Paris : Un attentat déjoué contre les locaux de Bank of America, le parquet antiterroriste saisi

Un attentat a été déjoué dans la nuit de vendredi à samedi devant les locaux de Bank of America, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Un homme a été interpellé après avoir déposé un engin incendiaire ou explosif devant la banque américaine. Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête. La piste d'un commanditaire lié à l'Iran est explorée.
Paris : Un attentat déjoué contre les locaux de Bank of America, le parquet antiterroriste saisi
Illustration. (HJBC / Shutterstock)
Par Stéphane Cazaux
Le samedi 28 mars 2026 à 15:09

Un homme a été interpellé dans la nuit de vendredi à samedi devant les locaux de Bank of America, dans le VIIIe arrondissement de Paris, alors qu'il venait d'y déposer un engin incendiaire ou explosif. Le suspect, qui a déclaré être âgé de 17 ans, a été placé en garde à vue. Un autre suspect a pris la fuite lors de l'intervention des policiers, selon nos informations. Le parquet national antiterroriste (PNAT) s'est saisi de l'enquête.

Il était environ 03h15 lorsque des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) Nuit du VIIIe arrondissement ont aperçu deux suspects qui s'approchaient des locaux de Bank of America, au 51 rue La Boétie. L'un des suspects, qui transportait un sac cabas, a alors déposé un gros bidon plein, scotché à un tube qui contiendrait un produit explosif ou inflammable, devant l'une des portes de la banque américaine. Son complice se tenait à l'écart. "Il voulait manifestement filmer la scène", observe une source proche du dossier. Les forces de l'ordre sont alors intervenues immédiatement.

Le suspect qui transportait l'engin a été interpellé malgré sa rébellion. Les policiers ont découvert qu'il avait un briquet sur lui. Son complice a quant à lui réussi à prendre la fuite. Il n'a pas été retrouvé par les forces de l'ordre malgré les recherches dans le secteur.

«Il a déclaré avoir agi en échange de la somme de 600 euros»

Un périmètre de sécurité a ensuite été mis en place et le service de déminage du laboratoire central de la préfecture de police s'est rendu sur place pour récupérer l'engin incendiaire, qui va être analysé. Le suspect, qui affirme également être originaire du Sénégal et domicilié en Seine-Saint-Denis, a été placé en garde à vue. "Il a déclaré avoir agi en échange de la somme de 600 euros", confie la même source.

"Bravo à l’intervention rapide d’un équipage de la préfecture de police qui a permis de déjouer une action violente à caractère terroriste cette nuit à Paris", a réagi le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, sur X. "L'enquête se poursuit, sous l’autorité du PNAT et a été confiée à Direction de de la police judiciaire de la préfecture de police et à la DGSI. La vigilance demeure plus que jamais à haut niveau. Je félicite l'ensemble des forces de sécurité et de renseignement totalement mobilisées sous mon autorité dans le contexte international que nous connaissons".

Les locaux de Bank of America situés rue La Boétie ne sont pas une agence bancaire ouverte au public, mais un bureau réservé aux clients institutionnels. Présente à Paris depuis 1953, la banque américaine a fait de la capitale française son centre de décision pour ses activités de marchés de capitaux dans l'Union européenne en 2019, notamment après le Brexit. L'équipe parisienne compte plus de 600 collaborateurs. Selon nos informations, des menaces avaient été identifiées récemment à l'encontre des locaux parisiens de la banque américaine, c'est la raison pour laquelle un équipage de la BAC se trouvait à proximité au moment des faits.

Enquête ouverte pour «tentative de dégradation en relation avec une entreprise terroriste»

Le PNAT indique qu'une enquête de flagrance a été ouverte, et que "les investigations ont été confiées à la Direction de la police judiciaire de la préfecture de police (DPJ-PP) et à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)". Le PNAT ajoute que l'enquête a été ouverte des chefs de "tentative de dégradation par incendie ou moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste", "fabrication d'engin incendiaire ou explosif en relation avec une entreprise terroriste", "détention et transport d'engin incendiaire ou explosif en vue de la préparation de dégradations dangereuses, en relation avec une entreprise terroriste", et "association de malfaiteurs terroriste". Interrogé sur la nature de l'explosif contenu dans l'engin, le PNAT ne nous a pas répondu pour l'heure.

La piste menant à un commanditaire lié à l'Iran est explorée par les enquêteurs, toujours selon nos informations. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé un renforcement immédiat de la sécurité sur le territoire national. Dès le 1er mars, dans un télégramme adressé aux préfets et aux responsables des forces de l'ordre, il a appelé à une vigilance accrue pour "détecter toute action susceptible de troubler l'ordre public" en lien avec le conflit.

Le 2 mars, lors d'une réunion en présence du DGSI, des directeurs de la police et de la gendarmerie nationales et du préfet de police de Paris, le ministre a ordonné le renforcement de la protection des opposants iraniens, des intérêts américains et israéliens présents sur le sol français, ainsi que des lieux de culte juifs. Les services de renseignement redoutent en effet des actions terroristes téléguidées par Téhéran, susceptibles d'être menées par des intermédiaires agissant pour le compte du régime iranien.

Le 5 mars, Laurent Nuñez avait assuré qu'"à date, il n'y avait pas eu de projet d'attentat déjoué, pas de menace connue, identifiée", tout en rappelant que la France se trouvait "toujours dans un contexte de menace terroriste très élevée".