Le lundi 24 août 2026 à 17:11
Le parquet de Compiègne a requis la mise en examen du policier municipal qui conduisait le véhicule de service, lors du refus d'obtempérer qui a coûté la vie à un automobiliste près de Compiègne, dans l'Oise. Le fonctionnaire est présenté ce lundi 24 août au parquet en vue de l'ouverture d'une information judiciaire du chef d'homicide routier, avec des réquisitions de placement sous contrôle judiciaire. Les deux autres gardes à vue, celle du second policier municipal et celle du survivant de l'accident, ont été levées. C'est ce qu'a annoncé la procureure de la République de Compiègne, Caroline Gaziot, dans un communiqué diffusé lundi après-midi.
L'affaire va donc changer de main : jusqu'ici traitée en enquête, elle doit désormais être confiée à un juge d'instruction. Selon le parquet, "les premiers éléments issus de l'enquête initiale permettent en l'état de requérir la mise en examen du conducteur du véhicule de la police municipale". Le policier "sera présenté ce jour au parquet de Compiègne en vue d'une ouverture d'information judiciaire du chef d'homicide routier, avec réquisitions de placement sous contrôle judiciaire", précise le communiqué. Celui-ci ne détaille pas les éléments recueillis par les enquêteurs qui ont conduit la procureure à retenir cette orientation.
Deux hommes sortant d'une épicerie, un contrôle qui tourne court
Tout est parti d'un stationnement de Margny-lès-Compiègne, le 21 août aux alentours de 23h25. "Deux individus sortant d'une épicerie de Margny Les Compiègne montaient à bord d'un véhicule Renault Mégane et sortaient à vive allure de leur stationnement", relate la procureure. Un équipage de la police municipale de la commune, posté en contrôle à proximité, a alors signalé son intention d'intercepter la voiture "en activant ses avertisseurs sonores et lumineux".
Le conducteur de la Mégane ne s'est pas arrêté. Il a pris la fuite en direction de Clairoix, commettant "plusieurs infractions au code de la route", refusant d'obtempérer au contrôle. Sa course s'est achevée sur la D142, à la sortie de la commune de Bienville, un village de 500 habitants. L'un des deux occupants est mort sur le coup ; le second, plus légèrement blessé, a été pris en charge par les pompiers et transporté à l'hôpital. Une enquête pour homicide routier a été ouverte, confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de la circonscription de police nationale de Compiègne.
Le passager du véhicule accidenté testé positif à l'alcool
Le survivant, qui a subi un dépistage d'alcoolémie positif, avait été placé en garde à vue dès sa sortie de l'hôpital. Il a indiqué être le passager du véhicule accidenté, "ce qui était confirmé par les investigations menées ultérieurement", indique le parquet. Sa garde à vue a été levée à l'issue de ses auditions. L'identification de la victime avait dans un premier temps évolué : les enquêteurs avaient d'abord cru que l'homme décédé occupait le siège passager, avant d'établir qu'il était au volant.
Ce que l'enquête doit encore établir
Du côté de la police municipale, le dépistage d'alcoolémie pratiqué sur le fonctionnaire qui conduisait s'est révélé négatif. Les deux agents composant l'équipage ont d'abord été entendus comme témoins, avant d'être placés en garde à vue "pour être entendus sur les circonstances du contrôle et de la prise en charge du véhicule Renault Mégane". Celle du policier qui occupait le siège passager a été levée à l'issue des auditions.
Reste à déterminer ce qui s'est joué entre le départ de Margny-lès-Compiègne et la sortie de route. "Les circonstances précises de l'accident et du décès doivent encore être investiguées", souligne la procureure de la République.
L'homicide routier est une qualification introduite par la loi du 9 juillet 2025, publiée au Journal officiel le lendemain. Elle a créé un délit spécifique pour les accidents mortels causés par un conducteur en état d'infraction, distinct de l'homicide involontaire.
«Un policier n'est pas un coupable parce qu'il porte un uniforme»
Les réquisitions du parquet ont suscité une vive réaction syndicale. Augustin Dumas, référent national police municipale du syndicat Alliance Police Nationale, y voit une "différence de traitement difficilement compréhensible" entre le passager du véhicule en fuite, contrôlé positif à l'alcool et aujourd'hui libre, et le policier municipal présenté au parquet en vue d'une mise en examen pour homicide routier.
Le syndicaliste s'appuie sur les termes mêmes du communiqué pour interroger le calendrier judiciaire. "Je respecte la justice. Je ne conteste pas le principe d'une enquête", écrit-il, avant de demander pourquoi le fonctionnaire est "déjà placé au centre de la réponse judiciaire" alors que les circonstances de l'accident restent à établir. "C'est cette présomption de culpabilité qui nous inquiète", ajoute-t-il.
Augustin Dumas met en avant le risque d'un effet dissuasif sur les agents confrontés à un refus d'obtempérer. "Demain, que fera un policier municipal face à un conducteur qui refuse d'obtempérer ? Poursuivra-t-il, au risque de se retrouver lui-même placé en garde à vue et mis en examen si le fuyard provoque un drame ? Ou hésitera-t-il ?", s'interroge-t-il, estimant que cette hésitation est "exactement ce que recherchent les délinquants de la route".
Pour le référent national, l'enjeu dépasse le cas de Margny-lès-Compiègne. "Si faire son travail signifie désormais prendre le risque de perdre sa liberté, alors c'est toute l'action policière qui est fragilisée", avance-t-il. Il appelle à laisser "l'enquête établir les faits et les responsabilités", tout en demandant que cesse une "présomption de culpabilité permanente" à l'égard des policiers. "Un policier n'est pas un coupable parce qu'il porte un uniforme", conclut-il.