Le samedi 17 janvier 2026 à 10:43
Un ancien policier CRS a été condamné à sept ans de prison ferme, ce vendredi 16 janvier 2026, par la cour criminelle de Loire-Atlantique pour la mort d'Aboubacar Fofana, un jeune homme de 22 ans tué par balle lors d'un contrôle routier à Nantes (Loire-Atlantique) en juillet 2018. Rabah H., 60 ans, a été reconnu coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l'autorité publique. La cour a assorti la peine d'un mandat de dépôt à effet immédiat et d'une interdiction définitive d'exercer la fonction de policier. La défense a annoncé faire appel.
Les faits remontent au mois de juillet 2018, dans le quartier du Breil à Nantes. Ce jour-là, Aboubacar Fofana, originaire de région parisienne et en visite dans la ville, est contrôlé au volant de sa voiture. Sous le coup d'un mandat d'arrêt, le jeune homme donne une fausse identité aux fonctionnaires. Lorsque ces derniers lui indiquent qu'ils vont le conduire au commissariat, il tente de prendre la fuite. Il effectue une marche arrière et percute violemment un véhicule en stationnement, avant de "rebondir" vers l'avant puis de repartir en arrière. C'est à ce moment que Rabah H., alors brigadier-chef, fait feu. Touché au niveau de la carotide, Aboubacar Fofana décède à l'hôpital.
Le procès, qui a duré cinq jours, a mis en lumière les évolutions successives des déclarations de l'accusé. Lors de sa première audition, le policier avait évoqué la légitime défense. Il avait ensuite affirmé tout au long de l'enquête que le tir était parti accidentellement alors qu'il était penché à l'intérieur du véhicule, tentant d'arrêter le conducteur. Mercredi, à la barre, il a finalement déclaré que le coup de feu était parti après un "corps-à-corps", alors qu'il se tenait à l'extérieur de la voiture. Une version qui correspond aux conclusions de l'expert balistique et du médecin légiste, qui ont toujours affirmé que le tireur se trouvait à l'extérieur du véhicule au moment du tir. Un policier présent lors des faits a par ailleurs évoqué, pour la première fois à l'audience jeudi, la "bavure" de son collègue. La cour a rejeté la thèse du tir accidentel défendue par l'accusé.
«Je crois que vous avez manqué de courage»
L'avocat général avait requis une peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis. La cour est allée bien au-delà en prononçant sept ans de prison ferme avec incarcération immédiate, assortis d'une interdiction définitive d'exercer comme policier.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la famille d'Aboubacar Fofana ont insisté sur la nécessité d'une égalité de traitement devant la justice. "Je crois que vous avez manqué de courage. C'est cela qui vous empêche de reconnaître que l'espace d'un instant, vous avez fait volontairement usage de votre arme", a lancé Me Anne Bouillon à l'accusé. "Il n'y a pas d'un côté les privilégiés de la justice et de l'autre les citoyens de seconde zone", a plaidé Me Franck Boezec, évoquant "le silence irréversible [de la victime] pour un refus d'obtempérer", "le silence rouge vif, poisseux, assourdissant, d'un jeune homme de 22 ans qui est mort pour rien".
Cette décision «questionne toute l'action policière sur le territoire national»
Dans un communiqué publié vendredi soir sur Facebook, l'avocat de la défense, Me Laurent-Franck Liénard, a vivement réagi à la condamnation. "Notre client, ancien CRS âgé de 60 ans, qui a passé 27 années à défendre la sécurité des citoyens, sans jamais avoir commis la moindre faute, est donc parti ce soir passer sa première nuit en prison pour avoir accidentellement appuyé sur la détente de son arme de service et avoir blessé mortellement un conducteur qui venait de foncer sur des enfants, et qui tentait de reprendre la fuite, après avoir percuté violemment un véhicule en stationnement", a-t-il écrit, maintenant la thèse du tir accidentel. L'avocat a qualifié la décision de "véritable cataclysme", ajoutant qu'elle était "au-delà de mes pires cauchemars".
Dès le début du procès, Me Laurent-Franck Liénard avait dénoncé "un manque cruel d'impartialité de la part des magistrats professionnels". Annonçant un appel immédiat, l'avocat a indiqué vouloir présenter "une défense forte devant la cour d'assises d'appel qui sera composée pour partie d'un jury populaire". Il a également estimé que cette décision "questionne toute l'action policière sur le territoire national" et "ne va pas aller dans le sens d'un nouvel élan de motivation" pour les forces de l'ordre. "L'état de notre société est tel que les policiers et les gendarmes ont du mal à maintenir leur motivation professionnelle pour assurer la sécurité de nos concitoyens, au péril de leur intégrité physique et morale", a-t-il ajouté, affirmant vouloir "continuer à se battre pour tous ceux qui exercent chaque jour ce métier de plus en plus difficile qui consiste, contre vent et marées, à défendre une population qui parfois les déteste sous le contrôle de juges dont certains rêvent de les emprisonner". L'avocat a confié que c'était "la première fois", en 34 ans de carrière, qu'il demandait à un client de "préparer un sac en vue d'un éventuel emprisonnement" dès le deuxième jour d'un procès.
En 2018, la mort d'Aboubacar Fofana avait provoqué plusieurs nuits de tensions et d'émeutes dans les quartiers du Breil et de Bellevue, ainsi que dans les communes limitrophes d'Orvault et de Rezé. L'ancien policier avait reçu une sanction administrative quelques mois après les faits.