Le mardi 18 août 2026 à 14:48
Le parquet de Valence maintient son refus de retenir la circonstance aggravante de racisme dans le dossier du meurtre de Thomas Perotto, tué lors d'un bal à Crépol (Drôme) dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023. Dans un réquisitoire définitif complémentaire rendu lundi, le ministère public conteste la requalification opérée en juillet par les deux juges d'instruction à l'encontre des quatorze hommes mis en examen. Une information révélée par Le Point et confirmée mardi par un document consulté par l'Agence France-Presse.
Pour écarter cette circonstance, le parquet s'attaque à la valeur des témoignages sur lesquels les magistrats instructeurs se sont appuyés. Ceux qui rapportent des propos lancés à l'encontre des Blancs ou des Français sont "très minoritaires, certains d'entre eux ayant évolué au fil du temps, la teneur des propos entendus ou rapportés est variable", écrit-il dans un extrait publié par Le Point, citant des expressions telles que "planter des blancs", "tuer du français", "crever les petits blancs" ou "sales français de merde".
Des propos que personne ne peut attribuer
Le ministère public relève ensuite que "ces quelques témoignages sont imprécis et parfois contradictoires entre eux quant au moment et au lieu dans lequel les propos litigieux auraient été prononcés. De très nombreux témoins n'ont au contraire entendu aucune parole à caractère raciste et un seul mis en examen évoque avoir entendu de tels propos."Il ajoute qu'"aucun témoin n'est en capacité de les imputer à l'un ou l'autre des mis en examen ou d'en identifier les auteurs".
Sa conclusion est juridique : "Sans certitude de la teneur des propos tenus et sans possibilité de les imputer précisément à une quelconque personne physique, ces présomptions ne suffisent pas à caractériser une charge permettant le renvoi des mis en examen pour des crimes ou délits aggravés" par cette circonstance.
Cette position n'est pas nouvelle. Dans son réquisitoire définitif de 290 pages, transmis le 11 juin, le procureur de la République Laurent de Caigny avait déjà écarté le mobile raciste, tout en relevant que seize personnes avaient évoqué "des propos à caractère racial tenus à leur encontre par les jeunes de la Monnaie". Il estimait alors que "des insultes à caractère raciste ont été dénoncées de part et d'autre, le motif racial des faits n'a pas été retenu au stade de l'ouverture d'information judiciaire et n'a pas été davantage démontré au cours de l'information judiciaire". Le magistrat réclamait le renvoi de onze des quatorze mis en examen devant la cour d'assises des mineurs, sans retenir non plus la circonstance de bande organisée.
Un désaveu des juges sur deux points
Les deux juges d'instruction ont pris le contrepied de ces réquisitions dans un second avis de fin d'information, daté du 20 juillet. Ils y considèrent que le meurtre et les tentatives de meurtre ont été commis en raison de l'appartenance des victimes à la race blanche et à la nation française, après avoir relevé les déclarations évoquant des propos visant les Blancs, tenus alors que la soirée s'achevait. Les magistrats ont par ailleurs maintenu la circonstance de bande organisée, elle aussi abandonnée par le parquet.
Cette évolution était intervenue après les observations des parties, parmi lesquelles trente pages transmises par Me Jérôme Triomphe, avocat de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF), devenue partie civile après en avoir d'abord été écartée.
Les parties civiles ne cachent pas leur incompréhension. "Les victimes ne comprennent pas que cette circonstance aggravante soit écartée par le parquet. Cette question doit être examinée jusqu'au bout et débattue au procès", a réagi auprès de l'AFP Me Lara Fatimi, avocate d'une victime et de l'association Léa (Lutte pour l'égalité dans l'antiracisme). Me Jérôme Triomphe, qui s'appuie sur seize témoignages rapportant des propos anti-Blancs et anti-Français, estime que la cour d'assises devra examiner l'ensemble des circonstances des faits. Me Denis Dreyfus, qui représente une quarantaine de parties civiles, attend pour sa part une confirmation de la circonstance aggravante par les juges. "On comprendrait mal qu'en quelques semaines on dise tout et son contraire", a-t-il déclaré à l'AFP.
De leur côté, les mis en cause ont toujours contesté avoir agi pour un motif raciste, plusieurs affirmant avoir eux-mêmes été visés par des insultes pendant la bagarre.
Plusieurs blessés graves à la sortie du bal
Les faits se sont produits à la sortie du "bal de l'hiver" organisé dans la salle des fêtes de Crépol. Une altercation a dégénéré en affrontement général et plusieurs jeunes originaires du quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, ont alors fait usage de couteaux. Thomas Perotto, 16 ans, lycéen et joueur de rugby, a succombé à ses blessures alors qu'il était évacué vers l'hôpital. Trois autres personnes ont été grièvement blessées. Quatorze jeunes hommes ont été interpellés puis poursuivis pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. À ce jour, aucun d'entre eux ne s'est désigné comme l'auteur du coup fatal.
Un nouveau délai d'observations est désormais ouvert aux différentes parties. L'ordonnance de mise en accusation, que les deux magistrats instructeurs doivent encore rédiger, est espérée avant la fin de l'automne. Ils ne sont pas tenus de suivre les réquisitions du parquet et la défense pourra faire appel de leur décision. Un procès pourrait se tenir à l'automne 2027.