Paris : Quatre policiers de la BAC condamnés pour des violences sur des passants en marge du Mondial 2022

Quatre policiers de la BAC nuit du VIIIe arrondissement de Paris ont écopé lundi de peines allant de trois à douze mois de prison avec sursis pour des violences commises sur des passants en marge de la qualification de la France et du Maroc en demi-finale de la Coupe du monde 2022. Les faits ont été révélés par les vidéos découvertes par l'IGPN dans le cadre d'une autre enquête.
Paris : Quatre policiers de la BAC condamnés pour des violences sur des passants en marge du Mondial 2022
Illustration. (Baziz Chibane / PhotoPQR / Maxppp)
Par Actu17
Le mardi 19 mai 2026 à 15:37

Quatre policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) nuit du VIIIe arrondissement de Paris ont été condamnés ce lundi à des peines allant de trois à douze mois de prison avec sursis par la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il leur était reproché des violences commises sur plusieurs passants, sans incapacité totale de travail, en marge de la qualification de la France et du Maroc en demi-finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar. L'affaire a été révélée par l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) dans le cadre d'une autre enquête.

Les faits se sont produits dans la nuit du 10 décembre 2022, vers minuit, près des Champs-Élysées. Les quatre fonctionnaires, deux brigadiers-chefs et deux gardiens de la paix âgés de 29 à 45 ans à l'époque, étaient postés angle Marignan-François-Ier, près du magasin Céline. Équipés de casques, brassards et d'un lanceur de balles de défense (LBD), ils venaient de prendre leur service et n'avaient été témoins d'aucun débordement, malgré une ambiance festive et des embouteillages provoqués par la qualification des deux équipes.

Plusieurs scènes de violence filmées en moins de vingt minutes

Les vidéos diffusées à l'audience, découvertes incidemment par l'IGPN dans le cadre d'une autre enquête, ont mis en évidence plusieurs scènes de violence en moins de vingt minutes. Un homme, Khaled M., a été extrait avec brutalité du toit d'un véhicule avant d'être roué de coups. C'est un passant qui l'a finalement relevé sur la chaussée, indique Le Parisien. Le brigadier-chef Grégory V., qui compte plus de vingt ans dans la police, a fait trébucher un jeune homme qui circulait à proximité. D'autres images montrent des coups de matraque dans le dos donnés à un passant, ainsi qu'un fonctionnaire qui a retiré de force la cagoule d'un homme avant de l'asperger de gaz lacrymogène.

Vingt minutes après avoir été mis à terre, une autre victime, prénommée Karim (prénom modifié), est revenue interpeller les policiers pour dénoncer ce qu'il venait de subir. Selon le quotidien francilien, deux policiers casqués sont revenus sur lui : l'un a dégainé sa gazeuse lacrymogène, un autre lui a décoché un coup de pied alors qu'il était prostré au sol. Karim, qui souffre de bipolarité et est originaire de la région de Lyon, s'est vu refuser le dépôt de plainte au commissariat du VIIIe arrondissement puis dans la région lyonnaise. C'est l'IGPN qui l'a retrouvé.

«On dirait que c'est vous qui cherchez à provoquer la bagarre»

"Et aucun ne bouge pour le secourir", a commenté la magistrate devant ces images. "C'est quoi le but de le frapper à ce moment ?", a-t-elle demandé. À Grégory V., elle a lancé : "Est-ce que c'est un comportement de gardien de la paix ou de milice privée ? C'est vous, en fait, qui cherchez les débordements".

À la barre, les quatre mis en cause ont fait leur mea culpa, alors que trois d'entre eux avaient initialement contesté les faits devant l'IGPN. "Réaction démesurée", "agacement total", "J'ai été un peu trop vif", ont-ils tour à tour reconnu. Maxence C., identifié par Le Parisien comme le plus violent et condamné à la peine la plus lourde de douze mois avec sursis, a admis avoir fait "un usage totalement inconsidéré de la force" et renvoyer "une très mauvaise image de la police". Devant l'IGPN, il n'avait pas assumé, par "peur de perdre son emploi". Le brigadier-chef Grégory V. a évoqué, pour justifier son croche-pied, "une réaction à une mauvaise parole, un quolibet". Le policier qui a aspergé un passant de gaz lacrymogène a quant à lui plaidé un "ras-le-bol de laisser s'installer l'anarchie sous couvert d'un événement festif". Vincent P., seul à avoir reconnu sa responsabilité dès l'enquête de l'IGPN, est à l'origine, fin mars, de la neutralisation d'un projet d'attentat visant le siège parisien de Bank of America, rue de La Boétie, précisent nos confrères. Il souhaite quitter la voie publique pour faire du renseignement.

Des violences «gratuites et inutiles» pour la procureure

La procureure, Quitterie Cesari, avait requis jusqu'à seize mois de prison avec sursis et un retrait du port d'arme pendant cinq ans pour le plus impliqué. "Les victimes n'ont pas à subir le ras-le-bol des policiers, ce n'est pas à elles d'encaisser les coups ni d'être leur défouloir", a-t-elle déclaré, dénonçant des violences "gratuites et inutiles", portant atteinte "au lien de confiance nécessaire entre la population et les forces de l'ordre".

Le tribunal n'a pas suivi la procureure sur l'interdiction de port d'arme. Les avocats de la défense, Me Anne-Laure Compoint et Me Laurent-Franck Liénard, ont dénoncé des réquisitions "particulièrement hautes et sévères". Me Liénard, qui défendait trois des quatre policiers, a lui-même reconnu, selon Le Parisien : "Ils ont fait n'importe quoi. En langage policier, ça s'appelle faire de la merde". Maxence C. et deux autres policiers sont toujours en poste dans la même brigade. L'avocat de Karim, Me François Manné-Criqui, a expliqué l'absence de son client à l'audience : "Il a toujours peur de la police depuis, et n'a pas voulu venir car il ne supporte pas d'être en présence de ses agresseurs".