Suicide d'Evaëlle : son ancienne professeure condamnée à un an de prison avec sursis en appel pour harcèlement moral

La cour d'appel de Versailles a condamné l'enseignante à un an de prison avec sursis et à une interdiction définitive d'exercer, infirmant la relaxe prononcée en première instance. Evaëlle, 11 ans, s'était donné la mort en juin 2019.
Suicide d'Evaëlle : son ancienne professeure condamnée à un an de prison avec sursis en appel pour harcèlement moral
Evaëlle a mis fin à ses jours le 22 juin 2019 dans sa chambre, à Herblay, dans le Val-d'Oise. (DR)
Par Actu17
Le lundi 13 avril 2026 à 15:21

L'ancienne professeure de français d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans qui s'était suicidée en juin 2019, a été condamnée ce lundi 13 avril par la cour d'appel de Versailles à un an de prison avec sursis pour harcèlement moral sur mineur. La juridiction a également prononcé une interdiction définitive d'enseigner à l'encontre de cette enseignante de 63 ans, aujourd'hui retraitée, infirmant ainsi la relaxe prononcée en première instance par le tribunal correctionnel de Pontoise en avril 2025.

Evaëlle était scolarisée en classe de sixième au collège Isabelle-Autissier d'Herblay-sur-Seine (Val-d'Oise) lorsque les faits se sont produits. Décrite comme une élève "précoce", "atypique" et ayant "du mal à entrer dans le moule", l'adolescente subissait depuis son entrée au collège des brimades répétées de la part de ses camarades, après avoir déjà été victime de brimades en primaire. Insultes, mises à l'écart, violences : ses parents avaient alerté l'établissement à plusieurs reprises. En parallèle, des tensions s'étaient installées avec sa professeure de français.

«C'était contre Evaëlle tout le temps»

Un épisode a particulièrement marqué le dossier. En février 2019, lors d'une séance de vie de classe, l'enseignante avait soumis aux élèves la question suivante : "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ?"En larmes, l'adolescente avait été contrainte de prendre la parole face à ses camarades. Elle avait ensuite confié à ses parents avoir vécu "la pire journée de (sa) vie". À l'audience, plusieurs anciens élèves ont évoqué des remontrances répétées, des cris et un ciblage particulier de l'adolescente. "C'était contre Evaëlle tout le temps", a rapporté l'une d'entre eux. Deux anciens élèves ont par ailleurs déposé plainte pour des faits similaires.

Lors du procès en appel, le parquet général a requis 18 mois de prison avec sursis contre l'enseignante. "Elle a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin", a déclaré l'avocate générale dans son réquisitoire, jugeant que son comportement, qualifié d'"intrinsèquement inadapté", avait participé à "la dégradation de l'état d'Evaëlle". En face, la défense a plaidé la relaxe, soulignant un parcours professionnel reconnu par sa hiérarchie et présentant une enseignante certes "exigeante", mais impliquée. La prévenue a quant à elle contesté toute volonté de harcèlement, reconnaissant des propos parfois "secs" mais assurant : "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider."

La cour d'appel de Versailles n'a pas suivi cette ligne de défense. Dans un communiqué, elle a indiqué avoir retenu la culpabilité de l'enseignante, "estimant que tant les faits matériels que l'élément intentionnel de l'infraction étaient caractérisés". La décision infirme ainsi le jugement de première instance, qui avait estimé que les éléments retenus contre la prévenue étaient "discordants, indirects, peu précis" ou relevant de "comportements appropriés et légitimes pour l'exercice de l'autorité d'un enseignant en classe".

Quelques mois après ces faits, et après avoir changé d'établissement, Evaëlle avait fait une tentative de suicide avant de mettre fin à ses jours le 21 juin 2019 à son domicile familial. Sur RTL, sa mère a réagi à la décision : "Ce que je souhaite, c'est qu'on enlève enfin ce voile sur la maltraitance de certains professeurs."Les parents de la jeune fille dénoncent depuis des années des manquements successifs de l'institution scolaire et une culture du "pas de vagues". Depuis 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit pénal en France.