Enseignante menacée de décapitation près de Toulouse : le père de famille condamné et incarcéré

Le quadragénaire s'en était pris le 4 septembre à une institutrice, sur le parking de l'école où est scolarisé son fils. Il a été incarcéré dès la fin de l'audience, et l'enfant devrait être contraint de changer d'établissement en application d'un décret paru cet été.
Enseignante menacée de décapitation près de Toulouse : le père de famille condamné et incarcéré
Illustration. (HJBC / Shutterstock)
Par Actu17
Le vendredi 11 septembre 2026 à 10:47

Le père de famille qui avait menacé de "couper la tête" d'une enseignante de l'école de son fils au Fauga (Haute-Garonne), au sud de Toulouse, a été condamné ce jeudi soir en comparution immédiate à six mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Le tribunal correctionnel de Toulouse a infligé une peine plus lourde que celle réclamée par le parquet, qui souhaitait six mois sous bracelet électronique.

Le prévenu, âgé de 47 ans, comparaissait libre. Il a été incarcéré à l'issue de l'audience au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses, a précisé France 3, qui souligne que l'incarcération immédiate reste très rare dans ce type de dossier. L'avocat du rectorat, Me Jocelyn Momasso-Momasso, ne s'attendait pas à une telle décision, selon la chaîne. Il a salué "un message très fort du tribunal de Toulouse qui dit aujourd'hui qu'on ne peut pas impunément, finalement, dire à une enseignante que l'on va la décapiter en raison du passif qu'a connu la République ces six dernières années".

«Ne soyez pas étonnée s'il vient avec un couteau»

La direction de l'école avait convoqué le père de famille pour un entretien le vendredi 4 septembre. À la fin de la journée de classe, il s'en est pris à une enseignante alors qu'elle rejoignait son véhicule sur le parking du groupe scolaire. Il lui aurait lancé : "Je vais te couper la tête", d'après nos confrères.

Le quadragénaire ne s'est pas arrêté là. Il a suivi la professeure des écoles jusque dans l'établissement et a répété ses menaces devant la directrice et l'inspectrice. Selon France 3, il aurait également déclaré : "On ne traite pas mon fils de caïd, ne soyez pas étonnée s'il vient avec un couteau et qu'il vous plante !".

Sa colère est partie d'une remarque adressée à son fils. Scolarisé en CE2, le garçon de 9 ans avait été sanctionné pour son attitude et accueilli dans la classe de CM2 de cette enseignante. Elle l'aurait vu sourire à la fin des cours et lui aurait demandé de ne pas "jouer au petit caïd".

L'affaire a vivement ému la communauté éducative. Les enseignants du groupe scolaire, qui accueille 325 élèves, ont exercé leur droit de retrait lundi, rapporte La Dépêche. Très appréciée dans l'établissement, l'institutrice a été placée en arrêt de travail pour un mois. Âgée de 58 ans, elle a provisoirement quitté la région pour s'installer auprès de son fils. Le père de famille a été entendu mardi par les gendarmes de la brigade de Muret, puis placé en garde à vue.

«Je ne sais pas ce qui m'est arrivé ce jour-là»

Devant le tribunal, le prévenu a reconnu s'en être pris à l'enseignante et a présenté ses excuses. Il a expliqué avoir perdu son sang-froid et n'avoir "pas mesuré la gravité" de ses paroles. "Je ne suis pas fier de moi, de ce que j'ai fait", a-t-il déclaré. Père de trois enfants, il s'est présenté comme "très, très protecteur" à leur égard et a assuré : "Je ne suis pas quelqu'un de violent à la base, je ne sais pas ce qui m'est arrivé ce jour-là."Il a toutefois livré sa propre version des propos tenus : "Si tu étais un homme, je t'aurais coupé la tête."D'après France 3, il était déjà connu à cinq reprises pour des délits.

Le président du tribunal, Fabrice Rives, a dénoncé des "propos extrêmement inquiétants", d'une "grande violence" et "qui ne peuvent renvoyer qu'à une actualité malheureusement restée dans la tête de tous les Français". Une allusion directe à Samuel Paty. Ce professeur d'histoire-géographie a été décapité par un terroriste islamiste en octobre 2020 à Éragny (Val-d'Oise), près du collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) où il enseignait.

La représentante du parquet, Marie Caumont, avait requis six mois sous bracelet électronique. Elle jugeait "absolument indispensable" un stage de citoyenneté, à accomplir dans les six mois sous peine de trois mois d'emprisonnement. Elle réclamait enfin trois ans d'interdiction d'entrer en contact avec la victime "ou de se présenter devant l'établissement". "Il s'excuse, il dit : 'Je ne suis pas fier de moi', c'est important, j'espère qu'il le dira aussi à son fils", a-t-elle relevé. Elle a ajouté : "On n'entend pas qu'il pense que ces propos, il ne fallait pas les prononcer", et a regretté "un manque de prise de conscience".

En plus de la peine de prison, le tribunal a prononcé les peines complémentaires requises par le parquet. Le père de famille a notamment interdiction de paraître devant l'école pendant trois ans.

Le ministre annonce l'application du décret contre les menaces de parents

Révélée par La Dépêche, l'affaire a fait réagir jeudi, avant le jugement, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. "Aucun professeur ne doit avoir peur d'exercer son métier. S'en prendre à l'un d'entre eux, c'est s'en prendre à l'institution tout entière", a-t-il écrit sur X. Il a assuré l'équipe enseignante et les parents d'élèves de son soutien. Le ministre a aussi indiqué qu'une plainte avait été déposée et que l'enseignante bénéficiait de la protection fonctionnelle. Le recteur de l'académie de Toulouse, Karim Benmiloud, a condamné dans un communiqué des faits "particulièrement graves". "Les professeurs doivent pouvoir exercer leur mission sans peur : la menace et l'intimidation ne peuvent en aucun cas être tolérées", a-t-il ajouté.

Le fils du prévenu devrait être contraint de changer d'école. Selon Édouard Geffray, il s'agira de "l'une des premières applications du décret publié cet été pour protéger les personnels face aux menaces et aux violences de parents d'élèves". Paru fin juillet, ce texte permet d'imposer un changement d'établissement à un élève de primaire, de collège ou de lycée. Cette mesure peut être prise lorsque le comportement d'un parent "compromet gravement" le "fonctionnement normal" de l'école. L'attitude d'un autre proche peut également justifier ce transfert, dès lors qu'elle est liée à la scolarité de l'enfant et "fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d'un membre de la communauté éducative". Les syndicats contestent ce dispositif.