a notamment été signé par Édouard Philippe, en sa qualité de président de la communauté urbaine, et par Stéphanie de Bazelaire, cette fois en tant que présidente bénévole de l'association LH French Tech. Créée elle aussi en juillet 2020, cette association a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020, dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG). Seule candidate, elle devait percevoir 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener à bien ses projets.
Un conflit d'intérêts qui «semble absolument évident» selon la lanceuse d'alerte
La lanceuse d'alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023, a estimé à l'époque que le conflit d'intérêts "semble absolument évident". "C'est le maire et son adjointe qui", en tant que présidente de l'association, allaient "avoir la main sur des sommes considérables" pour "des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville", soulignait-elle.
Contacté par l'AFP, Emmanuel Marsigny, avocat d'Édouard Philippe, n'a pas souhaité faire de commentaire. Âgé de 55 ans, l'ancien chef du gouvernement d'Emmanuel Macron conteste les faits depuis le début.