Maux de tête, irritations, odeurs après l’incendie de Lubrizol à Rouen : l’inquiétude des habitants


L'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen a été éteint grâce à l'intervention de 200 pompiers. (photo SDIS 76)

Un peu plus de 24 heures après le violent incendie de l’usine Lurbizol de Rouen (Seine-Maritime), l’inquiétude des habitants est bien présente. Nombreux sont ceux qui ont rapporté des odeurs très fortes mais également des céphalés. Les autorités ont indiqué ce vendredi matin que le nuage de fumée toujours présent, était sans « toxicité aiguë ».

L’incendie s’est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi dans l’usine Lubrizol de Rouen, classée Seveso seuil haut. 200 sapeurs-pompiers ont été mobilisés pour venir à bout des flammes. La préfecture de Normandie a annoncé ce matin que le feu était enfin éteint. Mais le panache de fumées qui s’est étendu sur 22 km a laissé des traces.

Des traces d’oxyde d’azote relevées sur deux sites

A la mi-journée, le préfet de la Seine-Maritime Pierre-André a dévoilé les premiers résultats des analyses de l’air, menées sur 26 sites différents. « Sur l’ensemble, nous avons un marquage de zéro, hormis près de Leroy Merlin (0,3 ppm azote) et autour du carrefour de Mont-Saint-Aignan où ont été relevés des traces d’oxyde d’azote », a-t-il détaillé, ajoutant qu’il s’agissait des « seules traces ». Des analyses complémentaires sont en cours.

Pierre-André Durand a également rappelé que la fumée dégagée par l’incendie ne présentait « pas de toxicité aiguë ».

« Une odeur particulière incommodante et inconfortable »

Dans son communiqué, la préfecture de Seine-Maritime a également fait état « d’une odeur caractéristique », liée à « l’extinction du feu ». « Pour les personnes qui présentent des fragilités et qui en éprouveraient le besoin, celles-ci doivent naturellement consulter le médecin », peut-on également lire.


« Il y a une odeur particulière incommodante et inconfortable, qui va encore persister dans les jours qui viennent, qui est à distinguer des analyses, mais qui a un caractère anxiogène », a déclaré le préfet de Seine-Maritime à BFMTV.

Durant la journée de jeudi, les établissements sanitaires de Rouen ont accueilli au total 51 personnes rapporte Paris-Normandie. « Sur les 51 patients, 46 sont repartis après une simple consultation et cinq adultes ont été hospitalisés pour une courte durée », a indiqué Benoît Jardel, médecin du SAMU qui évoquent des « symptômes d’irritations respiratoires et de maux de tête accompagnés de nausées et vomissements, liés aux odeurs, ont été constatés sur des personnes fragiles, présentant déjà des pathologies respiratoires ».

Les inquiétudes et interrogations des habitants

Du côté des habitants, l’inquiétude persiste. Nombreux sont ceux qui ont évoqué sur les réseaux sociaux des maux de tête ou des difficultés à dormir suite aux odeurs encore très fortes à Rouen et dans son agglomération. D’autres ont publié des photos montrant des traces importantes d’hydrocarbure.

Les locaux de France 3 Normandie évacués

Ce vendredi matin vers 11 heures, les employés de France 3 Normandie ont évacué leurs locaux qui se trouvent à Rouen, non loin de l’usine Lubrizol. De nombreux salariés ont fait l’objet « de nausées et de vomissements » suite à la forte odeur, a expliqué le journaliste Laurent Marvyle. Une employée a diffusé sur Facebook les selfies de plusieurs de ses collègues hier, tous munis de masques.

D’autre part, les écoles sont restées fermées ce vendredi à Rouen et dans une douzaine de communes voisines : Bois-Guillaume, Mont-Saint-Aignan, Isneauville, Quincampoix, Canteleu, Bihorel, St-Georges-sur-Fontaine, St-André-sur-Cailly, La Rue-St-Pierre, St-Germain-sous-Cailly, Cailly et Bosc-Guerard-Saint-Adrien. La réouverture est prévue lundi.

Des consignes aux agriculteurs

La préfecture a également invité les agriculteurs à prendre des précautions. « Il est important que les animaux ne consomment pas d’aliments souillés : il est donc nécessaire de faire pâturer des ruminants sur des pâtures saines, exemptes de dépôt de suie. À défaut, de l’ensilage ou un foin ou tout autre aliment qui aura été protégé, sera fourni aux animaux. L’accès à l’abreuvement en extérieur est de même à éviter », est-il écrit dans un communiqué.

« Ces suies d’incendie sont des produits toxiques et potentiellement cancérogènes à moyen et long terme »

Plusieurs médecins se sont exprimés ces dernières heures sur les risques potentiels de cette pollution, notamment Gilles Dixsaut, président du comité national contre les maladies respiratoires, interrogé par BFMTV. « Les fumées d’incendie, et notamment d’hydrocarbures, sont toxiques dans les suies qui vont se répandre tout autour et notamment dans les espaces urbains », a expliqué le praticien.

« Il faut être prudent dans les jours à venir et nettoyer correctement tous les espaces dans lesquels les enfants vont jouer parce que ces suies d’incendie sont, je le répète, des produits toxiques et potentiellement cancérogènes à moyen et long terme », a-t-il prévenu.

En outre, Gilles Dixsaut invite les habitants à « nettoyer correctement les suies avec de l’eau » et leur recommande de « de ne pas consommer dans les prochains jours des fruits et des légumes sur lesquels les suies se seraient déposées ».