Meurtre de Thomas Perotto à Crépol : le parquet réclame le renvoi de onze suspects aux assises

Deux ans et demi après la mort de Thomas Perotto, le parquet de Valence a rendu son réquisitoire définitif. Il réclame le renvoi de onze des quatorze suspects devant la cour d'assises des mineurs et abandonne la circonstance de bande organisée.
Meurtre de Thomas Perotto à Crépol : le parquet réclame le renvoi de onze suspects aux assises
Thomas a été tué à l'arme blanche dans la nuit de samedi 18 au dimanche 19 novembre 2023, à Crépol. (DR)
Par Actu17
Le vendredi 12 juin 2026 à 19:01

Onze des quatorze suspects mis en examen dans l'affaire du meurtre de Thomas Perotto, tué lors d'un bal à Crépol (Drôme) en novembre 2023, devraient être renvoyés devant la cour d'assises des mineurs. C'est ce que demande le parquet de Valence dans son réquisitoire définitif, transmis le jeudi 11 juin aux deux juges d'instruction en charge du dossier. Le procureur de la République abandonne en revanche la circonstance de bande organisée et écarte les poursuites pour deux autres suspects.

Dans ce document de 290 pages, le parquet sollicite le renvoi collectif de onze suspects pour homicide et tentative d'homicide sur deux personnes blessées lors de la soirée. Pour justifier cette demande, il s'appuie sur la notion juridique de scène unique de violence et de co-action, qui fait peser sur l'ensemble des participants à l'action une responsabilité commune. Les quatorze suspects avaient initialement été mis en examen pour "homicide volontaire et tentative d'homicides volontaires en bande organisée", une qualification que le parquet ne retient donc plus en totalité. La bande organisée désigne "tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d'une ou de plusieurs infractions".

Le sort des trois autres suspects diffère. Le procureur de la République estime qu'il n'y a pas lieu de poursuivre deux d'entre eux. Le troisième devrait, lui, comparaître dans le cadre d'une reconnaissance préalable de culpabilité, la procédure dite du plaider-coupable, pour des faits de violences volontaires en réunion et avec arme. Sur le plan des mesures de sûreté, le parquet sollicite sept maintiens en détention provisoire, quatre maintiens sous contrôle judiciaire et une assignation à résidence.

Quatre blessés graves à l'issue du bal

Les faits se sont produits il y a deux ans et demi, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, à la sortie du "bal de l'hiver" organisé dans la commune. Une partie des protagonistes, originaires des quartiers populaires de Romans-sur-Isère, en est venue aux mains avec des jeunes de Crépol. Munis de couteaux, certains d'entre eux ont fait quatre blessés graves. Parmi les victimes figurait Thomas Perotto, un lycéen de 16 ans passionné de rugby, qui a succombé à ses blessures pendant son transfert vers l'hôpital.

Aujourd'hui âgés d'une vingtaine d'années, les quatorze hommes mis en examen, dont certains étaient mineurs au moment des faits, nient tous avoir porté le coup mortel. Une reconstitution virtuelle, menée du 22 septembre au 1er octobre, n'a toutefois pas permis d'identifier celui ou ceux qui ont porté les coups. Dans un entretien accordé à Ici Drôme Ardèche début juin, le procureur de la République Laurent de Caigny avait évoqué "des stratégies de confiscation de la parole entre les différents mis en examen", qui rendent selon lui "très difficile de pouvoir présenter (...) un récit linéaire de cette terrible nuit".

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Cinquante-sept personnes se sont constituées parties civiles dans ce dossier. Me Denis Dreyfus, avocat du comité d'organisation de la soirée et d'une quarantaine de parties civiles, a accueilli favorablement le choix du parquet de retenir la co-action. "C'est tout à fait rassurant, satisfaisant sur le plan juridique", a-t-il réagi, lui qui avait précédemment constaté une "loi du silence" dans l'enquête.

Un procès possible à l'automne 2027

Les conseils des suspects, comme ceux de la cinquantaine de parties civiles, doivent à présent formuler leurs observations. Les deux juges d'instruction devront ensuite rédiger leur ordonnance de mise en accusation, attendue d'ici l'été, qu'ils calquent ou non sur les demandes du parquet. Selon les informations d'Ici Drôme Ardèche, un procès devant la cour d'assises pourrait se tenir à l'automne 2027.

La mort de l'adolescent avait suscité de nombreux commentaires politiques. La droite et l'extrême droite avaient pointé une montée de l'insécurité dans les zones rurales. Quelques jours après le meurtre, des militants d'ultradroite s'étaient rendus en nombre dans le quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère — d'où est originaire une partie des personnes mises en examen —, lors d'un rassemblement aux allures d'expédition punitive.