Le mercredi 1 avril 2026 à 10:45
Une information judiciaire a été ouverte ce mercredi dans l'affaire de l'attentat déjoué contre les locaux de Bank of America, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis la mise en examen de quatre suspects, trois mineurs et un majeur, ainsi que leur placement en détention provisoire. L'attentat "paraît pouvoir être rattaché" au groupe pro-iranien HAYI, pour "Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya" (Mouvement des Compagnons de la Main Droite de l'Islam), impliqué dans une campagne d'actions violentes en Europe. La coopération judiciaire européenne a été activée.
Le 23 mars, les services de police étaient informés de la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo de propagande émanant du groupe HAYI, "visant les intérêts et la communauté juive en France et en Europe, ciblant spécifiquement le siège français de l'établissement Bank of America, situé rue de la Boétie à Paris", détaille le PNAT dans un communiqué publié ce mercredi.
Les investigations, "confiées à la section antiterroriste de la brigade criminelle de la DPJ-PP, service coordonnateur et à la DGSI", ont mis en évidence "le recrutement des trois mineurs par le majeur dans la nuit du 26 au 27 mars 2026, pour déposer un engin incendiaire à l'adresse indiquée, procéder à son allumage et filmer la scène moyennant une somme comprise entre 500 et 1000 euros". Une première tentative de dépôt a eu lieu au cours de cette même nuit par les trois mineurs, mais a été empêchée par la présence d'un véhicule sérigraphié devant l'établissement. Deux des trois mineurs ont réitéré la nuit suivante, le 28 mars.
«Un engin explosif d'une puissance inédite en France»
Cette nuit-là, vers 03h20, les policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de Paris en surveillance devant le siège de la banque constataient "la présence de 2 individus manipulant ce qui paraissait être un engin incendiaire devant l'entrée de l'établissement". L'un des deux suspects, mineur de 17 ans, était interpellé sur place, tandis que le second parvenait à prendre la fuite. Ce dernier, un mineur de 16 ans, a été interpellé le lendemain, le 29 mars, à Athis-Mons (Essonne), en même temps qu'un troisième mineur de 16 ans. Le majeur a été interpellé le 30 mars.
Expertisé par le laboratoire central de la préfecture de police de Paris, l'engin incendiaire improvisé était composé "d'un bidon de 5 litres rempli aux deux-tiers d'essence, scotché avec un très gros artifice". Cet artifice consistait en "un cylindre en carton d'une contenance de 650 grammes de matière active et d'une mèche". Le laboratoire a précisé que "c'était le premier artifice de cette puissance retrouvé à sa connaissance en France à ce jour" et que "ses effets étaient plus proches d'un engin explosif que de ceux de pétard grand public". L'engin "aurait pu générer au moment de l'explosion une forte boule de feu de plusieurs mètres de diamètre et propager un incendie", a conclu le laboratoire.
«Identifier les commanditaires»
Lors de leurs auditions en garde à vue, tous les suspects contestaient une intention terroriste. Les mineurs reconnaissaient toutefois "avoir compris que le lieu ciblé n'était pas un immeuble d'habitation". Le majeur a indiqué "qu'un tiers se présentant lui-même comme un intermédiaire l'avait sollicité via la messagerie d'un réseau social pour faire déposer l'engin explosif dans le cadre d'une vengeance personnelle". L'engin lui aurait été remis à son domicile par une personne qu'il ne connaissait pas. Le casier judiciaire du majeur porte trace d'une condamnation en septembre 2025 pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs. Les casiers judiciaires des trois mineurs ne portent aucune mention. Un cinquième suspect, un deuxième majeur interpellé le 30 mars, a été relâché le 31 mars "en l'absence d'indices graves ou concordants à son encontre d'avoir participé à la commission des infractions, à ce stade des investigations".
L'information judiciaire a été ouverte des chefs "d'association de malfaiteurs terroriste criminelle", "fabrication, détention et transport d'un engin explosif ou incendiaire en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste", et "tentatives de destructions par moyen dangereux en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste". Les investigations "auront pour finalité d'identifier les autres protagonistes de ces faits, notamment les commanditaires", précise le PNAT.
Le groupe HAYI est impliqué dans "une campagne d'actions violentes, incendiaires ou explosives courant mars en Europe, notamment à Liège et Amsterdam". La coopération judiciaire européenne a été activée, "et plus particulièrement le partenariat avec les autorités judiciaires antiterroristes belges et néerlandaises conclu dans le cadre du groupe de la Mer du Nord", une instance de coordination quadripartite créée par le PNAT en octobre 2025, réunissant les parquets fédéraux belges et allemands, le parquet de Rotterdam et le PNAT.